9Mai
Christian Vachon
Biographies

Les rocambolesques aventures de Bobby Fischer, roi des échecs et héros déchu de la guerre froide

Un paradoxe, un mystère, un génie ou un fou, Bobby Fischer, le champion d’échecs, héros américain de la guerre froide rivalisant avec Oussama Ben Laden, après le 11 septembre, comme ennemi numéro un de l’Amérique,  le fils de parents juifs devenu le plus virulent des antisémites ? Frank Brady dans Fin de partie : l’ascension et la chute de Bobby Fischer (une traduction, chez les éditions Aux forges de Vulcain, de End Games : Bobby Fischer’s Remarquable Rise and Fall : From America’s Brightest Prodigy to the Edge of Madness), s’attèle à percer cette énigme.

Il l’a connu jeune adolescent, alors qu’il dirigeait les premiers tournois auxquels Bobby participait. Il a côtoyé un homme, et non un idiot savant. Il a récolté, au fil des ans, tout un tas d’histoires, souvent divergentes, sur le jeune prodige, réalisé des centaines d’entretiens avec d’autres personnes l’ayant fréquenté, correspondu avec Boris Spassky, découvert des documents inédits. Il a réussi à faire le tri de tout cela, dévoilant un « génie tourmenté », une « personnalité fragmentée », livrant une œuvre équilibrée, ni procès, ni apologie, qui ne néglige pas les outrances politiques du personnage, mais ne fait oublier « l’artiste des échecs », le passionné, l’unique rock star de sa discipline.

La vie de Bobby Fischer est une histoire indissociable de la guerre froide, l’histoire d’un malentendu, du rêve d’un homme, préférant lutter seul, se confondant, pendant deux décennies, à celui d’une nation.

Bobby Fischer a eu de multiples vies, une deuxième et même une troisième chance, toutes gaspillées. Pas de happy end à cette Fin de partie.

Elle débute pourtant bien cette histoire, un success-story américain par excellence. Le fils d’une mère juive, élevant seule ses enfants dans un quartier pauvre de Brooklyn, devient, en 1957, à quatorze ans, champion des échecs aux États-Unis. L’Union soviétique domine le monde des échecs, comme elle domine la recherche spatiale, dans les décennies 50 et 60. Neil Armstrong va faire finalement triompher la nation américaine en marchant, le premier, sur la Lune en juillet 1969, Bobby Fischer va faire de même en battant le « communiste » Boris Spassky lors du championnat du monde, tenu à Reykjavik, en Islande, au mois de juin 1972, le tournoi d’échecs le plus médiatisé de l’histoire. Bobby Fischer est le nouvel héros de la guerre froide, un héros auquel on pardonne son côté solitaire, désagréable, parfois teinté de paranoïa, un héros ayant un seul « trip » autre que les échecs : le fondamentalisme chrétien.

La réputation « sauvage » de l’idole du peuple américain s’affirme de plus en plus après l’Islande. « L’enfant pauvre » de Brooklyn devient exigeant côté bourse, refusant, en 1974, une offre de cinq millions de dollars du gouvernement zaïrois de Mobutu pour affronter Anatoli Karpov à Kinshasa. Il ne dispute plus la moindre partie en compétition, abandonne son titre en 1975.  Karpov devient champion, « sans déplacer un pion ».

Son « trip » religieux prend une tournure étrange, inquiétante. Bobby Fischer découvre un Protocole des Sages de Sionpoussiéreux dans une librairie d’occasion de Los Angeles. Le message antisémite du document (un faux, de la fin du XIXsiècle, de la police secrète russe, qu’il va considérer « authentique ») résonne chez lui. Il va diffuser, dans la ville californienne, des tracts antisémites vantant la supériorité de la race aryenne.

Est-ce la fin de l’histoire de Bobby, le prodige des échecs ? Non. Il se remet à jouer, excelle toujours autant. Il redevient même champion du monde, en 1992 (remportant une bourse de trois millions et demi de dollars), en battant à nouveau Boris Spassky.

Redevient-il le héros d’une nation ? Non, bien au contraire, le héros se transforme en paria. C’est que le tournoi a eu lieu au Monténégro (état yougoslave à l’époque) et que Bobby a volontairement désobéi à l’embargo américain sur ce coin du monde (tout comme il refuse de payer ses impôts à sa « patrie » depuis 1977). Ses déclarations troublent également : « Le communisme soviétique est en gros le faux-nez du bolchevisme, qui est à son tour le faux-nez du judaïsme ».

