8Juin
Christian Vachon
Histoire

De célestes intellectuels qui dirent non à la pensée unique

En janvier 1978, cent-cinquante intellectuels français, des universitaires, des écrivains, des artistes, un Raymond Aron et un Eugène Ionesco, un Emmanuel Le Roy-Ladurie et un Jean Louis Barrault, en eurent marre de l’emprise persistante du marxisme sur l’intelligentsia. Ils publient un manifeste : La liberté ne se discute pas. La culture contre le totalitarisme, créent un Comité des Intellectuels pour l’Europe des Libertés (C.I.E.L.). Pendant une dizaine d’années, ils vont se mobiliser contre la « certitude totalitaire », lancer des appels, organiser des colloques, rédiger le bulletin La Lettre du CIEL. Une sélection inédite des textes les plus significatifs de ce bulletin, ainsi que ceux des principaux appels, se retrouve dans C.I.E.L. : Un combat intellectuel anti-totalitaire 1978-1986, publié aux Belles lettres ce printemps 2018, des textes dont plusieurs, quarante ans plus tard, vibrent encore par leur résonance, des textes nous invitant à la vigilance face à l’envahissement de la pensée unique.

 

Alain Laurent, un des membres fondateurs du groupement, dans un bref mais éclairant texte de présentation (« Antitotalitaires de tous bords, unissez-vous ! »), nous fait la chronique de ce C.I.E.L., mouvement regroupant des idéalistes venant de tous horizons, mais en grande partie de cette droite qui peut se revendiquer de « ne pas être la plus bête du monde », celle qui a pour porte-étendards un Raymond Aron et un Jean-François Revel, une droite s’opposant « au repli chauvin et à la tentation xénophobe », défendant un « espace libéral et culturel européen ». Mais qu’ils viennent de gauche ou de droite, les adhérents au C.I.E.L. partagent tous un idéal, un idéal que résume Eugène Ionesco : « Le libéralisme politique (…) est la seule conception et la seul pratique compatible avec la dignité de la personne humaine ».

Le C.I.E.L., financé, il faut le dire, lors des premières années, par des fonds secrets venant du gouvernement « libéral » de Giscard d’Estaing (il aura recours, par la suite, au mécénat d’entreprises privées), va mener un combat tranquille contre le « communisme international » (l’envahissement de l’Afghanistan, la « résistance » de la Pologne, …) dans une « première saison » (1978-1981), avant de « faire feu de tout bois » avec l’arrivée au pouvoir, en mai 1981, de Mitterrand et des « socialo-communistes ». Il se présente en rempart intellectuel contre le nouveau pouvoir, dénonçant les « excès de la politique », les menaces à la liberté de la presse et de l’enseignement, offrant un remède à cette France « malade d’idéologie », atteinte du virus du totalitarisme marxisant.

Ce sera toutefois son chant du cygne. En octobre 1986 parait la dernière Lettre du CIEL. « D’une certaine manière, pour le C.I.E.L., la mission est accomplie ». Les socialistes ont été battus aux élections législatives, le péril communiste s’évanouit même à l’Est (c’est l’ère de la glasnoten URSS). Le marxisme, comme idéologie dominante et menaçante, semble avoir fait son temps.

Quarante ans après la création de ce C.I.E.L., Alain Laurent se demande si une semblable initiative individuelle serait encore possible. Les raisons de poser la question ne manquent pas, en fait, avec la résurgence, en Europe, de

Il manque, pour voir surgir un C.I.E.L. du XXIsiècle, une « unité polyphonique ». « Chez les intellectuels européens en général et français en particulier, non seulement il n’y a pas consensus sur le destin de l’Union européenne, mais ceux qui s’alarment de ce qui se passe à l’est du continent s’émeuvent souvent moins des menaces de son sud, et réciproquement ».

La droite actuelle, du moins au Québec, semble aussi trop bête pour mener un combat efficace contre cette pensée unique qui envahit de nouveaux les campus universitaires.

Alain Laurent présente ensuite une quinzaine de textes, relativement brefs, tirés desLettre du CIEL, et d’autres interventions du mouvement, des textes classés par ordre alphabétique des auteurs, de « Vive la Pologne » (janvier 1981) de Raymond Aron, à la «Réforme du droit » (Bulletin du CIEL– printemps 1980) de Georges Vedel.

Leurs lecteurs nous font replonger dans l’actualité fébrile de la Guerre froide de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt, avec cette menace soviétique « à nos portes », et sa vitrine du « modèle socialiste ». La menace n’est plus. Le modèle n’est plus. Mais un certain totalitarisme idéologique demeure, et quelques-uns des écrits de ce C.I.E.L. restent intemporels par leurs propos.

