12Oct
Christian Vachon
Faits vécus

Lettres fraternelles au cœur d’une zone de haine

« C’est parce que des mondes finissent que d’autres peuvent éclore » – Frédérick Lavoie

Des lettres qui remuent, des lettres qui informent, des lettres qui rendent moins cons. Deux frères remarquables : Frédérick (auteur, entre autres, de décapants récits de séjours en Russie – Allers simples -, et à Cuba – Avant l’après : voyage à Cuba avec George Orwell -) et Jasmin Lavoie, deux gars qui ont grandi à Chicoutimi, et qui ont fait du journalisme international leur métier, se retrouvent l’un et l’autre, à l’automne 2016, dans deux pays voisins, Frédérick, en Inde (base de départ pour y mener, au côté de sa conjointe, originaire de Bombay, un projet de recherche sur le Bangladesh), Jasmin, au Pakistan, y faisant ses premiers armes, sur le terrain, comme reporte pour France 24. Séparés par une frontière, ils vont, pendant un an, entreprendre une correspondance, s’échanger sur leurs expériences, décrire les émotions ressenties. Ces lettres vont les rapprocher. Ils ont décidé de les réunir, de nous les faire partager, trente-cinq d’entre elles, dans un bouquin qu’ils ont titré Frères amis, frères ennemis (publié, en ce début d’automne 2018, chez Somme toute), parce que si l’idée de fraternité s’est bien passée pour eux, ce n’est pas le cas pour leurs pays hôtes respectifs, pour les voisins Inde et Pakistan, deux contrées qui ont partagé des millénaires d’histoire commune, deux contrées qui se détestent dans l’allégresse depuis la partition de 1947.

Le lecteur curieux, le lecteur sensible au style trouvera son compte dans ce recueil. Frédérick et Jasmin Lavoie nous gâtent, nous offrent un portrait éclairant, et finement narré, aux références littéraires multiples, de cette région troublée (ça se chicane au sujet du Cachemire depuis des décennies) qui fait, malgré tout, rarement les manchettes.

Jasmin nous présente un Pakistan, sous son carcan islamiste, à première vue peu hospitalier ; un Pakistan où des bombes risquent d’éclater, à tout moment, en ville, au milieu d’un rassemblement ; un Pakistan où un étudiant, poète, peut se faire battre, se faire assassiner, pour cause de blasphème. Jasmin ne veut tout de même pas qu’on s’en tienne à cette image sombre (satisfaisante pour les bien-pensants). Il nous fait visiter un bootlegger, se rend également seul dans cette ville de Peshawar, qu’on dit dangereuse pour les Occidentaux. Il va y recevoir le plus généreux des accueils, au point même qu’on l’invite à raconter son séjour au journal télévisé local. Et vlan ! pour les idées toutes faites.

Frédérick, quant à lui, tente de comprendre toutes les composantes de la diversité de cette Inde pluraliste (bien éloignée du Cuba « homogène » de son séjour précédent), ne cherchant plus à se choquer des inégalités omniprésentes, apprenant à détourner le regard (un mécanisme de survie) face aux mendiants, tout en étant conscient de « toutes les compromissions que nous faisons chaque jour face aux principes de la liberté et de l’égalité ».

Il nous fait aussi explorer d’autres pays voisins. Il nous amène au Népal, petit État de l’Himalaya, qui cherche avant tout à « ne pas froisser l’Inde ». Il nous fait découvrir le Bangladesh, pays où l’eau, l’élément majeur de la vie là-bas, est partout. Il trace un portrait surprenant, inattendu, de ce Bangladesh , un pays sur une « pente positive », un pays qui a misé sur l’éducation des filles, un pays qui a contrôlé sa croissance démographique, un pays qui s’en tire mieux, finalement, que le Pakistan, dont il s’est séparé, dans le sang, en 1971.

Frédérick et Jasmin nous livrent également, c’est l’autre charme de cette correspondance, des propos intimes, des confidences, baignant d’humanité, de tendresse.

Jasmin nous conte ses « moments de qualité » avec ses potes, ses moments d’évasion en Europe, ses tournois de paint-ball avec une « bande de nerds ». Frédérick nous éveille à son travail créatif, ce temps passé à l’écriture de son récit sur Cuba. Il nous présente Zeenat, son amoureuse, venant d’une famille musulmane indienne. Il nous confie son désir d’avoir des enfants, son « goût de faire vivre ».

Frédérick, qui y est allé à deux reprises, se tracasse aussi lorsqu’il apprend que son frère doit se rendre à Kaboul, en juin 2017. « Je suis convaincu (à Kaboul) que tu t’inquièteras encore plus que moi ». Jasmin va témoigner de son expérience afghane dans une lettre suivante : « C’est difficile d’être enthousiaste lorsqu’on regarde les perspectives d’avenir de ce pays ». Mais il pointe un élément essentiel, trop souvent négligé : « Les Afghans ne sont pas différents des autres être humains que l’on rencontre ailleurs. Ils veulent une bonne job, du bonheur quand il passe et la sainte paix ».

Les frères amis Lavoie sont-ils optimistes face à l’avenir des frères ennemis pakistanais et indiens ?

Jasmin n’est guère emballé par le Pakistan, ce pays « dysfonctionnel », où on s’informe, sans cesse, sur la façon d’immigrer au Canada, où les « guns » sont omniprésents, où la société « se militarise », un Pakistan, république islamique conservatrice depuis le passage au pouvoir du général Zia-ul-Haq (« on ne peut comprendre le Pakistan d’aujourd’hui sans lui »), où les associations étudiantes intégristes sèment la terreur, aidant au recrutement d’Al-Qaïda sur les campus.

