20Nov
Christian Vachon
Histoire

Nos ancêtres les Marines

Bien des Québécois l’ignorent : nombre d’entre eux, en grimpant dans leur arbre généalogique, vont tomber tôt ou tard sur un ancêtre officier des Marines, ou plutôt son équivalent bien de chez nous : les compagnies franches de la Marine. Vous saurez tout sur cette révélation et sur l’épopée de ce corps d’élite de l’Amérique française grâce au magnifique et exhaustif recueil dirigé par l’historien Marcel Fournier : Les officiers des troupes de la Marine au Canada : 1683-1760, publié par la maison d’édition québécoise Septentrion, un savoureux « combo » qui nourrira tant les passionnés d’histoire que les amateurs de généalogie, un plantureux plat fruit d’un projet de recherche, lancé en mars 2015, sur les officiers des troupes de la Marine, qui a aussi mené à la création d’une base de données détaillée de 895 noms.

Sept auteurs québécois et français nous présentent de brefs, mais substantiels, essais sur l’histoire tant militaire que socioculturelle et démographique de ces officiers des troupes de la Marine, des unités autonomes d’infanterie légère, dont les tactiques de combat vont inspirer les Britanniques et, plus tard, les Américains.

Dans son « Introduction à l’histoire des troupes de la Marine sous l’Ancien Régime », l’archiviste et historien français Bernard Fonck nous fait un panorama historique de ces troupes formées par Richelieu, en même temps que le développement de la marine de la guerre française au début du XVIIe siècle. Ces « troupes coloniales » ne jouent pas seulement un rôle de combattants en Amérique du Nord, mais aussi de bâtisseurs, en particulier de ce réseau de forts qui s’étendent jusqu’au cœur, et même au-delà, des Grands Lacs. À l’époque de la guerre de Sept Ans, il y aura plus de 8 000 hommes, au sein de 74 compagnies, de ces troupes de la Marine en Nouvelle-France.

L’historien spécialiste des troupes coloniales Boris Lesueur nous révèle dans « Les mutations d’une institution : le corps des officiers des troupes de la Marine au Canada » cette progressive « canadianisation » du corps des officiers au tournant du XVIIIe siècle. Entre 1683 et 1715, les compagnies étaient composées quasi exclusivement de soldats et d’officiers nés en France, mais devant des difficultés à renouveler les cadres « alors que le service au Canada tend à se pérenniser », le gouverneur Denonville va devoir résoudre cette nécessité. Il va « occuper la jeunesse des familles nobles au Canada » en lui ouvrant les portes du cadre des officiers des troupes de la Marine. Un art de la guerre canadien, métissé de culture amérindienne, va même surgir, celui des « guerres de partis », de la « petite guerre ».

L’historien militaire canadien René Chartrand, dans « Un regard sur ce qu’est un officier des troupes de la Marine au Canada par rapport à son confrère servant dans l’armée en France », traite particulièrement de cette « pomme de discorde » que fut la pratique bien éloignée de la « petite guerre » et de la « guerre à l’européenne ». Il souligne aussi le rôle déterminant, et souvent occulté, des officiers des troupes de la Marine (surtout ceux recrutés au Canada) en ce qui a trait aux relations diplomatiques avec les Premières Nations. C’était sur eux que reposait la tâche d’entretenir les alliances, un rôle que va mettre davantage en lumière le chercheur Louis Lalancette dans « Les officiers des troupes de la Marine agents de l’Empire français dans l’Ouest ». Il nous fait découvrir qui sont ces 132 officiers qui ont œuvré à cultiver la fidélité des alliés amérindiens, ou à négocier de nouvelles alliances.

Des postes convoités que celui d’agent de liaison ou de commandant de poste (une dérogation royale vous permet de pratiquer le commerce des fourrures et d’obtenir ainsi un revenu supplémentaire), mais aussi périlleux. Vous êtes au bout du monde (le fort Michillimakinac à Mackinaw dans l’État du Michigan actuel est à plus d’une centaine de jours, en canot et en portages, de Montréal) et des problèmes de ravitaillement (pour les marchandises de traite), qui vont s’aggraver dans les années 1740 et 1750, incitent de plus en plus fortement les alliés amérindiens à lorgner du côté des Britanniques.

