5Avr
Christian Vachon
Histoire

Perdre son temps

Le temps est un sacré joueur de tours. Saviez-vous que certaines années ont duré 445, 385 ou 251 jours? Qu’il a existé un 30 février 1712 en Suède? Qu’à l’inverse, tout récemment, aux Îles Samoa, le 30 décembre 2011 a été supprimé? Que Thérèse d’Avila est morte dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582? Que Cervantès et Shakespeare sont décédés un 23 avril 1616, mais pas le même jour? Que les Soviétiques ont inventé une semaine de cinq jours, et que la seconde que nous utilisons est en fait trop courte?

Le temps se fout de notre gueule. Le temps est un enfant rebelle qui rechigne à toute tentative d’enfermement dans un système de mesure, se complaisant dans ses imperfections. Olivier Marchon en témoigne, avec plaisir et justesse, dans Le 30 février et autres curiosités de la mesure du temps, édité au Seuil cet hiver. Il s’agit d’un délicieux essai, fourmillant d’anecdotes sur ce rêve de l’homme, plus de deux fois millénaire, et demeuré inaccessible, d’un calendrier idéal, sur ces multiples tentatives d’instauration, chaque fois écartées, d’un système alternatif de mesure du temps.

Marchon nous ramène dans ce passé où le temps déraille d’un pays à l’autre en Europe, où on pouvait être le même jour en l’an 1420 au Portugal et en 1382 dans l’Espagne voisine, où on fêtait le nouvel an le 25 mars en Angleterre (le « style » de l’Annonciation) et le 25 décembre ailleurs (le « style » de Noël). Il faudra attendre jusqu’au XXe siècle sur le continent européen, de « l’Oural à l’Atlantique », pour uniformiser tout cela.

Le temps est bien souvent un enjeu politique. « Il faut l’occuper, le posséder, pour mieux contrôler les esprits », soutient Marchon. Désireux d’explorer la « force de travail du prolétariat », les Soviétiques instaurent la semaine de travail ininterrompue de cinq jours en URSS, en 1930. Chaque travailleur se voit attribuer un jour de repos, associé à une jolie couleur : jaune, rose, violet…, différent de l’autre. Le résultat s’avère désastreux, vie familiale et vie sociale devenant presque impossibles. La « Nepreryka » est remplacée en novembre 1931 par une semaine de six jours (avec jour férié unique pour tous).

Une décision politique aussi que ce passage de l’autre côté de la ligne de changement de date des Îles Samoa en 2011, les Samoans ne désirant plus plaire aux Américains mais aux Australiens, devenus leurs principaux partenaires économiques. Les voitures vont même maintenant rouler à gauche sur les îles. Le passage va impliquer la suppression du vendredi 30 décembre 2011 du calendrier.

L’industrialisation et la mondialisation mènent à l’uniformisation. Il y a, jusqu’au milieu du XIXe siècle, de très grandes disparités horaires entre chaque grande Ville. « Le développement rapide du chemin de fer change la donne (…). Le Soleil sera invité à se lever et à se coucher en suivant l’heure du train ». On crée les fuseaux horaires. Les Français bataillent ferme pour rationaliser le système horaire et ajuster les montres sur son méridien de Paris. Ce sont les Britanniques qui vont l’emporter en octobre 1884, à la conférence de Washington, avec leur méridien de Greenwich. Dure défaite pour les Gaulois qui vont résister jusqu’en 1911 avant de se soumettre à l’heure anglaise. Ils devront même se mettre à l’heure allemande au temps de l’Occupation en 1940 pour ne plus changer depuis. Des impératifs purement économiques (réduire la consommation d’énergie) nous forcent aussi chaque année à avancer, puis à reculer l’heure (et à gagner puis perdre cette maudite heure de sommeil).