Tout au cours de la décennie 1990, les médias sont « à la recherche de Bobby Fischer ». On finit par le retrouver à Budapest, en Hongrie, où il s’entoure de garde du corps « pour le protéger du gouvernement américain ». Il en profite pour proférer, à la radio hongroise, une autre de ses déclarations outrancières : « Comme Adolf Hitler l’a écrit dans «Mein Kampf », les Juifs ne sont pas les victimes, ce sont les bourreaux ».

Le gouvernement américain n’est toutefois pas pressé de mettre la main sur lui, et Bobby, le délinquant en cavale, a l’occasion de se refaire une nouvelle vie, plus honorable, vivant, entre autres, une grande aventure amoureuse avec Miyoko Watai, une japonaise, souhaitant faire du Japon sa nouvelle patrie.

Peine perdue, il chute encore plus profond avec ses propos, à la presse japonaise, après le 11 septembre 2001 : « Il est temps que cette nation d’Amérique rentre dans le rang. Il est temps de l’achever une bonne fois pour toutes. J’applaudis le geste. Merde aux États-Unis ! Tout ce que je veux, c’est les voir balayés ». Il n’oublie pas d’ajouter : « Les Juifs sont des criminels (…) Ils ont inventé l’Holocauste ».

C’est une déclaration de guerre, et la réplique est impitoyable. Ses souvenirs vont être vendus aux enchères en Californie. Son passeport américain est annulé, en 2003, par le Département de la Justice. Il devient alors, comme il le constate à l’aéroport de Narita, le 13 juillet 2004, menacé d’expulsion par le Japon.

Il recherche l’exil politique. Vers où ? À Cuba ? En Corée du Nord ? Pourquoi pas l’Iran. Ils refusent, car, pour eux, Fischer est un juif.

Le sauvetage, il le trouve en Islande. Car les Islandais se désolent pour lui, sont en dette envers lui depuis ce duel de 1972 où Reykjavik est devenu, brièvement, le centre du monde. Le gouvernement islandais lui accorde, en 2005, la nationalité islandaise. Il peut s’établir là-bas.

Il consacre alors, en Islande, l’essentiel de son temps à lire, la bibliothèque publique de Reykjavik devenant le centre de son existence. Il éprouve également une soudaine attirance pour le catholicisme, découvre les écrits des théologiens catholiques. Fischer reste toutefois Fischer, le génie des échecs, et des organisateurs de tournois viennent le voir pour le convaincre de jouer, d’effectuer un retour.

Fischer, le retour du prodige ? Non, l’autre Fischer réapparait. Il commence à se plaindre du pays et de ses habitants (ce désir maladif « d’attirer l’attention » ne le quittera jamais), alors qu’il peut difficilement quitter son « asile océanique » (un mandat d’Interpol l’attend dans 368 aéroports du monde). Un réalisateur islandais lui propose un documentaire sur lui, il saute sur l’occasion pour le transformer en procès « contre les crimes américains » :  « Je hais l’Amérique (…). Ce pays n’a pas le droit d’exister ».

Pas de rémission, pas de rédemption. Bobby Fischer meurt le 10 janvier 2008 de complications dues à des problèmes urinaires. Les funérailles privées seront célébrées par un prêtre catholique. Le success-story de Fischer se termine en vulgaire soapaméricain avec une querelle d’héritage concernant les deux millions de dollars restant du tournoi gagné en 1992 (la Cour suprême d’Islande va conclure que Miyoko est bien l’épouse légitime et la seule héritière de Fischer).

En épilogue, Brady nous fait apprécier cette réaction stupéfaite de Boris Spassky en apprenant la mort du prodige américain : « J’ai perdu mon frère ». Lui seul a peut-être su « peser la solitude » de l’autre.

Brady termine d’ailleurs par une éclairante postface, par ces propos de Zita, une jeune femme hongroise, le premier véritable amour de Bobby. Ils se sont rencontrés, elle à 17 ans, lui à 49 ans, dans les années 1990. Elle a résisté, à Budapest, à sa demande en mariage. Elle trouvait difficile à vivre son « obsession antisémite ».

Zita raconte : « Bobby, l’homme qui ne se résignait jamais à la défaite sur l’échiquier ne pouvait pas gagner au jeu de l’amour romantique ». Il lui a même fait un jour cette déclaration : « Je suis vraiment un perdant au jeu de la vie ». « C’est peut-être », conclut Brady, « le commentaire le plus lucide et poignant fait par Bobby à Zita ou n’importe qui d’autre ».

Un héros déchu, certes, Bobby Fischer. Un fou, certainement pas.

– À consulter :
Frank Brady, Fin de partie : L’ascension et la chute de Bobby Fischer, Aux forges de Vulcain.

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