14Juin
Christian Vachon
Essais

Survivre quand le monde entier vous tombe dessus

« Je n’avais jamais eu l’occasion d’être un objet de haine avant ça. Mais le plus dur, ce n’est pas d’être haï. C’est d’être un objet »
– Mike Daisey

 

La mise au pilori est en pleine renaissance. L’humiliation publique, cette pratique punitive abolie depuis près de deux siècles, refait sa niche dans les réseaux sociaux. Un tweet malheureux, et voilà que le monde entier vous tombe dessus, vous cloue à un pilori virtuel. Des millions d’abrutis haineux vous insultent, se réjouissent de votre humiliation. Faut-il les applaudir ?

Jon Ronson, journaliste et écrivain (Êtes-vous psychopathe ? publié chez Sonatine, en 2017), au style « très particulier » (du travail d’enquête assaisonné d’humour et d’humanisme), s’interroge sur cette nouvelle forme de contrôle social dans La Honte ! (une traduction de So You’ve Been Publicly Shamed), publié chez Sonatine cet hiver 2018, un déconcertant périple au pays de la haine.

Ronson part à la rencontre de quelques-unes des victimes de « causes célèbres » d’humiliations publiques sur les réseaux sociaux : un plagiaire démasqué (Jonah Lehrer faisant dire n’importe quoi à Bob Dylan dans son Imagine : How Creativity Works) ; un reporter se faisant prendre à mentir (Mike Daisey narrant à la radio une rencontre à Shenzhen, en Chine, qui ne s’est jamais produite) ; de supposés geste et commentaire de nature sexuelle et sexiste pris en photo (Hank et Alex lors d’une conférence à Santa Clara, en Californie, en 2013) ; un commentaire frivole terriblement mal formulé (Justine Sacco partant en vacances, en décembre 2013, et envoyant cette « blague » à ses 170 abonnés tweet : « Départ pour l’Afrique. Espère ne pas choper le sida. Je déconne. Je suis blanche ! ». Le lendemain, son tweet « raciste » fait exploser son téléphone) ; une photo qui se voulait uniquement débile (Lindsey Stone qui, lors d’une visite à Washington, en 2012, veut faire la conne, et défier les autorités, en immortalisant un « finger » devant un panneau « Silence and Respect » au cimetière militaire national d’Arlington).

Les conséquences de ces humiliations publiques sont désastreuses : perte de réputation, plus de best-sellers pour Lehrer (Ronson fait connaissance avec celui qui l’a piégé, le « justicier citoyen » Michael Moynihan, qui se repent quelque peu d’avoir involontairement démarré une « chasse aux sorcières » : « Je vois les gens poignarder Lehrer encore et encore et encore, et je me dis ; “IL EST MORT”».)

Hank, « mâle blanc », va être renvoyé par son employeur pour son « geste », mais la frénésie de lynchage va se retourner contre la « plaignante » Adria Richards, femme noire et juive, qui pensait « avoir fait quelque chose de bien », mais qui sera « châtiée » pour avoir entravé la liberté d’expression et fait licencier un type à cause d’une « blague qui n’était dirigée contre personne ». Internet, à son tour, va lui donner « une bonne fessée ». Et, à son tour, elle sera licenciée (en plus d’être « menacée de viol »). Hank culpabilise : « Je crois que personne ne mérite ce qu’elle a enduré ».

Si Justine Sacco déborde de détermination, refuse d’être démolie, et veut démontrer à ces « progressistes » qui l’étiquettent de raciste (« ce n’est pas moi ») qu’elle peut se relever (« ma vie n’est pas ruinée »), Lindsey Stone subit, elle, la Terreur. Sa photo est transformée en papier-cul patriotique. Elle est la cible des innombrables misogynes actifs sur les réseaux sociaux : « Crève connasse », « Va te faire foutre salope »… Son monde, tout ce qu’elle aime, se volatilise. On lui retire son job auprès des enfants, et la société qui l’employait est félicitée.

Comment survivre ? Comment s’en sortir ? Ronson enquête de ce côté-là. Le cas de Max Mosley, ancien patron de la Formule 1, peut servir de modèle, lui qui s’est tiré d’un scandale sexuel parfaitement intact, en 2008, en refusant d’avoir honte. Mais voilà, tout le monde s’en fichait, à l’époque, de sa vie sexuelle étrange.

Il faut trouver autre chose. Il participe à des ateliers « d’éradication de la honte » à Chicago, où on tente de supprimer le sentiment d’avoir peur, d’être démasqué, ou d’être jugé immoral, ou « pas assez bien », par la méthode de « l’honnêteté radicale » : « débarrassez-vous de vos filtres », car « la honte croît quand nous l’intériorisons ». Ronson sort de ces séances « pas convaincu ».

Il repense à ce Mike Daisey, qui a survécu à sa « quasi noyade » de l’imposture de Shenzhen en répliquant par sa propre histoire, en hurlant plus fort que ses critiques, en leur faisant clairement comprendre que leur fureur est inutile. Ils ont laissé tomber.

Mais Daisey peut se raccrocher à son habileté de conteur, à son « moi aussi je suis une bête prédatrice », pas Lindsey Stone.

Ce qu’elle réclame, ce qu’on lui refuse, c’est « le droit à l’oubli ». Ronson lui déniche une solution qui a pour nom Michael Fertik de reputation.com, l’homme qui peut changer les résultats des recherches Google (« Demandez à Google, ça craint d’être Lindsey Stone »). Il entreprend de défier les algorithmes, et de ne plus réduire Lindsey à sa seule photo « antipatriotique ». Les banalités : Lindsey avec ses chats, Lindsey savourant une glace à la vanille, doivent être les premières à sortir du lot. Son seul moyen de survivre est d’être insipide.

Jon Ronson s’intéresse finalement plus à nous qu’aux victimes, nous qui sommes à l’origine de ce phénomène social de « la honte », nous qui sommes plus effrayants qu’eux, avec leurs trucs prétendument sexistes, ou racistes, ou irrespectueux.

Ronson réactualise cette Psychologie des foulesde Gustave Le Bon, publié en 1895, qui voulait prouver scientifiquement que les mouvements révolutionnaires de masse n’étaient que de la folie. Oui, nous sommes heureux, nous l’individu anonyme, en 2018, d’être félicité par la foule pour avoir exprimé notre opinion. Nous sommes heureux, nous l’individu anonyme, d’être victorieux en rendant justice.

Mais catégoriser les autres de suprématistes blancs, ou de traîtres à la nation, sans rien savoir d’eux, n’a rien de brillant. « Une personne humiliée est une personne humiliée, même quand elle n’est pas tendance ».

Ronson aboutit à ce constat : « Je préfère les humains à l’idéologie, mais en ce moment ce sont les idéologues qui l’emportent, et ils sont en train de créer une scène pour de grands drames artificiels et permanents, où chacun est soit un héros magnifique, soit un méchant répugnant ».

Ronson nous invite au courage, à défier la masse, à oser parler au nom de la personne humiliée : « le brouhaha des voix discordantes, c’est ça la démocratie ».

Après tout, nous ne sommes que des humains, des êtres qui, bien souvent, peuvent être surprenants d’intelligence, mais qui sont, parfois, incroyablement stupides. La beauté des réseaux sociaux, c’est cette cacophonie humaine où la bêtise peut surgir à tout instant.

« La chose formidable avec les réseaux sociaux, (c’est)qu’ils (donnent) une voix à ceux qui n’en (ont) pas. Ne les transformez pas en un monde où le meilleur moyen de survivre est de redevenir silencieux ».

– À consulter :

La Honte !Jon Ronson, Sonatine.

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