30Avr
Christian Vachon
Histoire

Les folles années Mao

« Sept cents millions de Chinois, et moi, et moi, et moi…. »

– Jacques Dutronc

Ils sont fous ces intellos parigots des années Mao qui firent d’un jeu de massacre chinois un monde utopique. François Hourmant prend un malin plaisir, dans Les années Mao en France : Avant, pendant et après Mai 68(publié chez Odile Jacob cet hiver 2018), à faire revivre ce temps (que certains voudraient effacer à jamais) où, pour des artistes et des intellectuels, des hommes de droite ou de gauche, un Peyrefitte ou un Godard, la Chine est un miracle et la révolution une obsession, faisant fi des millions de victimes des purges de là-bas, une Chine qui devient une « actualisation revivifiée de l’avenir radieux du mythe soviétique », une attitude de l’intelligentsia française qui repose non pas sur les « réalisations » mais sur les « aspirations » auxquelles peuvent répondre cette Chine. En trois temps, l’universitaire et spécialiste de l’histoire des intellectuels Hourmant va nous démontrer comment naissent, croissent et meurent les idéologies, tout en posant un diagnostic sur cette déroutante perte de lucidité des intellectuels français.

Un temps exotique d’abord, entre 1966 et 1969. La Chine révolutionnaire « encore lointaine » (y voyager reste encore un exploit) quitte, un bref instant, la sphère politique pour devenir un « phénomène de mode », objet de « fétichisation ».

« Fétichisation » par le succès planétaire, par la réappropriation « petite-bourgeoise » du vestiaire maoïste (« la longue marche de la veste Mao »), le « costume de l’utopie »popularisé, entre autres, par Pierre Cardin. « Fétichisation » du « petit livre rouge », objet iconique, bestseller de l’année 1967, captivant les regards par son esthétique robuste, écarlate, rompant avec les canons traditionnels de l’édition. « Fétichisation » par ce Mao-icône, par ce Mao pop art, figure subversive annexée par Andy Warhol (déjà, en 1952, Salvator Dali avait décelé les « potentialités médiatiques » du « Grand Timonier ». Cette fétichisation dans l’imaginaire occidental mène déjà à un dépouillement du message révolutionnaire, à un travestissement. Nino Ferrer se moque d’ailleurs de se Mao à go-go dans son Mao et Moa : « Le quart de rouge, c’est la boisson du Garde rouge ».

Le ton iconoclaste à la Ferrer ne fait pas encore, loin de là, fureur dans les milieux culturels et intellectuels français. Bien au contraire : après ce temps de l’exotisme suit, entre 1969 et 1971, une ère dogmatique, une période « d’hystérie politique »en France. Un Simon Leys, sinologue expert, dénonçant, dans Les habits neufs du Président Mao, les luttes féroces du pouvoir en Chine, est ostracisé ; une Maria Antonietta Macciocchi, maophile idôlatre, glorifiant la révolution culturelle dans son De la Chine, est célébrée.

Les groupuscules maoïstes sortent de la clandestinité, occupent l’espace public français. Le militantisme se transforme en missionnariat, en pèlerinage vers la campagne, vers les usines. Les « mao-masos » recherchent les conditions de travail les plus dures. Pendant ce temps, des « super-maos », la « Gauche prolétarienne », canalisent l’attention, entre autres, par cet acte de bravoure : le pillage, à Paris, de l’épicerie de luxe Fauchon.

Jean-Paul Sartre, séduit par la « violence », la « spontanéité », la « moralité » de ces radicaux révolutionnaires va, accompagné de Beauvoir, de Godard, de Truffaut, distribuer l’organe de presse de cette « GP » (Gauche prolétarienne) devant les caméras de la télé en 1970.

Ce maoïsme culmine finalement dans une forme singulière de snobisme (« les salonnards de la révolution »). Un bel exemple de ce « dandyisme » prochinois, ce « must de la radicalité chic »est ce virage de revue Tel quel, animée par Philippe Sollers, qui se présente « révolutionnaire, sans descendre dans la rue ».

Dès 1971, alors, fini le militantisme, « place à la version mondaine et séculière » du maoïsme. C’est le temps du rêve utopique, d’une « maomanie hexagonale », dun fantasme « où la fascination fut à la mesure de l’ignorance », une ère de « déréalisation » en fait, explique Hourmant, le chant du cygne de la mythologie chinoise en France.

