20Déc
Christian Vachon
Histoire

L’incroyable odyssée de Joseph Alphonse Couture, soldat québécois de la Grande Guerre

Peu nombreux sont ces soldats qui ont traversé, indemnes, la Grande Guerre de 1914-1918 au grand complet. Encore plus rare, surtout au Québec et au Canada, ceux qui ont pu nous livrer un témoignage quotidien de cette douloureuse expérience.

L’éditeur Septentrion nous offre, cet automne 2018, un document exceptionnel de ce genre, une trouvaille inespérée : Du Saint-Laurent au Rhin. Carnets de guerre, 1914-1918 de Joseph Alphonse Couture, un récit édité, et généreusement annoté, par un historien québécois, remarquable expert de la Première Guerre mondiale, Mourad Djebabla-Brun.

Ce témoignage se distingue par sa richesse, son ampleur. Le récit déconcerte, surprend, souligne que la Grande Guerre ne se résume pas qu’aux boues des tranchées, met en lumière des aspects méconnues, ou tout simplement ignorés, comme cette occupation de l’Allemagne en 1919. C’est que, pour la presque totalité des soldats canadiens, la « guerre » ne s’est pas terminée le jour de l’Armistice du 11 novembre 1918.

Qui est Joseph Alphonse Couture ? Comment a-t-il réussi à survivre à toutes ces années de guerre ? Grâce à de la débrouillardise, un salutaire esprit d’initiative, et beaucoup de chance. « Il était au bon endroit au bon moment », comme le mentionne fort bien Mourad Djebabla-Brun.

Le soldat Couture ne se retrouve pas en première ligne, dans l’infanterie, lorsque cela commence à jouer dur pour le 22e bataillon, cette unité dont il était membre depuis décembre 1914. Voulant connaître « un meilleur sort », il part rejoindre, au mois d’août 1916, juste avant les offensives meurtrières de la Somme, les « ingénieurs » du 6e bataillon, ces gens chargés, en autres choses, de la « réparation des tranchées ». Le soldat Couture passe le reste de la guerre, un peu éloigné du front et des rudes combats, soit comme sapeur (réparant les chemins, construisant des « dugouts », …), ou comme cuisinier au Quartier général du Corps de génie. « Comme vous voyez, je suis bien chanceux », admet-il, au début de juin 1918.

Mais Joseph Alphonse Couture n’a tout de même rien d’un planqué. Il vit la guerre, et nous la partage bien. Il ne la fuit pas. Il endure des bombardements d’obus. Il va même subir plusieurs attaques au gaz moutarde, au mois de mai 1916, qui lui laissent de nombreuses séquelles, rendant sa réintégration ardue après la guerre.

Joseph Alphonse Couture, garçon de Saint-Agapit, dans le comté de Lotbinière, près de Québec, supplie sa mère pour aller à la guerre, au mois d’octobre 1914. Il n’a que dix-neuf ans. Il n’est donc pas majeur, à l’époque, pour l’enrôlement.

Sa mère consent. Son odyssée de quatre ans débute, le 21 mai 1915, lorsque, embarqué sur le Saxonia, avec le 22e bataillon, il quitte le port d’Halifax pour vivre l’aventure, et peut-être la gloire, dans cette Europe lointaine, mystérieuse et dangereuse.

Il nous raconte une tentative de torpillage en mer, sa hâte d’être au front dans « ce beau pays-là », la France. Il nous fait vivre « l’accueil enthousiaste » lorsqu’il débarque à Boulogne-sur-mer, le 20 septembre 1915, après quelques semaines de « drill » en Angleterre.

Joseph Alphonse Couture évoque, avec rage, les principales batailles à lesquelles participe le 22e bataillon : Courcelette, en septembre 1916 (« boucherie sans nom »), la crête de Vimy, en avril 1917, la bataille de Passchendaele, en octobre et en novembre de la même année (« nous en avons assez de ce secteur, de la mort »).

