23Mar
Christian Vachon
Essais

Quinze rencontres saisissantes avec Maxime Olivier Moutier

Maxime Olivier Moutier, un homme lucide ou un monstre ?  Un homme sensible ou un « criss de cave » ? Prenez la véritable mesure de l’auteur, entre autres, de Marie-Hélène au mois de mars, de Rita tout court, et de Risible et noir, avec L’inextinguible, entretiens (de Maxime Olivier Moutier) avec Paula Singer (avec la collaboration de Sophie Galarneau), publié chez Hamac, cet hiver 2018, quinze rencontres dérangeantes, quinze rencontres qui vont se conclure d’une façon tout a fait insoupçonnable.  Préparez-vous à être secoué émotionnellement dans les dernières pages. Et à plus grosse surprise dans les ultimes de ce texte.

Paula Singer, se retrouvant devant « un gros vide » après avoir terminé sa maîtrise en économie à l’été 2014, a cette idée géniale pour le combler : réaliser des entrevues, sur sa démarche, sur son métier, avec l’écrivain Maxime Olivier Moutier dont elle a lu l’œuvre avec avidité. Elle va se reprendre à deux fois pour le convaincre.

Le résultat : quinze rencontres « vives et passionnantes » (on en prévoyait une dizaine au départ : « pas facile à mettre en confiance Moutier », mais une fois parti, et n’ayant plus « l’air de nous trouver trop débiles », les rendez-vous se sont allongés), tenues dans différents cafés et bars de Montréal, une fois toutes les deux semaines (une heure chaque fois), à l’automne et à l’hiver 2015, avec la complicité, à l’enregistreuse, de Sophie Galarneau. Paula Singer s’avouera « séduite » par l’arrogance, et le côté sur de lui, de Moutier.  On verra où cela va la mener.

Moutier se confie sans gêne. Il nous parle de son enfance, du divorce de ses parents. Il avoue souffrir du mal que disait sa mère sur son père « pas comme les autres », marginal, artiste-peintre. Sa mère va même lui donner l’impression que lui, le fils Maxime, « n’était pas voulu ». « Sans le vouloir et même sans faire exprès, je suis une personne qui dérange ».

Médiocre à l’école, il va redoubler son secondaire 3, il ne devient « bon qu’à l’université ». Il choisit alors l’Université de Sherbrooke « parce qu’on y offrait un programme de rédaction (« J’avais pour la première fois de ma vie de très bonnes notes. Surtout à cause de ma façon d’écrire »), mais aussi, « raison véritable », parce que « je voulais partir de chez-moi », s’éloigner de sa « mère complètement folle ». C’est à cette Université de Sherbrooke qu’il déniche son mentor, le professeur Robert Giroux. « C’est lui qui a fait de moi un écrivain ».

Mais Moutier ne se considère surtout pas qu’écrivain. « Je n’ai pas choisi un domaine artistique. J’ai choisi la psychiatrie (…). J’ai toujours voulu travailler avec les fous (…). J’ai toujours eu confiance de pouvoir discuter avec quelqu’un pétant les plombs (…). Je ne serais pas non plus devenu l’écrivain que je suis si je n’avais pas fait d’analyse ».

À quinze ans, il lisait Freud (« quelque chose dans sa théorie me happait »). Il va tenter d’être accepté en psychiatrie à l’Université de Paris, vivant comme une tragédie le rejet de sa candidature. C’est à Montréal, finalement, qu’il se rapproche des cercles où on enseigne Lacan. Moutier va faire de la psychothérapie, travailler dans un centre de crise comme « intervenant de nuit ». Il condense, en fait, ses choix de vie, ses véritables amours, à la psychanalyse, ses enfants, la chanson française, la cuisine (il popote même pour des amis dans des restaurants), et l’art contemporain.

