2Août
Christian Vachon
Référence français

Des vieux de la vieille qui doivent tout à Napoléon

Et 99 autres histoires cachées de nos expressions populaires

Saviez-vous que le « mort aux vaches! » n’a rien à voir avec les bovins, ni « le passage à tabac » avec l’herbe à Nicot. Et que les expressions « un vieux de la vieille » et « être saoul comme un Polonais » tirent leur origine de l’épopée napoléonienne?

Retracer la genèse des expressions populaires (« se mettre en grève », « bâtir des châteaux en Espagne »,…), c’est révéler des pans entiers du passé. C’est à cette tâche que s’adonne avec entrain Hélène de Champchesnel, une historienne et maître de conférences à Sciences-Po Paris, dans Faire la tournée des grands-ducs et 99 autres expressions héritées de l’histoire de France, chez First éditions, une promenade historiques des plus instructives et divertissantes, des petits trésors d’érudition à engranger pour épater votre entourage.

Certes, quelques-unes de ces expressions dites populaires (« Faire le Jacques », « Comme les anguilles de Melun »,  « Prendre Paris pour Corbeil », « Aller à Tataouine », « Du bruit dans Landerneau », « Avoir l’air de revenir de Pontoise », etc.) n’ont pas traversé le temps et surtout l’océan pour s’enraciner au Québec. D’autres posent encore des embûches (elles demeurent orphelines, ou peuvent avoir des parents multiples) à la « généalogiste » Champchesnel (« Parler français comme une vache espagnole », « Mettre au violon », « C’est la croix et la bannière », « Se tenir à carreau », « Être la coqueluche », « Prendre des vessies pour des lanternes », « C’est un bleu »,…). Mais, quoi qu’il en soit, elles ont, pour la plupart, une aventure personnelle des plus surprenantes.

Elles peuvent, entre autres, être « victimes de l’inflation du langage », comme ces « 400 coups » (des coups de canons? Proust et Zola, au début du XXe siècle, évoquaient « 119 coups »), et ce « troisième dessous » (aujourd’hui on dit plus volontiers tomber au « trente-sixième dessous », alors qu’au XIXe siècle, on ne pouvait pas descendre plus bas qu’au « troisième dessous » du sous-sol de l’Opéra de Paris).

S’échappant de leur contexte d’origine, les mots de certaines expressions se transforment, jouent à cache-cache avec leur sens. « Le mort aux Waches! », ces postes de garde « installés à la frontière après la défaite de 1870 par les Allemands », va glisser vers le « mort aux vaches! ». On « donnait un tabas » (du dialecte méridional « tabustar », ou « tabassar », qui va donner le verbe « tabasser »), ou une volée de coups, au début du XIXe siècle, et non un « tabac ». Soulignons aussi que le « rang d’oignon » n’a rien à voir avec le produit maraîcher, mais plutôt avec un maître de cérémonie du roi Henri III, le baron d’Ognon, et qu’être « cordon bleu », jusqu’à la fin du XIXe siècle, n’était nullement synonyme d’excellence en gastronomie.

Bien qu’il n’en soit nullement le père puisqu’elles étaient déjà en usage à son époque, au XVIIe siècle, le fabuliste Jean de La Fontaine va offrir une longue postérité à des expressions telles « Être Gros-Jean comme devant » et « Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».

D’autres formules mettent en lumière des personnalités méconnues ou oubliées de l’histoire : Benoît Binet, un perruquier sous le règne de Louis XIV (« Avoir une drôle de binette »); Guy Chabot, seigneur de Jarnac à l’époque d’Henri II (« Un coup de Jarnac »); Jacques Cœur, grand argentier du roi Charles VII (« À cœur vaillant, rien d’impossible »); ou ce Martin Nadaud, représentant de la Creuse à l’Assemblée nationale française en 1850 (« Quand le bâtiment va, tout va! »).

Des personnages un peu plus illustres sont aussi associés, bien sûr, à des expressions :  le cardinal Richelieu et son « éminence grise » le père Joseph; le peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres, prouvant avec son « violon », qu’il avait plus d’une corde à son arc ; François Ier qui non seulement va s’exclamer « Tout est perdu, fors l’honneur », à la bataille de Pavie en 1525, mais va y aller d’un « Me voilà fort comme un Turc » en adossant l’armure reçue en cadeau du sultan Soliman le Magnifique, en 1536. Même Napoléon III peut se glorifier d’être à l’origine de ce « Il ne faut jamais dire jamais ».

Son oncle, Napoléon Ier, parmi d’autres actes glorieux, a légué à l’Histoire bien des expressions devenues populaires : « Impossible n’est pas français », « Un vieux de la vieille » (de la vieille garde impériale), « Saoul comme un Polonais » (comme ces mercenaires polonais, très audacieux, luttant avec l’Empereur).

D’autres formules permettent d’ouvrir une fenêtre sur des événements du passé : « Compter pour des prunes » (les Croisades); « Un esprit frondeur » (la Fronde, contre Mazarin, en 1648); « J’y suis, j’y reste » (le général français Mac Mahon, à la guerre de Crimée, en 1854); « Faire la tournée des grands ducs » (un clin d’œil à la vie nocturne parisienne des membres de la famille impériale russe à la fin du XIXe siècle); « Se faire limoger » (la Première Guerre mondiale); « Comme en quarante » (la Seconde Guerre mondiale).

Une grande partie de ces expressions, finalement, nous rappellent à notre mémoire des pratiques anciennes ou oubliées, que ce soit de l’Antiquité (« Mener une vie de bâton de chaise » à porteur, « mettre sa main au feu » : la pratique de l’ordalie), du moyen âge (« Entrer en lice », « Se mettre sur son trente-et-un » : une déformation du mot « trentain » désignant une riche étoffe. « Les dés sont pipés » ; « travailler au noir » : travailler la nuit tombée, une pratique interdite, « À bâtons rompus », « Être sur la sellette » : le siège de l’accusé au tribunal, « Payer en monnaie de singe », « Avoir maille à partir » : une moitié de denier « à partager », « Une cote mal taillée » : une part d’impôt, …), ou de l’ère moderne (« Épater la galerie » : le public du jeu de paume au XVIe siècle, « Être collet monté »; comme une élégante du temps de Catherine de Médicis, « Être le dindon de la farce » : d’un spectacle forain, à Paris, au XVIIIe siècle, « Partir côté cour, côté jardin » : comme lors d’une répétition du Mariage de Figaro dans la cour du Palais des Tuileries, ou « Se bousculer au portillon » du populaire Métro, à Paris, en 1900).

N’hésitons pas à faire bon usage de ces expressions car, comme aurait dit monsieur de La Palice, « si nous ne les faisons pas vivre, elles mourront, et un peu de notre passé disparaitra avec elles ».

À consulter :

— Hélène de Champchesnel, Faire la tournée des grands-ducs, et 99 autres expressions héritées de l’histoire de France, First éditions.

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