4Sep
Christian Vachon
Essais

Comment le racisme à l’américaine inspira les nazis

« Le Germain, resté de race pure et sans mélange, s’est levé pour devenir le maître du continent américain, et il en restera le maître aussi longtemps qu’il ne succombe pas à la contamination raciale »  – Adolf Hitler, Mein Kampf

Au risque de vous déplaire, ou de vous étonner, le nazisme, et son délire raciste, ne sont pas un « paradoxe cauchemardesque » de l’histoire « n’ayant aucun rapport avec ce qu’il y avait avant et avec ce qu’il y a eu après ».  La triste vérité, c’est que le racisme nazi n’est ni une anomalie,  ni une incongruité.  Il est, en fait, bien « de son temps », celui d’un monde des années trente dominé par l’Occident blanc depuis de longues décennies, un Occident blanc professant le social-darwinisme, colonisant, exploitant, ségréguant, lynchant…   Lorsque les juristes allemands rédigent, en 1935, les lois raciales de Nuremberg, ils ont de quoi s’inspirer un peu partout dans ce « monde blanc ».   Mais un pays, surtout, sert de cas d’école en matière de législation raciste : les États-Unis d’Amérique.

« Que la législation de Nuremberg elle-même témoigne de l’influence directe des États-Unis n’est  (…) pas une possibilité, c’est une probabilité » atteste James Q. Whitman, professeur de droit comparé à la Yale Law School, dans ce dérangeant Modèle américain d’Hitler :  Comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazis, publié ce printemps 2018 chez Albin Michel, où il soumet des preuves éloquentes de son propos.  Le juriste de formation refuse que ce pan d’histoire reste dans l’oubli, une histoire qui en dit long non pas sur ce nazisme discrédité mais sur les travers des États-Unis, un pays pratiquant un républicanisme réservé aux «hommes blancs libres » (selon une déclaration du Congrès américain en 1790).

L’essai, loin de là, n’a rien d’une diatribe anti-américaine.  James Q. Whitman ne veut aucunement affirmer que les États-Unis étaient des « amis intimes » de l’Allemagne nazie, ni que, dans les années trente, la république américaine avait tout d’un pays nazi.

Les fervents d’Hitler, d’ailleurs, méprisaient bien des choses dans cette Amérique.  « Tout en affirmant souvent un sentiment de parenté avec les États-Unis, les nazis n’ont (…) jamais été tout à fait sûrs de savoir à qui et à quoi ils avaient vraiment affaire ».   Peut-on faire confiance à ces Américains qui sont « inconscients du danger monstrueux du melting-pot » ?  Ou qui sous-estiment « l’influence pernicieuse des juifs » dans leur vie politique, sociale, culturelle ?

Difficile de nier, toutefois, les traces de l’influence perverse américaine dans les aspects « criminels » du programme nazi, notamment sur l’eugénisme et sur les conquêtes meurtrières en Europe de l’Est (Hitler s’est souvent vanté de vouloir imiter, notamment dans son Mein Kampf, ce qui firent les Américains au Far-West).  Les nazis ont surtout  voulu apprendre bien des choses dans un domaine où, au début du XXe siècle, l’Amérique est bien en avance sur le reste du monde, celui de la législation raciale.

Les États-Unis sont « le leader mondial » en matière de lois racistes sur l’immigration, une histoire d’exclusion qui date du tout début de la  république américaine, avec ce Naturalization Act  de 1790 qui ouvre la naturalisation « à tout étranger » s’il est une « personne libre et blanche » (une mesure « inhabituelle » pour l’époque), et qui se poursuit avec cet Immigration Act de 1924 qui favorise les «Nordiques » de l’Europe du nord et de l’ouest.

Les juristes nazis trouvent aussi admirables la législation sur la citoyenneté américaine (reflet, en ce temps, de la spontanéité raciste de la « common law », nous reviendrons là-dessus) menant à une déchéance juridique des Noirs, des « citoyens de seconde classe », ayant droit à la protection de l’État, « mais pas à la plénitude des droits politiques ».