Rencontrer Maxime Olivier Moutier, c’est aussi s’avancer sur un terrain miné. Ça explose à la neuvième rencontre : « Le féminisme est une idéologie qui vient avec sa propagande (…) toujours la même : les femmes, victimes faibles et fragiles » ; « Une femme à la maison, ce n’est pas payant pour la société capitaliste (…). Le féminisme est une affaire de bourgeoises. C’est un luxe » ; « Chacun s’identifie désormais à sa communauté propre : les gros, les nains, les Noirs, les Asiatiques (…) ». « Vous me faites chier », objecte l’intervieweuse Singer.

« Vous aimez la polémique », lui assène-t-elle, plus tard, au début de la quatorzième rencontre. « Il est vrai », va reconnaitre Moutier, « que j’aime les gens que tout le monde déteste : Poutine, Dieudonné, Le Pen (…).  Je me méfie des médisances (…). Je suis naturellement du bord des persécutés ».

Il se réclame de la psychanalyse « nécessairement révisionniste (elle incite le patient à réviser « son histoire, ce qu’il dit, ce qu’il écrit ») ».  « Nous sommes en vérité des êtres menteurs et défaillants, des êtres manquants ». La polémique sert, alors, à faire de l’air, « à rappeler que nous ne possédons jamais la vérité et que nous nous trompons tout le temps ».

« Je cherche à provoquer », réitère-t-il à la rencontre 15. « Je dirais que je n’aime pas m’endormir ». « Ne craignez-vous pas parfois de passer pour un hurluberlu ? », l’interroge Paula Singer. « Pourquoi pas, ce n’est pas un qualificatif qui me dérange ».

Et il dénonce alors les réseaux sociaux, « un lieu de retour du refoulé », ou se même « une guerre à distance, une télé-guerre », ou personne « n’est obligé de se mouiller ».

Fatigué de ce sujet, il conclut : « On devrait peut-être s’arrêter là (…) J’ai l’impression d’avoir tout dit ».  Et il se lève d’un bond. S’enfuit « comme ça. Tout simplement », mettant fin, abruptement, sèchement, à ces quinze entretiens.

L’expérience ne se termine pas ainsi, loin de là, pour l’intervieweuse. « J’en voulais plus », avoue-t-elle, peu de temps après, dans un texto à Moutier. Et l’intérêt est plus que « professionnel ».  Elle est intimement insatisfaite, secouée dans ses émotions.

Déjà, à la fin de la dixième rencontre, elle commente : « Maxime Olivier Moutier est une personne très attachante ». À la douzième rencontre, ses sentiments s’approfondissent : « Je me demande si je ne suis pas en train de tomber amoureuse de Maxime Olivier Moutier (…) un séducteur… et un fou ».

L’histoire ne s’achève donc pas par cette fuite de « l’hurluberlu » à la quinzième rencontre. « Nous nous sommes parlés deux mois (…) sans nous voir. Il dit qu’il me trouvait belle ».

Paula Singer réussit à « séduire » le séducteur. « Maxime Olivier s’est donc mis à m’aimer. J’avais gagné (…). J’étais certaine à ce moment-là d’avoir trouvé l’homme de ma vie ». Il y aura un rendez-vous officiel, « une sorte de moment parfait. À la hauteur de cette histoire d’amour que nous vivions ». On parle alors « d’aller à Paris, de préparer Noël ensemble ».

C’est trop beau, trop parfait, « une illusion ». «Notre histoire s’est évaporée, comme si tout cela n’avait été qu’un rêve ». « C’est de mon côté que tout a chaviré ». Se souvient-elle, peut-être, des propos de Moutier, à la rencontre 6 : « J’ai fait le choix d’être aimé, plutôt que d’aimer. Je ne crois pas en l’amour. Je crois n’avoir choisi d’être avec une personne que j’aimais. Trop risqué ».

Paula survit à ce tsunami d’amour. « Je ne crois pas avoir aimé un homme aussi fort.  Encore aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui s’est passé ». Ce titre, L’inextinguible, est un écho à sa péripétie amoureuse.

Mais, attention lecteur non averti, ce n’est pas fini.  Tout cela n’est que fiction de l’écrivain polisson.

– À consulter :
Maxime Olivier Moutier, L’inextinguible : entretiens avec Paula Singer, Hamac.

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