11Avr
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Essais

L’antisémitisme, la plus longue haine de l’Histoire

« Je tiens la race juive pour l’ennemi-né de l’humanité et de tout ce qui est noble » -Richard Wagner (1813-1883), artiste… et polémiste

Elle n’est pas morte la haine du Juif, même après la Shoah, même après la disparition du IIIeReich. L’antisémitisme n’est pas près de s’éteindre, oh non ! Il se manifeste sous diverses formes, dans divers coins du monde : « le Juif est conspirateur, le Juif est capitaliste, le Juif est raciste ».

Carol Iancu, historien français, professeur à l’Université de Montpellier, né dans une famille juive d’origine moldavo-roumaine, a pu mesurer cette permanence des mythes antisémites. Revenant en Roumanie, son pays natal, dans les années 90, il visite un bouquiniste, très « persuasif », qui tente de lui confirmer la véracité des Protocoles des Sages de Sion.

L’homme de science, rationnel, qu’est Iancu entreprend alors de comprendre cette persistance de la haine des Juifs, rassemble une solide documentation sur le sujet, en retrace l’origine, une origine très, très lointaine, « la plus longue haine de l’Histoire », et ses multiples métamorphoses. Son Mythes fondateurs de l’antisémitisme : De l’Antiquité à nos jours, qu’il publie, cet hiver, chez l’éditeur Privat, est une deuxième édition, revue et augmentée (un indice de l’actualité de la question) du premier essai paru au début des années 2000, un travail de « déconstruction de fables » des plus éclairants, un voyage, savant et troublant, au pays de la haine.

Au départ, et bien avant l’arrivée du christianisme, la répulsion est religieuse. Le monothéisme intransigeant, les pratiques hermétiques des Juifs, suscitent la suspicion des Égyptiens, des Grecs, des Romains. Sous la plume de Démocrite, vers le 4esiècle avant J.-C., l’accusation de « meurtre rituel » apparait pour la première fois.

Cette hostilité s’appuie sur de fermes assises « idéologiques » et « populaires » avec l’émergence de l’antijudaïsme chrétien antique qui diffuse ces « mythes primordiaux » : le crime de déicide, le rejet d’Israël « par Dieu », la dispersion du supposé peuple élu «comme châtiment divin de la crucifixion ».

De tout de même tolérable, dans les premiers siècles du christianisme, la condition des Juifs se détériore et se durcit au milieu du Moyen âge, notamment avec cette législation antijuive de l’Église après le concile de Latran IV, en 1215. Les Juifs se distinguent maintenant physiquement par une tenue vestimentaire avilissante : la « rouelle », le chapeau pointu, … Autre geste d’infamie : on les isole dans un habitat propre à eux, les ghettos.

Dans l’ambiance trouble (les guerres, la peste noire, les famines, la dévaluation des monnaies), propice aux ferveurs religieuses, des derniers siècles de l’ère médiévale, d’autres mythes et calomnies vont aussi naître, et prospérer jusqu’à notre ère contemporaine : le Juif perfide (mis en prière dans la messe catholique), le Juif errant (le cordonnier de la Passion de Jésus, condamné à l’errance perpétuelle pour avoir refusé des instants de repos au Christ), le Juif usurier (empêchés de posséder et de travailler la terre dans les sociétés chrétiennes, les Juifs devaient devenir artisans, négociants… prêteurs).

Un antisémitisme dit moderne va surgir à la fin du XVIIIesiècle. Voltaire, avec ses diatribes contre la religion d’Israël, va être de ceux qui vont fournir les fondements et la rhétorique d’un antisémitisme laïc. Bien des socialistes au XIXesiècle (Marx avec sa Question juive, Proudhon qui dénonce les Juifs comme « parasites », …) vont identifier le judaïsme avec l’intérêt matériel, le lucre, et les Juifs avec le monde financier. L’épanouissement du capitalisme, et ses « laissés-pour-compte », a toujours pour corolaire un sursaut de haine des Juifs.

L’antisémitisme mène aussi à une crise de conscience nationale en France avec l’affaire Dreyfus à la fin du XIXesiècle. Bien que l’intégration des Juifs, bien avancée dans ce coin d’Europe à l’époque, n’est pas remis en cause, cette crise laisse des traces durables, du moins jusqu’au régime de Vichy. D’ailleurs, c’est après avoir assisté à la dégradation du capitaine Dreyfus, en 1894, que Theodor Herzl (1860-1904) va écrire son essai L’État des Juifs, acte de naissance du sionisme, revendiquant un retour, sécuritaire, des Juifs en Palestine.