Il y a d’abord ce manifeste fondateur de janvier 1978 (La liberté ne se discute pas. La culture contre le totalitarisme) rédigé par Alain Ravennes (et signé par les 150 fondateurs du C.I.E.L.), avec ce rappel intransigeant : « L’Europe moderne a inventé l’individualisme ».

On oppose un refus à la certitude totalitaire. On oppose un refus au déterminisme historique : « La gratuité est le royaume de la culture, la nécessité en est la tombe. Dès lors que passe l’idée d’une marche nécessaire de la vie des hommes, fût-elle baptisée émancipation, le manichéisme, derrière les subtilités de façade, devient entier : ce qui concourt à la nécessité est bon, ce qui y résiste ou s’y dérobe est mauvais ou superflu ».

Il y a ce papier d’Eugène Ionesco et Alain Ravennes : L’homme, la culture et le pouvoir, publié dans Le Figarodu 10 décembre 1978, avec des mots magnifiques, saisissants, cruciaux : « Le rôle et l’ambition de la politique (organiser les « éléments inévitablement sociaux et collectifs de la vie ») doivent s’arrêter là, exactement là, et ne se mêler ni du beau, ni du bien, ni de l’âme. Et surtout pas pour les nier au nom d’une pseudo-vérité scientifique et d’un réalisme destructeur de vie (…). La foi, la conviction, le désir doivent rester des apanages de l’individu. Et l’on sait où s’achève toujours l’exaltation du groupe et de sa puissance : à Dachau ou dans l’archipel du goulag ».

Tout aussi intemporel, et tout aussi puissant, est le discours de l’éminente helléniste Jacqueline de Romilly dans sa communication L’individualisme dans et par l’enseignement, lors d’un colloque du C.I.E.L. sur « L’individu », tenu le 27 avril 1985. Elle dénonce le savoir-faire, chez les enseignants, qui « remplace et le savoir et le rayonnement personnel, dans leur diversité stimulante ». Elle défend un individualisme « qui n’est ni l’égoïsme ni le goût du repli dans la solitude. Il est l’accomplissement de chacun dans son originalité et son unicité ; et seule une collectivité organisée le rend possible et lui donne son sens ». Son individualisme n’est nullement « sauvage », il est un « individualisme constructif », qui « s’élabore à partir d’un ensemble, puise ses forces dans ce qui a été, et chacun, en apprenant à penser, se libère ».  « L’individualisme doit s’épanouir au fur et à mesure que se forme l’individu lui-même. Il devient alors, non pas une revendication sans fondement, mais le reflet même du progrès intérieur ».

Encore pertinentes aussi ces pensées du philosophe Karl Popper qui s’inquiète, dans ceParadoxe de la liberté (paru dans La Lettre du CIEL du 1ertrimestre 1985), de la menace à liberté posée par la « doctrine de l’égalité économique garantie et gérée par l’État ».

Il n’a pas pris une ride également ce manifestePour l’Europe des libertés et son uniond’avril 1979 : « La richesse de l’Europe, c’est sa diversité, notamment nationale ». Il faut réaffirmer « la primauté de la culture sur la politique, de l’homme sur le pouvoir, de l’être individuel sur les collectifs ».

Toujours actuel, aujourd’hui, cet appel de juin 1982 à « Une résistance intellectuelle » qui nous alerte sur le manichéisme intellectuel et social en plein expansion. « Non, l’histoire ne tient pas lieu de morale, et la morale ne fait pas office de lucidité ». Il faut « refuser l’intolérance, l’invective et les « mensonges nécessaires » d’où qu’ils viennent, les simplifications mutilantes(…). La résistance intellectuelle, c’est d’abord s’opposer à l’excès de la politique (…). L’intention de fondre plus ou moins en un même système l’économie, la vie sociale, culturelle, éducative et même associative, invite à réfléchir et à agir. Dès que le pluralisme régresse, la liberté décline ».

Enfin, comment ne pas rester indifférent à ce Manifeste pour la liberté de l’information, de juin 1984, qui s’insurge contre ce militantisme idéologique qui « tend à faire de la télévision et des radios d’État la grande machine à « changer ce qu’il y a dans les têtes ». «Une liberté qui ne peut s’exercer que par les moyens contrôlés par l’État n’est pas une liberté ».

La défense de la liberté n’a pas d’âge.

– À consulter :

C.I.E.L. : Un combat intellectuel anti-totalitaire 1978-1986, présenté par Alain Laurent, Les Belles-lettres.

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