16Mar
Christian Vachon
Nature

Cétacés révélés

Baleine fuyante, baleine envahissante; François Garde, haut-fonctionnaire de son métier, chasseur inoffensif et inspiré, armé d’une plume délicate et d’une imagination débridée, la débusque partout, en chair ou en symbole, en os ou en pierre, dans nos églises, nos récits bibliques, au-dessus de nos têtes ou dans les souvenirs d’enfance. La baleine dans tous ses états, édité en format poche cet hiver dans la collection Folio de Gallimard, petit bouquin inclassable, à la fois florilège savant (pas trop), carnet intime (souvent), récit de missions et de voyages, leçon d’histoire, et méditation philosophique, forme la plus inattendue et la plus réussie des odes à ce majestueux géant des océans.

François Garde ne s’attarde pas trop au gigantisme qui en impose de l’animal (gros comme trois Airbus A-380, un pénis qui « peut dépasser deux mètres »,…) : « cette avalanche de records au fond m’indiffère (…) notre parenté m’importe plus que son énormité ». Il préfère célébrer, en entrée de fond, notre empathie spontanée, contagieuse pour le cétacé, son allure souriante qui nous enchante (ne dit-on pas « rire comme une baleine »), son aspect, sous forme de peluche, doux, enveloppant, qui réjouit les enfants.

Son chant mélodieux, énigmatique fascine (le mammifère marin ne possède pas de cordes vocales pour produire des sons). Qu’entendons-nous? Des échanges d’informations? Des appels à l’amour? Ou les baleines, quand elles chantent « pensent-elles, avec Nietzsche, que sans musique la vie serait une erreur »?

La baleine nous fuit pourtant. Hommes et baleines ne se fréquentent pas, concède Garde, car leurs rencontres furent longtemps hantées par la mort. Durant dix siècles, l’homme a chassé les baleines, une histoire repoussée dans le « grenier infréquentable de l’oubli ». François Garde ose, sans amertume, nous en faire le rappel, évitant ce ton à la « maudits soient les chasseurs de baleines », signalant les empreintes partout présentes dans la culture et le paysage de cette chasse, dans les armoiries, par exemple, d’une ville comme Biarritz qui revendique son rôle historique, pendant dix siècles, de grand port baleinier du pays basque, ou, au milieu des Îles Kerguelen, dans les vestiges d’une usine baleinière aperçus par François Garde : « je croyais contempler un monastère, et je découvre une scène de crimes ».

François Garde n’a commencé que très tardivement à rechercher cet animal. C’est plutôt la baleine qui a d’abord voulu se signaler dans sa vie. Le haut-fonctionnaire se souvient de cet appel téléphonique, en 1982, venant d’un maire : « Monsieur le sous-préfet, une baleine morte s’est échouée sur la plage ». Le sous-préfet Garde devra la faire exploser, la réduire en morceaux, geste nécessaire, et en même temps condamnable : « à ma façon, j’avais porté atteinte à la dignité d’un cadavre ».

Plus jeune, adolescent, François Garde flânait aussi au cloître de Saint-Sauveur, près de la ville d’Aix-en-Provence où il a grandi, captivé, dans ce décor de théâtre, par la « blondeur de la pierre et la subtilité de la lumière » qui vont façonner sa vision du monde. Souvent, il s’arrêtait, méditait devant un chapiteau sculpté, intrigué par les multiples détails d’un gros poisson qui, par d’acrobatiques torsions, tente d’engloutir Jonas : « aucun cétacé ne serait assez cruel pour transformer autant ceux qu’il avale ».

Jonas, aux « ambitions confuses » et aux « projets incertains », le seul prophète mineur « à échapper à l’oubli », réapparait fréquemment dans ce Baleine dans tous ses états. Garde reste marqué par cette confrontation avec cet « envoyé de Dieu » englouti, tentant de comprendre « tout le temps qu’il passe à ne rien faire » : « dans le ventre de la baleine, que s’est-il passé? ». Il ne peut que l’imaginer heureux.

Sans Jonas, sans cette ultime épreuve de la baleine, pas de Pinocchio! Garde se lance aussi dans une relecture amusante d’une autre célèbre histoire de baleine, imaginant une lettre fictive d’un éditeur à monsieur Herman Melville : « Pas de femme, aucun espoir, un équipage de crapules patibulaires, les ordres d’un despote fou, et la certitude d’un destin tragique… Est-ce là votre philosophie? Et qui prétendez-vous séduire? (…) Le roman n’est pas convaincant, ni la partie documentaire. Je vous rends service en ne vous publiant pas ».

Pas nécessaire d’aller toujours fouiller dans nos souvenirs ou dans notre culture pour trouver des traces de la baleine. Elle « flotte au-dessus de nos têtes », dans la galaxie, apparaissant dans une constellation. Elle coule aussi près de la Baie d’Hudson, dans cette grande rivière à la Baleine. Elle s’est installée au Québec, à Tête-à-la-Baleine, ou en France, à Saint-Clément-des-Baleines. Elle patronne même une maison d’édition. Elle se faufile également dans les rues, au hasard d’une vitrine, d’une enseigne. « Débarrassée de la chasse, des massacres (…) la baleine flotte délicatement au-dessus du négoce ou de l’inspiration, comme une esquisse épurée ». Garde rêve de partir en voyage sur les routes de France, « en un trajet sinueux », afin de se recueillir devant chacune de ces enseignes.

Le haut-fonctionnaire évoque aussi les proches parents de la baleine, le narval, entre autres, d’où naquit, sans doute, la « légende de la licorne à la fortune extraordinaire » (« rencontrant régulièrement des narvals, ils (les marins chasseurs) ont anéanti la licorne ») : « je ne me résous pas à l’idée que la licorne ne soit que le fruit d’un malentendu ». Il nous entretient aussi de l’orque, «  cet oncle ou ce cousin qui a mal tourné », ce parent indéfendable « rendu coupable d’attaques sur l’homme », une réputation surfaite : « à l’évidence, les orques doivent repenser leur stratégie de communication ».

La baleine a surtout une parenté tout à fait inattendue avec la vache, aimant vivre en troupeau, paître le plancton. Elle possède aussi le même regard, « insondable, serein, doux, rassurant, des yeux à la sagesse inaccessible ». « J’aime les vaches, et leurs cousines, les baleines ».

La baleine n’a pas de jambes ni de pieds, son pas reste inaperçu, en marge. Il n’a pas cet honneur, cet orgueil de ces traces de dinosaures survivant plusieurs millions d’années dans le sable devenu grès. Les traces de la baleine ne sont qu’éphémères. « Elles disparaissent comme des pas sur la neige… seul s’en souvient un passant subitement ému, un souvenir d’océan qui contient tout un monde », un souvenir révélé, dévoilé dans cette Baleine dans tous ses états.

À consulter :

— François Garde, La baleine dans tous ses états, Gallimard (Folio).

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