Un nationalisme xénophobe se développe aussi en Allemagne et en Autriche. Le grand compositeur Richard Wagner, et bien d’autres germanistes, militent contre la reconnaissance de l’égalité des droits aux Juifs. Cet antisémitisme « patriotique » va maintenant s’appuyer sur des prétentions scientifiques avec le mythe racial de « l’infériorité de la race juive ». Arthur de Gobineau (1816-1882) publie son essai sur L’inégalité des races humaines. Houston Stewart Chamberlain, gendre de Wagner, fait paraître, en 1894 en Allemagne,La genèse du XIXesiècle, la « véritable bible du racisme moderne, panégyrique de la race aryenne ». La race juive « d’essence orientale », est déclarée « tout à fait opposée à l’esprit occidental ». On sait où tout cela va mener : Auschwitz, les chambres à gaz…

Le complot judéo-maçonnique, cet autre mythe solide de l’antisémitisme moderne, « exposé » par Édouard Drumont dans sa France juivede 1886, connaît une large diffusion dans le dernier tiers du XIXesiècle. Il persiste et prospère plus que jamais, en Occident (et ailleurs, on le verra), avec la propagation, depuis les années 1920, des Protocoles des Sages de Sion, cette « bible de la conspiration juive mondiale », fabriquée de toutes pièces (le nom du faussaire est connu depuis 1999 : Mathieu Golovinski) par l’Okhrana, la police secrète tsariste, en pleine affaire Dreyfus en 1899.

Ce complot juif mondial, amalgamé au sionisme, est une des principales manifestations de l’antisémitisme contemporain. Il fut largement exploité, à des fins politiques, en Union Soviétique (les Juifs « laquais de l’impérialisme américain », le sionisme « amoral, chauvin, raciste, ennemi numéro un »). Cet antisémitisme va même s’étaler plus ouvertement après la chute de l’URSS. Iancu documente également plusieurs manifestations actuelles de préjugés antisémites en Europe de l’Est, combattes plus (en Roumanie, en Slovaquie, …) ou moins (en Pologne, en Hongrie, …) efficacement par les gouvernements en place.

La question de l’antisémitisme dans le monde arabe et musulman ne peut être évité, et Iancu, bien sûr, s’y attarde avec justesse et délicatesse.

Les Juifs ont longtemps bénéficié (malgré la « dhimmâ », cet impôt « protecteur » discriminatoire) d’une situation relativement favorable en terres d’Islam. « Ce n’est qu’au XIXesiècle, et sous l’influence des idées européennes véhiculées par les chrétiens orientaux, que l’antisémitisme moderne pénètre dans les pays arabo-musulmans ».

Cet antisémitisme arabe va se nourrir, après les premières installations de colonies juives en Palestine dans les années 1920, après la naissance d’Israël, en 1948, de nationalisme. C’est toutefois après la Guerre des Six-Jours, en 1967, après l’occupation définitive de la Cisjordanie, qu’il atteint son paroxysme, qu’il s’intègre durablement dans le discours politique, dans les livres d’école. Le discours antisioniste : Israël étiqueté comme un État « colonial, impérialiste et raciste », se mue en « antijudaïsme virulent ». Le Juif, partout dans le monde, pas juste celui de « l’État juif », est, nous interpelle Carol Iancu, le « Juif des États », la cible des haines les plus violentes.

Les troubles récurrents du monde arabo-musulman trouvent d’ailleurs leurs origines, « preuves à l’appui », dans ce « complot sioniste mondial ». Le Protocole des Sages de Sion, recyclé et actualisé, connaît une prospérité sans borne en Orient. Déjà, en 1968, à Beyrouth, il en était à sa quatrième version arabe. Il est présenté en feuilleton, dans la Saudi Gazetta, en 1984. Une nouvelle édition paraît, en Égypte, en janvier 2004. Il est même cité dans la charte du mouvement Hamas (« pour qui l’authenticité du document ne fait aucun doute »), comme témoignage « de la volonté de domination mondiale du sionisme ».

Par ailleurs, un espace notable est accordé, dans le monde arabo-musulman, à cette nouvelle manifestation, quoique marginale dans le monde occidental, de l’antisémitisme : le négationnisme dénonçant le « mensonge d’Auschwitz ». Les 11 et 12 décembre 2006, s’est tenue, à Téhéran, une conférence internationale sur l’Holocauste à laquelle participèrent des dizaines de négationnistes, dont Robert Faurisson.

Ce nouvel antisémitisme, né de la Guerre des Six-Jours, amalgamant sionisme et racisme, va aussi se diffuser en Europe. C’est en France qu’ont lieu les changements les plus radicaux et violents. Les premières vagues d’attentats antisémites commencent en mars 1979. L’année 2012, entre autres, « fut une année de violence sans précédent contre les Juifs de France ». Des mouvements d’extrême-gauche se retrouvent dans les manifestations des islamistes prônant le Jihad contre les Juifs. La gauche radicale n’hésite pas à inclure dans une même équation « finance internationale honnie = sionisme = racisme ». Faut-il parler d’un glissement de l’antisionisme à l’antisémitisme ? Iancu n’hésite pas à le faire.

Israël, l’État juif, a payé très cher sa libération de la « dhimmitude ». Il a fait retourner contre les Juifs l’accusation de racisme.

– À consulter :
Carol Iancu, Les mythes fondateurs de l’antisémitisme : De l’antiquité à nos jours, éditions Privat.

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