Des hommes intrépides et valeureux, donc, ces officiers des troupes de la Marine. L’archiviste et historien québécois Rénald Lessard nous en communique d’autres preuves dans « Les officiers des troupes de la Marine et la guerre de la Conquête (1748-1760) ». Ces « gens d’expérience rompus à la guerre comme elle se pratique au Canada » paieront un lourd tribut lors de cette guerre de la Conquête (qui s’européanise de plus en plus avec ses sièges et ses batailles rangées) : trente-et-un officiers et deux cadets mourront de faits de guerre. Ce sont 10 % des officiers ayant servi entre 1754 et 1760 (beaucoup d’entre eux tomberont lors d’engagements violents entourant le siège du fort Niagara) et « cela sans parler des blessés, handicapés, mutilés ».

Leurs prouesses, associant vaillance et loyauté, ne passeront heureusement pas inaperçues. L’avocat et généalogiste émérite québécois Denis Racine nous présente dans « Les officiers des troupes de la Marine, membres de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis », un tableau des 217 officiers récompensés de la Croix de Saint-Louis (un ordre purement militaire créé par Louis XIV en 1693) pour « des excellents services lors de commandement difficile ». Dès 1699, un Canadien de naissance était récompensé : Pierre Le Moyne d’Iberville.

Enfin, l’historien et généalogiste Marcel Fournier nous livre « Quelques données sociodémographiques à propos des officiers des troupes de la Marine au Canada (1683-1760) » qui démontrent cette « canadianisation » progressive du corps à partir de 1690. Au total, 415 des 895 officiers seront d’origine canadienne. Il y aura même des dynasties : 252 officiers canadiens sont fils d’officiers. Notons tout de même que les plus hauts postes d’officiers resteront détenus par des Français. Ils seront toutefois 156 officiers français à prendre épouse au Canada.

Marcel Fournier présente des tableaux sur l’origine géographique des officiers et leur statut matrimonial. D’autres tableaux nous permettent de confirmer la place importante tenue par les officiers canadiens dans l’exploration et la défense de la Nouvelle-France.

Des appendices à ce recueil de textes dévoilent aussi des informations pertinentes, éclairantes et surprenantes sur la mission et le prestige de cette unité d’élite, entre autres sur « Les forts et postes français en Amérique du Nord » (a-t-on oublié que Green Bay – la ville des Packers – au Wisconsin est à l’origine un fort français, fondé en 1634, le « fort de la Baie des Puants »?) et sur des dynasties familiales d’officiers : les d’Ailleboust (seize officiers), les Boucher (vingt-et-un officiers), les Hertel (vingt-cinq officiers), les Le Moyne (16 officiers, dont cinq nommés chevaliers), avec une descendance d’officiers, pour cette famille, s’étendant sur cinq générations.

Une partie « biographique », un « Répertoire des officiers des troupes de la Marine au Canada, 1683-1760 », suit ce contenu historique. Le répertoire forme en fait la moitié du contenu de cet ouvrage de plus de 500 pages. Du bonbon pour les généalogistes : 889 notices biographiques (entre trois et quinze lignes), incluant la naissance, la date du passage (pour les officiers français), la montée en grade et les affectations, le statut matrimonial, le décès. Aubry, Cournoyer, Duplessis, Laperrière : vous allez en savoir plus sur votre ancêtre « Marines ». Un sieur Hubert de la Gloiseterie, un Charles-François Veyssière de Prouilhiac, un Marc-Antoine Maurel de La Chapelle, qui n’ont pas laissé de descendance connue, échappent à l’oubli.

Notons finalement ce curieux parallèle : Bernard Anselme d’Abbadie de Saint-Castin, le premier nom du répertoire, commandant dans les troupes de la Marine en Acadie en 1711, est fils d’un Jean-Vincent, officier des troupes, et d’une Marie-Mathilde, amérindienne (fille du chef Madokawando), tandis que le dernier nom de la liste, Pierre You de La Découverte, un officier du fort Michillimakinac (en 1685), et à Montréal (à partir de 1697), va épouser, lui, une amérindienne du nom d’Élisabeth, à la mission des Miamis, en 1693.

Des index patronymiques, à la fin du recueil, vont, bien sûr, faciliter vos recherches généalogiques.

Un ouvrage pluridisciplinaire d’une grande qualité et utilité. Sera-t-il complété, un jour, par un recueil similaire (ambitieux, il faut l’admettre, avec ce corpus de plusieurs milliers de noms) sur les simples soldats?

À consulter :

— Marcel Fournier (dir.), Les officiers des troupes de la Marine au Canada : 1683-1760, Septentrion.

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