Une ère qui se singularise par la « vogue des voyages ». Après les visites hyper-médiatisées de l’américain Nixon et du français Pompidou, le voyage à Pékin devient une mode à laquelle « sacrifient » de nombreuses figures intellectuelles et politiques parisiennes, comme, à l’hiver 1974, ces représentants de Tel quel, Sollers, Kristeva, Barthes (déçu du « désert sexuel » qu’il va découvrir là-bas, tandis que Lacan va refuser d’être de la partie :  « la seule idée de passer trois semaines avec Sollers et ses amis m’ennuie profondément »), un voyage placé pour ces « élus », ces « sélectionnés », sous le simulacre de rencontres « apparemment » spontanées.

Après le temps du voyage vient celui du témoignage. Un genre politico-littéraire devient extrêmement populaire, celui du « retour de Chine », récit de type canonique. « Épicentre du tiers-mondisme, la Chine maoïste incarne aussi bien la contestation du révisionnisme soviétique que la révolution dans la révolution ». On encense la dimension culturelle d’une révolution, alors qu’il y a « arrêt à peu près total de toute forme de création ». La Chine, c’est cette nouvelle terre utopique : « tout est pauvre, propre, honnête, essentiel »Le palimpseste chinois se nourrit, pour ainsi dire, d’un maoïsme qui a peu a voir « avec la réalité chinoise et beaucoup avec les aspirations françaises », il se mue en célébration, débordant des idéaux de gauche, d’un contre-modèle de société. Alain Peyrefitte, avec son Quand la Chine s’éveillera(énorme succès éditorial en 1973, et dans les années qui suivront), globalement favorable, acclimate le modèle utopique chinois au sein des familles politiques gaullistes et libérales.

Le paysage politique et intellectuel amorce toutefois une mue radicale à partir de 1974, « acmé de la fascination chinoise et début de son déclin ». Des voix discordantes, longtemps marginalisées, finissent par se faire entendre. Lucien Bianco, dans la revue Esprit, dénonce la dérive maoïsante du journal Le Monde. Des désillusions s’affichent ouvertement dans les années qui suivent, en 1976, la mort de Mao (et l’ouverture du procès, à Pékin, de la « bande des quatre »). Tel quel fait son mea culpa(« il faut en finir avec les mythes, tous les mythes »). Le 27 mai 1983, c’est l’explosion, le coup de grâce, la fin définitive de la « maomanie », sur le plateau d’Apostrophe. Simon Leys y dénonce la « stupidité totale et l’escroquerie » du De la Chine de Macciocchi. La sinophilie migre maintenant vers d’autres contrées, les promesses économiques.

Comment expliquer cette folie des grands esprits ? Hourmant l’excuse par cette « volonté de croire » (liée a cette « légitimité » du modèle socialiste : il ne faut pas « désespérer » les travailleurs) qui « structure l’engagement » des voyageurs et des prochinois, la Chine maoïste incarnant, suite aux désillusions du « paradis des travailleurs soviétiques », l’un des derniers avatars de l’utopie missionnaire.

Il y a aussi, le chercheur universitaire ose le dire, cette difficulté de résister « à la terrible intimidation politico-théorique » de type stalinienne, ou néo-stalinienne, qui sévit dans l’environnement personnel et intellectuel.

Hourmant nous invite enfin à ne pas négliger la composante mondaine, celle des salons et de la sociabilité, de la « maomanie » hexagonale ;  à ne pas oublier qu’il était « in », mieux, gratifiant, à une époque, « d’être de la révolution » ; à ne pas omettre ce principe déterminant : le conformisme, dans les cercles intellectuels, c’est l’anticonformisme.

Soulignons finalement cet impact de la médiatisation qui accompagne l’essor du mythe chinois, cette association réussie de la culture de la révolution avec celle, encore balbutiante, de la célébrité, Les années Mao annonce l’avènement de l’intellectuel médiatique, d’un nouveau fétichisme, d’un Bernard-Henry Lévy et ses chemises blanches.

– À consulter :
François Hourmant, Les années Mao en France : Avant, pendant et après Mai 68, Odile Jacob.

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