21Juin
Christian Vachon
Histoire

Les vingt-neuf ans de guerre inutiles du lieutenant Onoda

En 1974, un 9 mars, des médias du monde entier se précipitent sur une petite île des Philippines pour assister à un événement défiant l’imagination : la reddition du sous-lieutenant Hiro Onoda, le dernier soldat japonais, combattant de la Seconde Guerre mondiale, près de trente ans après la capitulation de son pays, en septembre 1945.

Bien des questionnements se posent alors :  Comment a-t-il échapper si longtemps à la capture ?  Que motivait ce combat opiniâtre ?  Acte de foi… ou bêtise ?

« À quoi est-ce que j’avais passé mon temps durant toutes ces années ? ».   Hiro Onoda y répond lui-même dès son retour au pays natal, en publiant, à la fin de l’année 1974, le récit de son incroyable péripétie, un ouvrage enfin traduit, par Sébastien Raizer, cet hiver 2020, sous le titre Au nom du Japon, chez La Manufacture de livres, une histoire d’endurance et d’obstination des plus renversantes.

Flotte détruite, perdant île après île, l’invulnérabilité de l’Empire du Soleil levant n’est plus qu’un lointain souvenir à la fin de l’année 1944.  Hiro Onoda, jeune officier, né en 1922, formé à une école d’espionnage, est envoyé, le 22 décembre 1944, sur l’île Lubang (12 000 habitants), aux Philippines, afin d’y préparer des opérations de guérilla entravant la progression des troupes américaines qui vont y débarquer incessamment (elles le feront, le 28 février 1945).  Il devra recruter des hommes de la garnison de l’endroit pour mener cette guérilla.  Son supérieur lui dit aussi :  « Quoi qu’il arrive nous reviendrons vous chercher ».   «Je combattrait jusqu’à ce que ce jour advienne » réplique-t-il.  Il tient promesse.  Apprenant, au mois d’octobre 1945, la reddition du Japon, il refuse d’y croire.  Il s’agit, selon lui, d’une ruse de l’ennemi, afin de les obliger à se rendre.

En avril 1946, ils ne sont plus que quatre, sur l’île, à résister à l’ennemi américain.  Ils prêtent, malgré tout, serment de continuer à « préparer le terrain pour la contre-offensive », se contentant, surtout, de mettre le feu à des entrepôts de riz.  Les habitants de l’île, effrayés, les surnomment les « bandits de la montagne », les « rois de la montagne ».

L’un des compagnons d’Onoda se rend dès le mois de septembre 1949.  Un autre, Shimada, meurt, atteint d’une balle, en 1954.  Son camarade survivant, Kozuka, tombe , lui-aussi, « au combat », en 1972.  Onoda se retrouve ainsi seul, à ce moment, à « sécuriser l’île » pour la reconquête japonaise.

Malgré sa formation à la guerre secrète, Onoda n’est aucunement préparé (on lui avait appris à «ouvrir des lettres », à « écouter des lignes téléphoniques »), à l’automne 45, à la vie primitive dans les montagnes, « où le plus grand ennemi était la nature elle-même ».  C’est grâce aux conseils experts de Shimada, bien entraîné par son expérience de producteur de charbon, qu’il va maîtriser l’art de rester en vie.  Au nom du Japon, avec ses croquis d’abris de fortune, de pièges, de caches à munition ou à nourriture, peut servir adéquatement d’ouvrage de référence aux meilleures écoles de survie… ou de guérilla.

Le petit groupe se déplace constamment (jamais plus de cinq jours au même endroit), dans la zone sud, la moins peuplée, de l’île.  L’eau s’y retrouve en abondance, et la banane devient l’aliment de base.  Ils prennent mieux soin de leur arme (pour Onoda, un fusil d’infanterie Arisaka type 99, qu’il conserve jusqu’à la fin), et de leurs cartouches, que d’eux-mêmes.

Les vêtements pourrissent dans cette jungle humide.  Ils vont devoir fréquemment les rafistoler, à l’aide de pièces chapardées aux villageois.  Les tissus synthétiques, les sacs de plastique, qu’ils dénichent, à partir des années soixante, semblent avoir été « invités spécialement pour eux ».   En fait, cette vie dans la jungle sera plus confortable au cours des dernières années, que lors des vingt premières, les « bandits » ayant davantage de choses à subtiliser (nourriture, vêtements, outils) chez les habitants dont le niveau de vie augmente.

