12Juin
Christian Vachon
Arts

Mad Men, une série télévisée où ça bouge

Le monde se divise en deux. Il y a ceux, nombreux, très nombreux, qui ont décroché par lassitude, par emmerdement (« Il ne se passe rien! ») dès le premier ou le second épisode de Mad Men, cette série télévisée, diffusée entre 2007 et 2015, se déroulant dans le monde de la publicité des années 60. Il y a ceux, patients, éblouis (j’en suis), qui savent qu’il se passe beaucoup de choses dans les sept saisons de Mad Men : une société est bouleversée, un monde est renversé, l’univers ne sera plus jamais pareil pour les hommes et les femmes. Damien Leblanc, critique de cinéma et de séries pour le magazine français Première, fou de Mad Men (comme moi), nous en fait la plus éclairante des démonstrations dans Les révolutions de Mad Men, un bref mais énergique essai de 120 pages publié ce printemps chez Playlist Society.

Damien Leblanc résume, bien sûr, en quelques lignes ce qui nourrit notre passion pour Mad Men, un anti-Lost, une série sans « punch » à tous les dix minutes, mais qui finit tout de même par nous envoûter : « 42 épisodes riches en drames intimes et en contre-pieds stylistiques », où « s’entremêlent humour cinglant et déroutante étrangeté ». Mad Men, il faut le reconnaître, est parfois déconcertant.

Mad Men c’est aussi, c’est surtout, un subtil, un fertile, un complexe portrait des années 60, une « décennie pleine de remous », chère au concepteur de la série Matthew Weiner (un des principaux scénaristes des Sopranos). Mad Men, c’est l’occasion pour Weiner de faire revivre une « transition qui a été oubliée », celle du monde « codé » des années 50 (qui atteint son apogée au début des années 60) à l’univers trouble des « sixties », avec la jeunesse, la drogue, la mixité…

Tout semblait rassurant, confortable (malgré les adultères, malgré les secrets) lors des premières saisons, pour les personnages, surtout masculins, pour les Kinsey, les Cosgrove, mâles dominants au sexisme appuyé. Toutes les certitudes vont être remises en cause à partir de la troisième saison, à partir particulièrement de l’assassinat du président Kennedy. Mad Men explose. Matthew Weiner fait sauter toutes les barrières scénaristiques, et esthétiques, « pour mieux mettre les protagonistes à nu et les ouvrir à une apparente modernité ». Mad Men devient alors le portrait de révolutions, de révolutions collectives et intimes.

Révolutions collectives : Mad Men, c’est le tableau de nos ambiguïtés que l’on entretient vis-à-vis des révolutions technologiques, de l’emprise de la télévision, de l’arrivée de l’ordinateur. « Les mutations technologiques s’invitent au cœur de l’intrigue ». Un personnage, Michaël Ginsberg, lors de la septième saison, tombe dans la paranoïa à l’arrivée à l’agence d’un ordinateur IBM 360 : « Ils essaient de nous effacer… Fuyez tant qu’il est encore temps ».

Mad Men, c’est le tableau d’une industrie de la publicité bousculée (surtout après la 4e saison) par la jeunesse et la modernité, et sommée de s’adapter. « L’idée la plus importante dans la publicité, c’est la nouveauté ». Pourtant, l’agence, qui change une fois, deux fois d’identité, ne se conçoit plus comme un lieu d’avant-garde, « se contente de gérer les comptes existants, en limitant les risques ».

Révolutions intimes : ce bouleversement prend d’abord la forme d’une « extériorisation des sentiments ». Les corps des personnages de Mad Men « s’ouvrent progressivement aux sensations fortes ». La mise en scène va même évoluer en conséquence. « Les premières saisons avaient pour habitude de multiplier l’usage des contreplongées », de se focaliser sur l’individu. Dès la quatrième saison, il y aura davantage de profondeurs de champ, les surfaces « s’étendent », les personnages se libèrent, les femmes s’émancipent…

Mais cette émancipation ne s’acquiert qu’au prix d’innombrables souffrances. Joan et Peggy, à l’agence, « paient régulièrement le prix de leur progression sociale par un brutal renvoi à leur condition féminine ». Joan plus que tout, qui, pour éviter définitivement les sursauts de « machisme », va s’entourer d’un environnement « safe », créer sa propre compagnie au personnel uniquement féminin. Betty, « la femme au foyer » tente de se réinventer. En vain? « On ne repart pas de zéro. La vie continue », lui sermonne son second mari. Peggy va emprunter une trajectoire lumineuse, opposée à celle de Pete, un collègue masculin de la même génération, mais au conservatisme soutenu, réussissant, à la fin de la série, ce fabuleux exploit, celui de concilier esprit d’entreprise et accomplissements sentimentaux (avec Stan Rizzo).

Mad Men, c’est aussi un extraordinaire laissé-pour-compte de cette révolution, ce Roger Sterling qu’on adore, héritier de l’agence en perte d’influence, lucide, à l’humour caustique.

Mad Men, c’est avant tout Don Draper, génial publicitaire des premières saisons, pris de vertige en pleine révolution, un « être multiple qui peine à faire coïncider son passé, son présent et les vies qu’il s’est inventées ». Don Draper, incapable de s’autodéfinir : « Who are you supposed to be? ». Don Draper au « regard dans le vide », naviguant dans un univers parallèle, cherchant toujours à s’extirper de son présent, à fuir vers un ailleurs chimérique. Don Draper découvrant qu’il n’est plus dans le coup lors de cette fête surprise d’anniversaire, au début de la 5e saison, organisée par sa jeune épouse Megan (avec son mémorable « Zou Bisou, Zou Bisou »). Don Draper qui voit rétrécir son territoire à fantasmes d’une saison à l’autre. Don Draper, dépossédé de son influence, échouant à incarner durablement une figure de guide spirituel. Peggy, la plus intime de ses disciples, va même se détacher de lui.

La chute de Don Draper va-t-elle s’interrompre? Va-t-il vivre aussi une révolution intime? Va-t-il quitter la publicité et le monde des simulacres pour vivre une existence « plus à l’écoute de ses sensations? ».

Les dernières images de la série laissent la porte ouverte à de multiples interprétations : la caméra capte l’image d’un Don souriant, fermant les yeux, suivie d’un célèbre spot publicitaire de Coca Cola (« I’d Like to Teach the World to Sing ») de 1971. Don, un héros libre ou une figure de soumission? Don s’est-il débarrassé de ses doutes en retournant au giron publicitaire pour inventer ce spot? Ou enclenche-t-il plutôt « une nouvelle phase décomplexée », libéré du joug de son employeur, n’ayant plus besoin de scruter l’univers qui l’entoure, ni de questionner sa place?

Quoi qu’il en soit, Don Draper est un « flamboyant porte-parole de Weiner et des sentiments contradictoires qui habitent le créateur de Mad Men à propos de la décennie qui l’a vu naître (il est né en 1965) ». Que Don replonge dans la machine capitaliste ne semble nullement illusoire. « Le changement convoque les boucles, c’est aussi la vie qui avance comme ça… Un ordre ancré a toutes les chances de revenir se manifester après une percée contestataire ».

Remercions tout de même Weiner de nous avoir légué Pete, le « jeune loup », Betty, sereine « in extremis » (et à la suite d’un cancer mortel), l’imperturbable Roger, et les autres, une magnifique galerie, un majestueux héritage de « tensions entre des destinées romanesques et des temporalités mouvantes », un portrait lumineux et juste des révolutions des années 60.

À consulter :

— Damien Leblanc, Les révolutions de Mad Men, Playlist Society.

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