21Oct
Christian Vachon
Histoire

Le royaume perdu des bisons

Ils ne retrouveront plus leur royaume des Grandes Plaines, ce vaste territoire qu’ils dominèrent pendant huit millénaires, du Canada au Texas, des Rocheuses au Mississippi, les bisons survivants du grand massacre du XIXe siècle ;  ils ne retrouveront plus leur royaume, car celui-ci a disparu :  paysage et écosystème, bouleversés à jamais par la bêtise avaricieuse humaine,  ne s’étant jamais remis de l’absence de l’animal souverain.

C’est le constat tragique, mais lucide, de Dan O’Brien dans son Bisons des Grandes Plaines, une traduction de Great Plains Bison, paru, à la fin de l’été 2019, chez l’éditeur européen Au diable vauvert.  Dans son essai, concis et explicites, d’à peine plus de deux cents pages, l’auteur, éleveur de bisons lui-même, militant environnementaliste, et grand conteur d’histoires, adopte le point de vue, déconcerté devant les dégâts, de l’animal des Plaines, nous faisons réfléchir au sort que nous réservons au fragile équilibre écologique de l’Ouest américain.

Tout se déroule tranquillement, jusqu’au début du XIXe siècle, pour les centaines de milliers de bisons (combien étaient-ils ?  30 millions ?  35 millions ?  nous ne le saurons jamais), ayant appris à survivre dans ce territoire manquant d’humidité, profitant du foin, massant, par leur mouvement perpétuel, la prairie (et stimulant, ainsi, la croissance de l’herbe), peu menacés (ils sont trop rapides, trop mobiles) par les chasseurs amérindiens, à pied et munis de lances, peu menacés, même, par les Européens (qui aiment pourtant leur viande), franchissant le Mississippi, et qui ne portent intérêt qu’au castor.

Une ère de violence débute toutefois au milieu du XIXe siècle.  Les industries du monde entier réclament des millions de peaux de bisons pour fabriquer des courroies de cuir épais, les seules capables de faire tourner efficacement la machinerie.  L’extermination s’amorce.  Les Amérindiens, ayant maintenant mousquets et chevaux, y participent d’abord, traitant alors leurs « frères bisons » comme des marchandises, faisant ensuite, trop tard, marche arrière.  Au début des années 1879, dans une seule ville comme Dodge City, au Kansas, on retrouve plus de deux mille chasseurs de peaux professionnels.

Les bisons perdent, de plus, leur grand avantage, leur mobilité, avec ce chemin de fer traversant de part en part, de l’est à l’ouest, le continent, depuis les années 1860, divisant le grand troupeau des bisons en deux troupeaux, presque séparés, celui du Nord et du Sud.  Le Homestead Act de 1862, né de cette voie transcontinentale, permet aussi le transfert, par le gouvernement américain, de la propriété des Grandes Plaines à toute personne qualifiée, « livrant à la merci de plusieurs milliers d’unités politiques insensées un écosystème viable et durable ».

Le troupeau du Sud va disparaitre en moins de vingt ans, menant les autochtones de ces régions à la misère.  Le troupeau du Nord va survivre un peu plus longuement, surtout suite à la résistance des Premières Nations, refusant de quitter leurs sanctuaires de bisons pour s’entasser dans des réserves.  La fin tragique de cette résistance, à Wounded Knee, en 1890, sera aussi la fin de la « culture des bisons » dans les Grandes Plaines.

Que fait-on, maintenant, de ce vaste territoire, vidé de ces autochtones et de ces bisons qui le peuplaient depuis des centaines d’années ?  Les Américains le transforme en champ expérimental d’une agriculture irréfléchie et débridée.  Une gigantesque opportunité s’offre d’en tirer des bénéfices.

On y fait, d’abord, paître du bétail, mais on découvre, oh malheur !, que le bétail, laissé en liberté, ne se comporte pas comme le bison et ne peut prospérer à long terme.  On délimite, alors, la prairie avec des barbelés, cette invention des Grandes Plaines, y faisant venir des immigrants à mesure que l’élevage du bétail à ciel ouvert cesse.  Les colons, oublieux que l’Ouest, trop aride, ne peut convenir à l’agriculture, détruisent les herbes vivaces des Plaines, pour en faire supposément une terre fertile, croyant à cette idée délirante que « la pluie suit la charrue ».

Résultat :  perdant sa couverture protectrice, la « terre se met à bouger ».  C’est le Dust Bowl, les tempêtes de poussières des années 1930, l’ultime insulte au paysage des bisons, une grande partie de son royaume devenant pratiquement inutilisable.

On continue, pourtant, à définir pour ces Grandes Plaine un avenir radicalement différent, un avenir ne laissant pas la moindre place aux bisons.  On cherche toujours en en faire, encourager par des « incitations fiscales », une sorte de « paradis pastoral », exploitant des « nouvelles technologies », usant d’engrais azotés (entre autres, le procédé Haber-Bosch « résolvant les problèmes de fertilité »).  Ce paradis artificiel s’approvisionne lourdement sur l’immense nappe aquifère d’Ogallala, un paradis destructeur d’insectes et libérateur de carbone dans  l’atmosphère, rendant tout repeuplement impossible des terres par des plantes et animaux indigènes.  La reconversion des prairies à la riche biodiversité en monoculture agricole stérile ne fait que perpétuer la destruction des bisons des Grandes Plaines.

Et que sont-ils devenus, les bisons, depuis la fin du XIXe siècle ?   Ils sortent de l’ombre, en douceur.  D’abord, grâce aux interventions, au début des années 1900, du président Théodore Roosevelt, qui va les sauver de l’extinction, encourageant, à partir du millier de bêtes, traumatisés,  qui ont survécu, la constitution de troupeaux (une centaine de bisons ici, une quarantaine là) publics ou privés, contribuant, ainsi, dans les années 1940, à porter le nombre de bisons à plus de vingt mille.

En fait, c’est le vieux désir et besoin des hommes de manger de la viande de bisons qui s’avère le principal moteur de la résurgence de l’espèce.  La redécouverte, dans les années 1970, de cette viande de bisons, « source de protéine très saine et goûteuse », fait bondir la population actuelle à 500 000 individus.

Mais, convient O’Brien, « ne s’agit-il pas d’une agression supplémentaire de l’homme rendant improbable son rétablissement dans son royaume ? ».   Faire du bison « un moteur économique de fiefs privés », c’est l’humilier davantage, c’est lui refuser d’être un « vrai bison », de pouvoir passer « toute son existence avec son troupeau familier », et parcourir des dizaines de kilomètres par jour.

Nous avons cruellement manqué d’imagination dans nos relations à long terme avec les bisons et le paysage qui leur a donné vie.

Bisons des Grandes Plaines.  Dan O’Brien,  Au diable vauvert. 

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