15Mai
Christian Vachon
Essais

Le voyage plus que centenaire de Lucette Destouches

« La grande défaite c’est l’oubli »
– Louis-Ferdinand Céline

Lucette Destouches, la compagne de Louis-Ferdinand Céline, fêtera, si le navire ne fait pas naufrage, ses 105 ans le 22 juillet 2017. Elle a connu « les carrioles à chevaux, les « brigades du Tigre », la police à Clémenceau ». Elle fut aussi amoureuse de la danse que de Céline, donnant des cours jusqu’à un âge avancé, jusqu’à la fin du siècle dernier. Véronique Robert-Chovin fut une de ses élèves adolescentes. Adulte, elle est devenue son amie, sa complice, sa mémorialiste.

Dans Lucette Destouches, épouse Céline, publié chez Grasset cet hiver, l’ancienne élève, qui a troqué la danse pour la psychologie, nous livre un rare témoignage, un rare bonheur : la vie quotidienne d’une centenaire. « Lucette héroïne romanesque, Lucette qui, une fois son mari disparu (en juillet 1961), a poursuivi la féérie, un univers peuplé de personnages réinventés en cocasserie et comme tout droit sortis de romans céliniens ».

Depuis qu’elle a abandonné ses cours de danse en 1997, « fatiguée de vivre », Lucette mène « une vie de poisson rouge ». Elle ne fait que dormir et manger. Sa seule ambition, confie-t-elle, c’est « d’être ce paquet qu’on transporte et qui mange des petits fours à volonté ». Vieillir, « le pire est de ne plus pouvoir bouger (…), s’acheter des chaussures ».

« Ça n’existe pas d’avoir 100 ans. On ne devrait pas vivre aussi longtemps, mais c’est la curiosité qui maintient la vie ». C’est que le « poisson rouge », même à 102, à 103, à 104 ans conserve l’esprit vif, s’informe, murmure, souvent amusée, ses souvenirs, des anecdotes de sa vie, pendant une ou deux heures par jour à la confidente Véronique.

Elle rêve éveillée, revoit sa jeunesse, triste et solitaire, avec une mère qui ne l’aimait pas, un père indifférent qui aurait voulu avoir un garçon. Elle se remémore ses tournées, au début des années trente, dans des music-halls américains à New York, à Miami, au temps de la prohibition « où on buvait l’alcool dans des tasses », avec cette troupe de danseuses ayant pour nom les Fisher’s Follies. Sans la danse, sans Céline, elle serait morte. Lorsqu’ils deviendront amoureux, en 1936, les tournées s’arrêteront. « Difficile pour eux de vivre séparés ».

« Céline n’était pas très bon amant », avoue-t-elle, « il était trop égoïste, il prenait son plaisir et puis il changeait de partenaire. Pour lui, le sexe était juste un choc biologique et il ne comprenait pas qu’on en fasse tant d’histoires ». Elle ne riait jamais avec Céline. « Il ne riait pas non plus. Son humour était glacial, mais il aimait remettre en perspective et en comique toutes les petites histoires de la vie ».

Malgré tout, cette période, entre 1936 et 1944, où ils vivront ensemble, dans le « village » parisien de Montmartre, sera la plus agréable de leur vie. Elle se souvient de Céline aimant beaucoup Tino Rossi (pas elle qu’elle trouve « trop sirupeux », raffolant des sucreries, « de gâteaux remplis de crème écoeurants »).

Elle se rappelle de l’exode de 1940 : « c’était une période que maintenant on ne peut imaginer, il faut l’avoir vécu ». L’ambulance, les routes vers La Rochelle, « les bombardements partout » : « pourquoi ils avaient survécu? ». Ils survivront à d’autres périodes aussi terribles, à d’autres exodes. Les voici à Berlin, à la fin de l’été 1944. Là, « ils auront vraiment vu la fin du monde, une impression d’épouvante et d’hallucination ». Elle se replonge ensuite dans les souvenirs de Sigmaringen « sinistre et désolé », un « monde en décomposition » réunissant les vestiges de l’État français : Pétain, Brinon, Déat, et ce Laval « le plus réaliste ». Chaque année, surtout, à la même époque, un 20 décembre, elle revit leur arrestation, à Copenhague, en 1945, « pensant que c’était des communistes qui venaient les assassiner ».

« Les dernières années à Meudon », elle confesse, « Louis avait été horrible avec elle. Quand son cours (de danse) durait trop longtemps, il arrivait et jetait dehors les affaires de toutes ses élèves. Elle était son souffre-douleur », le prix à payer pour son attachement (« même quand il était odieux c’était encore lui »).

Louis la protégeait du monde. Trop. Après sa mort, « comme un cheval qui serait resté trop longtemps prisonnier, elle était partie au galop dans la vie ». Elle devient friande de petites nouvelles, ces petites curiosités qui la rattachent encore aujourd’hui à la vie.

Lucette fait surgir d’autres personnages : Arletty, « simple et élégante », Michel Simon, « cet ancien acrobate qui cachait sur des dehors bourrus, une tendresse extraordinaire (Céline et lui, allez savoir, « se sont tout de suite compris ») », et qui ne couchait qu’avec des prostituées, « car il se trouvait trop laid pour espérer autre chose ». Il aurait enregistré le disque du Voyage « entre deux séances au lit avec une prostituée ».

Malgré son grand âge, malgré la fatigue, malgré ses deux heures par jour sous la tente à oxygène, Lucette demeure pleine de gaieté. « Dans la vie, s’amuser est le plus important. Les gens sont tous trop sérieux et rasoirs. Ils se donnent de l’importance et ne rigolent pas. Tout ça pour se retrouver morts dans la terre. C’est ridicule ». « On est sur un tapis roulant qui ne s’arrête jamais. Ça passe trop vite ».

Lucette ne sait pas combien de temps cette « vie végétative » va durer. « Tant de gens sont morts, et les autres ont changé ». Même l’amie Véronique Robert-Chovin a dû interrompre dernièrement, après vingt-sept ans, ses visites quasi quotidiennes devenues trop épuisantes. Lucette espère la retrouver, avec Céline, au Paradis, « pour y manger des crêpes ». « N’oublie pas que j’existe », lui confiait-elle lors de ses derniers rendez-vous.

Véronique Robert-Chovin a tenu sa promesse. Véronique raconte Lucette, Véronique, l’une des dernières passagères de cette « arche de Noé, avec Lucette en figure de proue ». Lucette, « dont la longévité exceptionnelle n’a pas fini de nous interroger (…) perpétuant le souvenir vivant et tant aimé d’un écrivain toujours maudit ».

À consulter :

— Véronique Robert-Chovin, Lucette Destouches, épouse Céline, Grasset.

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