Il atteste de sa maîtrise du « système D », à l’été 1918, lorsque, «ne connaissant pas grand-chose en cuisine », et ayant comme mission de nourrir les officiers de son unité, il fait appel à des femmes, aux alentours, pour lui donner des recettes, engageant même « deux dames » (à deux francs par jour), en juillet 1918, « qui vont faire presque tout (son) ouvrage ».

Cet été 1918, c’est également celui de la reprise des offensives. «Les Boches sont en retraite partout », «sommes presque certains maintenant d’avoir la fin pour Noël » (1er octobre 1918). Cette fin arrive un peu plus tôt, le 11 novembre. « Ça rit, ça pleure, ça chante, ça danse tous, je vous dis (…), un vrai charivari (…). Maintenant, nous n’avons qu’une pensée, retourner le plus tôt possible dans notre cher Canada ».

Mais le soldat Couture doit patienter. Son odyssée européenne se poursuit. Il part au « pays boche », vers cette Allemagne détestable, « leur expliquer (en tant qu’armée d’occupation) que nous sommes pas des Sauvages ». Le soldat Couture éprouve alors des sentiments partagés : « Nous aimerions être de retour au Canada le plus vite possible (…) quoique l’on s’amuse très bien ici » (29 décembre 1918). « C’est toujours la même routine : ne rien faire, visiter, boire et bien manger, puis s’amuser » (janvier 1919).

Lui qui, du commencement à la fin de cette guerre, n’avait que haine pour le « Boche » : « Ils vont la voir, la vraie révolution, ces sales barbares, nous allons leur montrer ce que nous sommes capables de leur faire, à ces sans-cœurs » (31 octobre 1918), va voir cette détestation s’estomper lorsqu’il arrive à Cologne, « une très belle ville », sur le Rhin allemand : « Ils crèvent de faim (…), ils ne sont pas fanatiques (comme il l’avait cru). (Ils raisonnent) très bien (…) sur les questions de la guerre et ses attributs (…). On ne dirait pas que nous sommes des conquérants, mais plutôt des soldats de leur pays, des frères tant l’accord règne partout » (1er janvier 1919).

Arrive enfin le moment du départ tant espéré, en février 1919, Mais ce chemin du retour s’avère interminable : un long séjour de plus d’un mois en Belgique, suivi d’un séjour tout aussi long en Angleterre. « Nous sommes dans l’attente (…), nous n’avons rien à faire (…). Une révolte éclate (le 11 mai), un soldat est tué ».

Ce n’est qu’à la fin de mai 1919, en débarquant au Canada, que l’odyssée militaire de Joseph Alphonse Couture se termine. « Cela fait drôle de se voir en civil après près de 5 ans dans l’uniforme militaire. C’est le pantalon qui est comique, on dirait que nous n’avons rien sur nous tant c’est léger ».

L’Ulysse québécois retrouve sa Pénélope, le 21 juin 1919, sa fiancée, sa « petite Canadienne », Linette, qu’il avait laissé au pays, cinq ans plus tôt. Elle l’a attendu tout ce temps. Lui aussi demeura « fidèle », malgré cette Madeleine qui avait « presque envie de me demander en mariage (en Belgique, au mois d’avril 1919) tant elle m’aimait ».

Les deux fiancés refont connaissance. « Quelle réception, quels bons baisers, et nous nous regardions, pas de paroles, puis ensuite, bien je vous dis que les questions sont venues (…). C’est comme un rêve, je n’ose y croire. Je suis près d’elle et je n’ai plus à parader, plus de fusil à trainer. (…) Je ne regrette pas mon voyage, mais je ne recommencerais pas pour tout l’or du monde cette même vie que nous avons menée depuis plus de 4 ans, cela est trop dur ».

Touchante, drôlement humaine, et follement romantique cette incroyable odyssée, du Saint-Laurent au Rhin, de ce héros québécois.

Du Saint-Laurent au Rhin. Carnets de guerre, 1914-1918. Joseph Alphonse Couture, Septentrion (édité et annoté par Mourad Djebabla-Brun).

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