Mais c’est d’abord la prééminence du fait scientifique sur toutes autres considérations, même politiques, qui pousse Jules César, à Rome, en 46 avant Jésus-Christ, à troquer un archaïque calendrier semi-lunaire pour un calendrier solaire plus précis, une savante décision menant toutefois à une « année de la confusion ». Afin que la première journée de la première année du nouveau calendrier commence au bon endroit, le législateur romain est contraint d’ajouter à l’année en cours trois mois. L’année 46 avant J.-C. va donc durer 15 mois, ou 445 jours.

La science n’a pas encore réponse à tout. Le calendrier dit « julien » demeure imparfait, prenant chaque année 1 minute et 14 secondes de retard sur le Soleil. Le temps se perd. À ce rythme, on risque de fêter la résurrection du Christ avant sa naissance. Le pape Grégoire XIII décide d’intervenir en 1582, recadrant le calendrier sur le Soleil avec la règle des années bissextiles. Le passage au calendrier dit « grégorien » va nécessiter aussi la suppression de dix jours de l’année, menant à cette étrange nuit d’octobre qui va durer du 4 au 15.

Les passions politiques ou autres continuent par contre à l’emporter sur le pragmatisme. Protestants et orthodoxes aiment mieux être en désaccord avec le Soleil qu’être d’accord avec un pape catholique. Le passage au calendrier grégorien attendra près de deux siècles au Pays-Bas (suscitant ce paradoxal voyage du roi William III, parti de la Hollande le 11 novembre 1688 et arrivant en Angleterre six jours avant, le 5 novembre), en Suède (dans un imbroglio nécessitant la création d’un 30 février 1712), et en Grande-Bretagne en 1752.

Les orthodoxes resteront plus longtemps inflexibles, le calendrier grégorien finissant par l’emporter en Russie avec l’arrivée de l’Armée rouge en 1922 (avec comme résultat une révolution d’Octobre 1917 qui sera longtemps fêtée en novembre). Les Éthiopiens, de tradition orthodoxe, continuent d’ailleurs de se singulariser aujourd’hui, résistant au calendrier grégorien, comptant les heures à partir du lever du Soleil, ajoutant au douze mois traditionnels (ils ont tous 30 jours chez eux) un treizième mois de cinq jours appelé Pagunem, placé entre le mois d’août et le mois de septembre et dédié aux vacances.

Les révolutionnaires français, inspirés des Lumières, ont voulu faire mieux en déchristianisant le temps, radiant l’an 1793 pour débuter une nouvelle ère, créant, avec Fabre d’Églantine, un calendrier à la terminologie bucolique (floréal, nivôse, brumaire,…). D’Églantine finira guillotiné, Napoléon, pragmatique, rétablira le système de mesure grégorien pour des raisons commerciales. De nouveaux idéalistes, conscients de l’impérialisme de cette mesure du temps imposé par l’Occident chrétien, tenteront en vain de faire adopter un calendrier réellement universel et neutre par la Société des Nations durant l’entre-deux-guerres (comptant treize mois dans l’année, comme en Éthiopie, mais avec treize vendredis treize).

Le temps déraille. La Terre déraille. Elle tourne sur elle-même un tout petit peu plus de vingt-quatre heures. Pour que l’humanité reste alignée sur le temps réel, on a dû ajouter une seconde à la dernière minute du 30 juin 2015. On s’en remet maintenant intégralement au temps atomique. La mesure du temps s’est totalement découplée de l’observation du mouvement céleste. « L’homme a détourné son regard du ciel pour ne plus se fier qu’à sa montre puis à son ordinateur (…). L’homme est bien sorti de son état de nature ».

Une mauvaise surprise nous attend toutefois, nous le barbare civilisé, en 2038. Le temps risque de nous jouer un autre sacré tour en faisant faire aux ordinateurs un saut de 137 ans dans le passé (un nouveau bogue informatique), atteignant les limites du temps informatique de l’architecture UNIX de « 32 bits », datant de 1970. Quand aura lieu cette « fin du monde annoncée »? Le 10 janvier 2038, à 3 heures, 14 minutes et 7 secondes. On a encore un peu de temps à y penser.

À consulter :

— Olivier Marchon, Le 30 février et autres curiosités de la mesure du temps, Seuil.

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