Frédérick avait une bonne opinion de l’Inde : « Tu sais combien j’admire Nehru pour avoir fait de l’Inde indépendant un État laïc, démocratique et relativement stable ». Il demeure positif : « il semble qu’on vit mieux en Inde qu’au Pakistan », mais les nuages sombres s’accumulent, portés par le fondamentalisme hindouiste du BJP, et sa vision de l’Hindoustan (« l’unité par le silence des minorités »), qui veut s’installer au pouvoir, devenir ce « parti naturel de la gouvernance ».

Frédérick et Jasmin ne peuvent que le constater : l’Inde et le Pakistan n’ont toujours pas réussi a soigner leur traumatisme originel, « trop de démonstration de chauvinisme. Indiens et Pakistanais éprouvent à la fois de la haine et de la fascination les uns pour les autres. Tout, sauf de l’indifférence ». Inde et Pakistan, plutôt que de se pointer mutuellement du doigt, devrait, plus souvent qu’autrement, se regarder eux-mêmes dans le miroir.

Frédérick et Jasmin, enfin, dévoilent un Inde et un Pakistan où, au nom de la sécurité national, de l’unité ou de la morale, politiciens, policiers, militaires, agents des services secrets torturent, tuent, où font subir d’autres sévices à leur population, des sévices «beaucoup plus grands que ceux perpétrés par les autorités cubaines ».

Il y a de quoi s’inquiéter, se désole Frédérick Lavoie, face à l’appui que « les mesures liberticides et démocraticides trouvent au sein des populations, particulièrement auprès des majorités ethno-linguistico-religieuses de plusieurs pays ».

Le bilan professionnel est des plus positifs. « On a passé du temps à essayer de la monter ensemble, cette foutue montagne ». Frédérick et Jasmin, les nomades éclairés et indépendants, sont devenus de meilleurs journalistes en s’encourageant avec leurs lettres.

Ils n’en resteront pas là. Jasmin : « J’ai monté une montagne toute l’année, mais je n’éprouve pas tant de « fun » à rester trop longtemps en-haut. Ça paraitra peut-être un peu bizarre puisque je suis au « dangereux » Pakistan, mais j’ai l’impression d’avoir trouvé une zone de confort ici. Et j’ai maintenant besoin de la quitter. Tout simplement (…). Je (repars) en emportant dans mes valises bien du vécu, que j’espère un jour raconter à mes ti-culs ».

Nous sommes bien des ti-culs à attendre, impatiemment, leurs prochaines valises pleines de vécu.

Frères amis, frères ennemis : Correspondance entre l’Inde et le Pakistan. FrédérIck et Jasmin Lavoie, éditions Somme toute.

Fermer

Service aux
institutions

T 418 692-1175, poste 2 F 418 692-1021 Courriel

Commandes
internet

Courriel

Événements littéraires,
publicité, dons et commandites

Courriel

Vieux-Québec

  • 1100, rue Saint-Jean
  • Québec (QC) Canada
  • G1R 1S5
T 418 694-9748 F 418 694-0209 Courriel

Heures d'ouverture

De avril à octobre

9 h 30 à 22 h tous les jours

Temps des Fêtes (novembre / décembre)

9 h 30 à 21 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 22 h du jeudi au samedi

Hiver (janvier à mars)

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

Saint-Roch

  • 286, rue Saint-Joseph Est
  • Québec (QC) Canada
  • G1K 3A9
T 418 692-1175 F 418 692-1021 Courriel

Heures d'ouverture

Horaire régulier

9 h 30 à 18 h du samedi au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au vendredi

Temps des Fêtes (décembre)

9 h 30 à 18 h du dimanche au mardi
9 h 30 à 21 h du mercredi au samedi

Été (juin à août)

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

À propos

Fondée en 1972, la Librairie Pantoute, dont les deux succursales sont agréées, compte, au total, plus de 50000 titres en inventaire.  Elle est membre de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et du regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

En 2012, elle célébre ses 40 ans d’existence. En 2014, la Librairie et Le Studio P deviennent la propriété de leurs employés qui se sont regroupés sous forme d’une corporation et d’une coopérative. La Librairie compte une trentaine d’employés.

Services

  • Service aux institutions

La Librairie Pantoute offre un service personnalisé, courtois, efficace et rapide aux institutions publiques et privées.

Service de commandes

– Suivi rigoureux de vos commandes et de votre budget
– Commandes spéciales (Europe et États-Unis)
– Réservations automatiques de séries BD
– Commandes en ligne de livres papier et numériques
– Livraison rapide et gratuite dans la région de la Capitale Nationale (des frais sont à prévoir pour le reste du Québec)

Service de recherches

– Recherches bibliographiques avancées
– Suggestions d’ouvrages selon vos besoins
– Envois de livres en consignation

Visites en librairie

– Nous vous accueillons en librairie ou dans notre salle de montre de la succursale Saint-Joseph
– Conseils de nos libraires spécialisés
– Présentations sur des thèmes ou des genres précis chez nous ou chez vous!

Institutions Hors-Québec

– Rabais de 15 % sur la plupart des livres
– Livraison rapide
– Service bilingue

Pour information.

  • Service aux particuliers

– Service-conseil personnalisé
– Commandes de livres et commandes européennes
– Recherches bibliographiques avancées
– Compte de fidélité

  • Commandes Internet

– Commandes en ligne de livres papier et numériques sur pantoute.leslibraires.ca

  • Événements littéraires

La Librairie croit que son rôle de diffuseur culturel auprès de la population est important. C’est pourquoi elle organise régulièrement des événements littéraires tels que des lancements de livres, des séances de signature et des causeries.

Pour information.

Inscrivez-vous à notre infolettre

Menu Rechercher
MamboMambo