28Fév
Christian Vachon
Histoire

Les services secrets pakistanais, ces pires amis des États-Unis

Ils sèment la pluie et le beau temps en Afghanistan depuis plus de quarante ans, soutenant tant les moudjahidines en lutte contre les Soviétiques durant les années 80, que les talibans dans les années 90, pratiquant l’extorsion de fonds contre un ou un tel, retirant d’immenses profits du trafic de drogues : ce sont les services secrets pakistanais, ou l’ISI (l’Inter-Services Intelligence), des amis aussi essentiels que peu fréquentables pour les États-Unis dans cette région du monde. L’historien et politologue Hein Kiessling offre une explication à ce double jeu de l’ISI, tout en livrant un brillant exercice de géopolitique, dans Histoire des services secrets pakistanais : l’ISI de 1948 à nos jours. Il s’agit d’une publication hivernale de Nouveau Monde éditions, une édition remaniée du livre paru une première fois en 2011. Cet ouvrage raconte l’histoire d’un organe, souvent décrit comme un « État dans l’État », engagé depuis près de soixante-dix ans dans une guerre d’influence contre son encombrant voisin l’Inde.

Hein Kiessling est un fin connaisseur de cette zone troublée. Il a vécu au Pakistan de 1989 à 2002, s’installant, entre autres, pendant trois ans au Baloutchistan, voyageant dans les zones tribales, près de la frontière afghane. Il livre un travail d’investigation approfondi, rigoureux, documenté, équilibré. Il a rencontré plusieurs membres des élites politiques et militaires pakistanaises, interrogé même des anciens dirigeants de cet ISI, ou, mieux encore, des adversaires de ce service, prenant tout de même soin de préciser « qu’il faut prendre avec des pincettes les accusations contre le Pakistan qui viennent du côté indien ». Il nous présente finalement un portrait politique d’un pays turbulent « où rares sont les gouvernants qui quittent le pouvoir par la voie constitutionnelle », un pays où le contrôle et le traitement des renseignements sont vitaux à votre survie.

Fondé en 1948 par un général d’armée britannique d’origine australienne, Walter Joseph Cawthorn, au lendemain de l’indépendance et en réaction à la première guerre entre l’Inde et le Pakistan, l’ISI ne fut pas, loin s’en faut, le principal et le plus puissant service de renseignements du pays pendant plusieurs décennies, se contentant de surveiller des politiciens et des fonctionnaires suspects. Il commence toutefois à travailler en tandem avec la CIA au début des années 70, cimentant une collaboration face à un ennemi commun : la première ministre indienne Indira Gandhi.

L’âge d’or, le pactole pour l’ISI, ce sera les troubles débutant en Afghanistan au milieu des années 70, puis l’entrée en scène du Pakistan dans le « grand jeu » face aux Soviétiques. « Officiellement, le Pakistan dément tout soutien à la rébellion afghane, mais Kaboul et Moscou savent très bien que les moudjahidines sont formés en territoire pakistanais et que leur logistique passe par là. Le Special Operation Bureau de l’ISI, créé en 1973, et qui deviendra simplement l’Afghanistan Bureau, prend charge de ces opérations. Le président pakistanais Zia ul-Hag réussit à imposer à la CIA le monopole de l’ISI sur la distribution des armes et des munitions aux Afghans. Cet ISI n’est aucunement un « junior-partner » de la CIA, mais bien l’acteur déterminant du conflit en Afghanistan.

L’entreprise logistique devient énorme, les sommes investies tout aussi énormes. La corruption prolifère, tout comme s’étend l’implication de l’ISI dans le trafic d’héroïne (utilisant comme voie de passage la frontière du nord-ouest), un trafic éminemment profitable. De 1982 au début des années 90, la production afghane passe de 250 à 2000 tonnes par année, les revenus vont grimper de 384 millions de dollars en 1983, à 1,8 milliard en 1992.

L’ISI va tout de même connaître un sévère recul politique en Afghanistan, à la fin des années 80, au lendemain du départ des Soviétiques à la suite d’un nouveau brassage des alliances tribales. La reprise en main va survenir grâce à l’ascension du mollah Omar et de ses élèves des écoles coraniques, les talibans. L’ISI devient, à partir du début 1995, le mentor de ces talibans (et le restera jusqu’aux événements du 11 septembre), des talibans qui ont pour vrais parents, nous affirme Hein Kiessling, la première ministre Benazir Bhutto, son mari Asif Zardari, et son ministre de l’intérieur Naseerullah Babar.

Pendant ces mêmes décennies 80 et 90, l’ISI n’ignore pas son ennemi héréditaire, l’Inde, soutenant les rebelles sikhs au Pendjab indien, encourageant les troubles politiques et les mouvements clandestins dans le nord-est de l’Inde, formant et aidant surtout de nouvelles générations d’activistes anti-indiens, d’inspiration islamiste, dans le Cachemire, cette « vallée des troubles ».

Le réveil va toutefois être rude pour l’ISI en Afghanistan après le 11 septembre 2001. Le général Pervez Musharraf, président du Pakistan, n’aura pas d’autres choix que de ranger son pays au côté des États-Unis dans le combat contre la menace internationale. L’ISI va subir une forme d’épuration, des vétérans des affaires de l’Afghanistan (qui avaient équipé et entraîné une bonne partie des talibans dans des camps au Baloutchistan, ces mêmes talibans qui protégeaient Ben Laden et Al-Qaïda) et du Cachemire doivent partir. Son effectif sera même réduit de 90 %, tandis que le nombre de civils de cette organisation traditionnellement militaire va grimper autour de 50 %.

Le Pakistan va connaître d’autres turbulences, d’autres changements de gouvernements tentant tous, l’un après l’autre, de contrôler cet État dans l’État que demeure l’ISI, tandis que l’Afghanistan continue d’être « une histoire sans fin ».

Aujourd.hui, l’ISI tente d’appuyer un processus de réconciliation entre le gouvernement afghan et les talibans, bien que « beaucoup de chefs talibans n’en font plus qu’à leur tête ». L’ISI travaille quelquefois avec la CIA et quelquefois contre elle, « ce qui n’est pas inhabituel dans le domaine du renseignement ». Son directeur, Zaheer ul-Islam Abbasi, a dénoncé la campagne américaine de frappes de drones, en 2012, « comme une violation de la souveraineté du Pakistan ». L’effort actuel de l’ISI vise surtout à limiter l’influence indienne en Afghanistan, tout en conservant le monopole du renseignement dans les zones tribales et développant un réseau d’agents dans les pays voisins. On le soupçonne même en train d’organiser une branche régionale d’Al-Qaïda en Asie du sud.

Des experts du double-jeu, ou plutôt de réels patriotes, méfiants de ces vils indiens, ces agents des services secrets pakistanais?

À consulter :

— Hein Kiessling, Histoire des services secrets pakistanais : l’ISI de 1948 à nos jours, Nouveau Monde éditions.

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