Mais l’étonnement dans cette histoire, ce n’est pas l’endurance physique des participants, c’est leur endurance mentale.  Onoda, et ses compatriotes d’infortune, ont su se mettre à l’abri du monde réel, se construire une forteresse inexpugnable, un univers ou l’Empire du Japon n’a pas perdu la guerre.

Onoda l’explique.   Il quitte pour sa mission, au mois de décembre 1944, un Japon où le mot d’ordre est « combattre jusqu’à la fin ».  « Si nous avions perdu la guerre », donc, « tous les Japonais seraient morts ».

En outre, il est venu sur cette île sur ordre direct du commandant de division.  « Si la guerre avait réellement pris fin, j’aurais dû recevoir un ordre direct de ce même commandant de division la plupart des civils ignorent que, dans l’armée, les ordres doivent venir d’un supérieur direct ») pour me relever de ma mission », pas d’un ordre direct de l’Empereur (une absurdité « dont il n’a jamais entendu parler ») comme ce fut le cas au mois d’août 1945.

Et tout au long des trente ans, Onoda parvient à tordre la réalité pour qu’elle corresponde à cet univers mental d’un Japon toujours en guerre.  L’exercice s’avère souvent ardu, surtout lorsque le frère d’Onoda (sûrement un «imposteur » recruté aux États-Unis, soutient-il) lui-même se déplace sur l’île, en 1959, pour l’inviter à se rendre, ou qu’un radio-transistor, qu’ils dénichent en 1965, les informent d’un Japon en paix avec ses voisins.

Mais rien n’est impossible pour qui à une idée fixe.  Les « démons de la montagne » décryptent simplement les « messages cachés ».   SI, par exemple, les envoyés japonais, nombreux à se relayer sur l’île depuis la fin des années 50, leur imposent de sortir, c’est « qu’ils piègent les Américains », c’est qu’en réalité cela signifie « qu’on ne doit pas sortir ».

Depuis 1972, donc, Onoda est maintenant seul pour accomplir sa mission.  Il a, certes, cinquante ans, mais il est dans un condition physique et mentale qui lui assurent de rester à son poste pendant vingt ans de plus.  Une rencontre, toutefois, le 24 février 1974, va bouleverser tout cela.

Allant s’approvisionner en bananes, ce jour-là, près d’une rivière, il tombe sur un jeune homme.  Celui-ci ne s’enfuit pas.  Il est Japonais.  Il reconnait Onoda, le salue même.  Il se présente.  « Mon nom est Norio Suzuki.  Vous en voudriez pas rentre au Japon avec moi ».  « Si vous voulez que je rentre avec vous au Japon, apportez-moi des ordres.  Des ordres officiels ».

Suzuki va le faire.  Il va même retrouver un de ses supérieurs directs, le major Taniguchi.

Le 9 mars 1974, le commandant va lui lire, en personne, les ordres :  « L’escadron spécial du chef de cabinet du quartier général est relevé de tout devoir militaire.  Les unités doivent se placer sous l’autorité de l’officier supérieur le plus proche ».

Onoda croit encore à un piège.  Taniguchi va lui donner, plus tard, le véritable ordre.  Faux, il n’y pas de « message caché ».  «On a vraiment perdu la guerre.  Comment ont-il pu laisser faire ça ? ».

 Il demeure abasourdi par la suite des événements.  Il n’est pas fait prisonnier.  On lui permet de garder son sabre.  Les soldats ennemis le saluent.  Il est même reçu, au Japon, comme un général victorieux.

Il ramène, tout de même, comme un supplice, ces questions qui le hantent jusqu’à la fin de ses jours, en 2014 :  « Pour quoi m’étais-je battu pendant trente ans ?   Pourquoi Shimada et Kozuka sont-ils morts ?  Pour qui ?  Pour quelle cause ? ».

Au nom du Japon.  Hiro Onoda, La Manufacture de livres.

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