9Déc
Christian Vachon
Essais

Les vestiges parlants de la RDA

Nicolas Offenstadt exerce un métier pas ordinaire :  explorateur urbain.  Sa mission :  faire parler les ruines.  Cet historien de formation visite les usines, hôpitaux, cinémas et autres bâtiments abandonnés de l’ancienne Allemagne de l’Est, des bâtiments, victimes d’une drastique désindustrialisation du territoire, au lendemain de l’unification, qui recèlent, il le sait, « diverses strates d’objets ou d’archives échelonnés sur des décennies, témoignant à la fois d’usages et de temps multiples ».

Nicolas Offenstadt, sur sept ans, a exploré 250 de ces sites interdits, délaissés, marginalisés, des bâtiments abandonnés qui nous content l’histoire d’un pays abandonné, depuis plus de trente ans, un 3 octobre 1990.

Cette République démocratique allemande renaît par l’image, par les mots, par ses vestiges matériels dans Urbex RDA.  L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés, publié, cet automne, chez Albin Michel, un parcours vivant et intellectuel, par Nicolas Offendstadt, de quatre décennies de l’Allemagne de l’Est, qui ne laisse pas, loin de là, indifférent.

L’adepte de l’urbex (l’exploration urbaine) nous fait pénétrer dans soixante-quinze de ces sites (dont plusieurs sont maintenant détruits ou rénovés) qu’il regroupe en sept parties où se dévoilent les structures économiques et sociales de cette RDA ensevelie.

Dans la première partie «Construire, bâtir, circuler », il explore les paysages fantômes des immenses ensembles, à l’abandon, de Potsdam, de Francfort-sur-l’Oder, nous fait entrer dans les locaux, évidés, d’une fabrique de wagons de Görlitz, haut lieu de l’industrie de la RDA, fait un arrêt à la gare, démoli depuis, de la Schwarze Pumpe, avec son cachet très « Allemagne de l’Est »,  et se pointe, même, à un rassemblement des fanatiques des 52 000 Trabant encore en circulation en 2007.

Dans « Produire » (Partie II), il visite, entre autres,  Eisenhuttenstadt (autrefois baptisée Stalinstadt), désignée, avec ses six hauts fourneaux (dont deux sont encore en activité), la «première ville socialiste », tandis qu’une fabrique délabrée de draps, dans le Brandebourg, avec ses centaines de bobines de fils abandonnées, est l’occasion, pour lui, de commenter le monde féminin, subordonné et disparu, de l’industrie textile.

Une enseigne « HO », presque effacée, à Wittenberg, en 2014, permet à Offenstadt, dans sa quatrième partie « Commercer, consommer », de souligner l’importance de cette organisation étatisée du commerce du détail qui regroupait des milliers de magasins dans les années 1970. Des coopératives « Konsum » leurs livraient, tout de même, une forte concurrence.  L’arrivée de l’économie de marché, en 1990, va signifier la fin de ses coopératives (et du commerce nationalisé) « incapables de s’adapter ».

La sixième partie « Raconter-encadrer » dévoile une autre Allemagne de l’Est inusitée.  L’explorateur urbain nous mène, entre autres,  à l’École centrale du NDPD, à Waldsieversdorf, un petit parti, créé en 1948, afin d’intégrer des catégories « peu favorables à priori au communisme » : des membres de la classe moyenne, des anciens nazis ou soldats.

Offendstadt, bien sûr, s’aventure dans quelques unes des nombreuses maisons de la culture (Partie VII : « Cultures ») qui vont fleurir à l’ère de la RDA.  Il nous fait découvrir, aussi, à Magdebourg, un impressionnant palais, à usages multiples, fermé depuis 1986, au toit effondré, ou, à Francfort-sur-l’Oder, ce cinéma, ne présentant plus de films depuis 1998, avec sa décoration « illustrant le discours socialiste », un témoignage, également, de la reconstruction de la ville de l’après-guerre.

Inévitablement, dans ce parcours mémoriel, il est question d’économie planifiée, de brigades de travail (Partie III : « Travailler ») (un journal de brigade, récupéré dans une salle d’archives d’une entreprise, en Saxe, nous enseigne sur les mobilisations de l’époque, sur « l’émulation socialiste »), du soutien des « pays frères » (une maison de l’amitié germano-soviétique, à Francfort-sur-l’Oder,  servant maintenant de résidence universitaire ; des caisses de beignets de crevettes, venant du Vietnam, abandonnés dans les caves d’une cantine d’une entreprise de meubles ; un contrat de travail d’un ouvrier cubain,…), du sport comme outil de reconnaissance de la RDA sur la scène internationale (une affiche de l’équipe de bobsleigh à 4 dans un abattoir de Francfort-sur-l’Oder ; le siège, à Berlin, partiellement délaissé, du club Dynamo –proche de la Stasi- où se formaient et s’entrainaient les patineurs olympiques ;…).

Ces vestiges nous parlent, c’est incontournable, des graves errances de cette République démocratique allemande :  l’économie de pénurie, l’insuffisance de matériel, les longs délais d’obtention ou de livraison des marchandises (incitant les Allemands de l’Est à la débrouille, à l’usage de rebuts), le manque de main d’œuvre (suscitée par une saignée démographique, qui va même se poursuivre après 1989), la séparation avec les populations locales, souvent hostiles, des travailleurs venant des « pays frères », la présence massive (plus de 400 000 soldats) de l’armée soviétique, un héritage coûteux, très lent et compliqué à liquider :  des centaines de lieux, de casernes (avec leurs graffiti de démobilisations et leurs pages de Pravda servant d’isolants) gravement pollués.

Et il y a, surtout, ce fantôme muet, l’appareil répressif, la Stasi qui surveille tout le monde, qui conserve des millions de fiches sur tout le monde. Offenstadt ne l’ignore pas. Offenstadt n’en fait tout de fois pas le cœur de son analyse. Il souhaite raconter une autre histoire, une histoire « qui doit prêter attention aux petites choses, aux simples lieux, et aux hommes ordinaires, avec des méthodes toujours plus riches ».

C’est pourquoi il nous parle beaucoup de « petites choses », de la pêche à la ligne, fort prisée en RDA (la deuxième plus importante fédération sportive), d’un festival ouvrier organisé tous les deux ans, regroupant près de 10 000 artistes professionnels et amateurs, d’une usine de fleurs artificiels, en Saxe, employant 2 800 personnes, fabriquant, pour l’exportation, des œillets rouges du 1er mai, de la fabrique de landaus (devenue bâtiment vide)  de Zewika, le plus important producteur d’Europe des années 1970, des briquettes de lignite (la principale source d’énergie primaire : 82% du chauffage domestique), du schnaps qui ne manquera guère (pas plus que la bière d’ailleurs).

Il y est question, enfin, d’héros populaires : du théologien radical Thomas Müntzer (v. 1490-1525), saisi par la tradition marxiste, du martyr de la guerre froide Philipp Müller, tué, en 1952, par les balles de la police ouest-allemande, de l’artiste du peuple berlinois Heinrich Zille (1858-1929), mais aussi des PUDHYS, un groupe rock qui vend des millions de disques et cassettes dans les années 1970 et 1980, et de cette musique et culture punks dont le pouvoir ne peut empêcher l’effervescence au cours de cette même période.

Offenstadt, grâce à son travail insoupçonné d’archéologue, nous conte une histoire inédite de la vie quotidienne des travailleurs et travailleuses de cette RDA avalée par l’autre Allemagne, en 1990, une histoire nostalgique, peut-être, véridique, certainement.

–          Urbex RDA.  L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés.  Nicolas Offenstadt, Albin Michel

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