9Mai
Christian Vachon
Essais

La vie pas si silencieuse de nos mères

Ce n’est pas une histoire de sa mère et de sa grand-mère que nous narre Mona Gauthier dans son ravissant et sensible Paroles de mères ou les mots du silence, publié cet hiver chez l’éditeur québécois Alias. Il s’agit plutôt de l’histoire de toutes nos mères et nos grands-mères, l’histoire courageuse de ces générations de femmes d’avant la révolution féministe de la fin des années 60 qui « sont parvenues à vivre et à survivre dans la résignation et l’abnégation ».

Mona Gauthier, psychanalyste de formation et enseignante universitaire, aurait pu faire de ces propos et non-dits, de cette « écoute flottante » des paroles de sa mère et de sa grand-mère, un texte savant. Elle propose plutôt, et c’est tant mieux, une œuvre intimiste, confidentielle, abordant « sans une rigide linéarité » une foule de sujets (des corsets à baleine à l’avortement, en passant par la chirurgie plastique, la retraite,…), sautant d’une époque à l’autre, allant vers l’avant, vers l’arrière, laissant s’épanouir la couleur des mots, passant du « rouge au noir », nous entraînant dans un « tourbillon », un peu comme une « peinture de Jackson Pollock ».

Le récit gagne en franchise, en humanité, bouscule nos émotions, suscite de multiples réflexions. Bien des tabous sont transgressés. Bien des idées reçues sont ébranlées. Des femmes résignées nos mères? « Ma mère n’était pas une sainte, elle n’a jamais prétendue l’être ». « Je l’ai maintes fois entendue se plaindre de la situation des femmes et de leur impuissance à contrôler leur vie (,,,), en particulier le nombre d’enfants qui se succédaient et faisaient que les pauvres mères finissaient par oublier qu’elles étaient femmes avant tout ». Le désir? Connaît pas. Il n’en était pas question : « bien peu de place au romantisme, et beaucoup d’espace aux névroses infantiles ». Nul doute, selon Mona Gauthier, la pilule anticonceptionnelle est la découverte médicale qui a constitué l’élément le plus important de l’histoire de la maternité depuis les origines, menant à cet acte libérateur : « décider si l’on voulait un enfant, quand on le voulait et aussi combien on en voulait ».

On peut être rebelle et ne pas renier sa foi. La mission la plus cruciale de la mère de Mona, la mission cruciale de bien de nos mères, demeurait l’enseignement religieux. La grande messe du dimanche représentait l’activité la plus importante de la semaine. Le plus grand défi de l’adolescente Mona était de « résister à la vocation religieuse qu’on lui faisait miroiter depuis sa naissance ».

Gardiennes de la foi, gardiennes de la santé : sa mère, en digne fille de sa grand-mère et nos mères, en dignes filles de nos grands-mères, se faisaient infirmières avec « les moyens du bord », affrontaient cette menace que représentait la maladie pour les grandes familles (Mona était la dernière d’une famille de treize enfants).

Sa mère, nos mères devaient vivre avec des secrets de famille. Le grand frère trop aimable de Mona, Roméo, rappelait trop à sa mère son propre frère Ange-Ainé qui avait « la fâcheuse réputation » de « trop aimer les femmes ». Il aura même un garçon hors-mariage.

Mona ose ce questionnement : « Ma mère avait-elle été amoureuse de mon père? ». Mona enquête, émet des doutes. « Je l’aurais tellement voulu cependant ». « Sujet délicat pour une fille (et – pourquoi pas! – pour un fils) que celui de la vie intime de sa mère ». Mona cherchera à expliquer pourquoi sa mère ne se montrait pas attirée par la présence de son père « plutôt bel homme, mince », « plus artiste qu’homme d’affaire », qui, après des absences répétées pendant de longs mois (gagne-pain oblige dans des chantiers forestiers), « semblait vouloir maintenant occuper son territoire ».

Mona découvrira qu’il n’y pas de prince charmant, de ce « un jour mon prince viendra » dans la réalité quotidienne d’une mère ordinaire à cette époque d’avant la pilule. « Ce n’était pas mon père comme mari, et père de ces enfants qu’elle n’aimait pas, ce qui lui déplaisait, c’était le côté sexuel de la chose (…). Elle ne faisait pas l’amour, elle ne faisait pas la haine, elle faisait son devoir d’État comme l’Église l’exigeait (…) contrainte de satisfaire le désir de l’autre, sans même éprouver pour sa part, la moindre satisfaction ». « Comment aurait-elle pu être heureuse du retour du mari quand arrivait le printemps? ». Constat dur, constat lucide, constat trop longtemps tabou.

Mona nous entretient aussi de sa propre expérience de mère pas toujours « enthousiasmante ». « S’il y a un moment que j’ai exécré dans mes maternités, c’est bien celui de l’arrivée du lait qui commençait aux derniers mois de ma grossesse et ne se terminait parfois que plusieurs mois après la naissance ». Elle subissait le « supplice du trop-plein », du « sevrage qui ne voulait pas se faire ».

La femme n’est pas nécessairement vouée à la maternité, il ne faut pas hésiter à le réaffirmer, mais Mona confesse tout de même que « s’il y a cependant quelque chose dont je demeure à jamais convaincue, c’est que mes enfants sont ce que j’ai fait de mieux de toute ma vie de femme. Tel était mon désir à moi, je le pense sincèrement ».

Elle se confie davantage, aborde le drame, parle de sa grande fille de 38 ans, de ce « Maman, j’ai le cancer », de ce « vide », de « l’après-coup du deuil », du vertige d’une mère qui voit son enfant partir avant elle. « Ce n’est pas de la fille sérieuse, professeure de droit, féministe engagée dont me parlait mes souvenirs, mais plutôt de la petite fille qu’elle avait été (..), c’est ma petite et non la grande femme qu’elle est devenue qui vient me consoler de son départ ».

Mona était grand-mère d’une petite fille qui venait d’avoir quatorze ans. « J’étais habituée à dorloter ma petite-fille, à avoir le meilleur, je devrais dorénavant occuper la position de mère ». Elles vont former un trio inséparable : « la marraine, la petite-fille et la maman grand-maman ».

Douloureux aveux, touchants aveux, des paroles de mère mettant fin à un tabou familial. « La consigne du silence », avoue finalement Mona, « a régné sur toute mon enfance (…) et une grande partie de ma vie ». Une forme de soumission, d’impuissance? « Ne pas parler ne veut pas dire ne pas penser, ne pas réagir à l’inacceptable et, surtout, ne pas désirer ».

Mona Gauthier, avec ce digne hommage à la vie pas si silencieuse de nos mères, gravant son désir de dire, ses pensées secrètes « sur son ardoise », nous enseigne merveilleusement bien les bienfaits de « l’écoute flottante ».

Un cadeau idéal pour toutes nos mères.

À consulter :

— Mona Gauthier, Paroles de mères ou les mots du silence, Alias.

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