Les nazis, surtout, envient cette nation américaine qui fait en sorte que sa population reste pure et sans mélange en criminalisant (un cas sans précédent) les rapports sexuels.  Trente États américains, dans les années trente, déclarent civilement nuls les mariages entre individus de races différentes.  Pire, dans beaucoup de ces États (notamment au Maryland, et d’autres États de l’ancien Sud esclavagiste), des personnes contractant de telles unions sont également passibles d’une peine de prison parfois sévère.

En bon plaideur, le « procureur à charge » Whitman présente bien des pièces incriminantes, des emprunts directs ou indirects des nazis au modèle « raciste » américain.  En fait, il démontre simplement que les juristes nazis, universitaires et hauts fonctionnaires, sont compétents, et savants, en promulguant les lois de Nuremberg en 1935, qu’ils « se réclament d’une lecture des lois étrangères et d’une exégèse des jurisprudences dans des publications multiples ».

Il cite ce « mémorandum prussien » de 1933, où des juristes radicaux nazis trouvent quelque chose de « bien plaisant » dans ce croisement de races « puni pénalement » dans plusieurs États américains.  Il déniche ce procès-verbal d’une réunion du 5 juin 1934 de la Commission sur la réforme du droit criminel allemand « institutionnalisant le racisme » où est évoqué qu’une ségrégation à la « Jim Crow » américaine ne peut pas marcher en Allemagne (« Les Juifs sont trop arrogants »).  Les propos de cette réunion vont toutefois témoigner de l’influence directe de la législation américaine sur les lois de Nuremberg qui vont suivre, notamment sur « la protection du sang et de l’honneur », en faisant, entre autres, relever le mariage du droit pénal.  Les juristes nazis vont même être, parfois, indignés par l’expérience américaine, rebutés par la « dureté humaine qu’elle suppose », allant jusqu’à dire que la politique du « une seule goutte suffit » (ou « One-Drop Rule »), dans le classement racial aux États-Unis, « va trop loin ».

Le 23 septembre 1935, huit jours après la proclamation des lois de Nuremberg, une délégation de quarante-cinq juristes nazis partent en « voyage d’étude » aux États-Unis.  Un autre juriste allemand, Heinrich Krieger, de retour, lui, d’une long séjour américain, entre 1933 et 1934, rédige et publie un Droit racial aux États-Unis, y présentant une jurisprudence tiraillée « entre l’égalitarisme libéral formaliste et le racisme réaliste ».

Les questions, faut-il le répéter, auxquelles le livre de Whitman nous confrontent ne portent pas sur la genèse du nazisme, mais « sur ce que sont les États-Unis ».  « Pourquoi et comment les États-Unis ont pu fabriquer un droit jugé par les nazis si intéressant et si attrayant ? ».

Un monde blanc, anglo-saxon, se revendiquant du « social-darwinisme » (« nous avons gagné la course au progrès »), trône au sommet.  Ce « suprématisme blanc » fait son nid dans le pragmatisme de la « common law » américaine, souple et ouverte, qui « convient parfaitement » aux juristes nazis par son réalisme juridique, un droit en phase avec les « réalités sociales », la «vie » , comprenant le racisme dans les années vingt et trente (un réalisme juridique qui mène, inversement, à la reconnaissance des droits civiques des Noirs dans les années cinquante et soixante).  « La politique n’est guère gérée par le droit aux États-Unis ».

Les législations raciales vont être mortes et enterrées en Allemagne, en 1945, après la chute du nazisme.  Elles vont perdurer, par contre, pendant quelques décennies supplémentaires aux États-Unis.  Ce n’est qu’en 1967, par la décision Loving v. Virginia de la Cour suprême américaine, que le mariage interracial a été complètement légalisé dans tout le pays.

–          Le modèle américain d’Hitler : Comment les lois raciales américaines inspirèrent les nazisJames Q. Whitman, Armand Colin.

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