27Déc
Christian Vachon
Histoire

Quand des enfants lynchent d’autres enfants

Des enfants qui exécutent un autre enfant parce qu’il n’appartient pas au même camp politique qu’eux ? Oui, ça s’est produit. En France, le 24 avril 1937.

Le gamin avait pour nom Paul Gignoux. Il avait 8 ans. Il a été lapidé à mort par une douzaine d’enfants, à peine plus âgés que lui, d’un quartier ouvrier de Lyon, aux cris de « fasciste », de « Croix-de-Feu », parce que son père était membre du Parti social français, un mouvement d’extrême-droite. L’historien français Gilles Vergnon, spécialiste de l’antifascisme, maître de conférences à Sciences-Po Lyon, explore ce drame inouï, fort commenté à l’époque, mais oublié depuis 1945, dans Un enfant est lynché : l’affaire Gignoux, 1937, publié aux Presses universitaires de France (PUF), nous éclairant sur un sujet des plus sombres et négligés : la violence à caractère politique chez les enfants et adolescents dans la France du Front populaire (c’est un miracle, en fait, qu’il n’ait pas eu d’autres tragédies mortelles du genre), s’interrogeant, par la même occasion, sur la « brutalisation » de la société française des années 30. Si on se réjouissait des congés payés, à l’été 37, on craignait aussi la guerre civile.

Le meurtre de Paul Gignoux, confirme l’historien, n’a rien d’un fait divers ordinaire. Le rapport du juge d’instruction de l’époque, Jacques Faure-Pinguely, confirme la dimension politique de l’affaire. Douze des agresseurs, dont une fillette de dix ans, vont être déclarés coupables. Le jugement va recommander, néanmoins, à remettre les enfants à leurs parents, qui auront charge de les placer en maison de redressement.

Le chercheur Vergnon, grâce aux interrogatoires des inculpés, est en mesure de mettre en lumière l’arrière-fond sociopolitique de ce meurtre, dégageant un tableau des relations sociales dans les quartiers lyonnais du temps. Il nous trace le portrait d’enfants des milieux populaires, portant bérets ou casquettes, faisant l’apprentissage des virilités ouvrières, en opposition au self-control, à la retenue, à l’élégance vestimentaire des familles aisées. C’est l’apostrophe « fille », ou « fille à culotte » (à cause des grands cheveux, la coupe « garçonne », du jeune Gignoux) « qui a déclenché l’engrenage mortel », suivi de l’anticlérical « cagot », et des injures politiques « fasciste », « Croix-de-Feu ».

« Au-delà du caractère fortuit d’un incident qui tourne au drame, ce sont bien des codes sociaux qui s’opposent. Leur antinomie se durcit encore dans ce contexte de « choc des deux France », entre 1934 et 1938, du paysage émotionnel qu’il génère, associant peur et exaltation, agressivité, « friction » physique, et, parfois, passage à l’acte. Pour son malheur, et celui des siens, Paul Gignoux en fut la victime ».

Gilles Vergnon, étayant son propos, mentionne d’autres incidents qui ont failli aussi mal tourner, dans un cour d’école à Ivry-sur-mer, en octobre 1936, dans un faubourg de Toulouse, en juin 1937, des cas de « politisation d’adolescents » qui vous désignent à l’adversaire, des cas d’agressions qui se terminent par de longs séjours à l’hôpital. La presse éducationnelle du temps atteste « un halo de tension qui affectent les différents degrés de l’enseignement et les enfants et adolescents qui les fréquentent ».

Les enfants, en fait, ne sont que le pâle reflet de cette « politisation par l’affrontement » qui sévit chez les adultes lors de ces années du Front populaire. Visitant les fonds d’archives judiciaires, explorant les journaux, l’enquêteur Vergnon tente de quantifier cette violence, entre le 6 février 1934 et le 30 novembre 1938. Il arrive à un bilan de 67 morts violentes, et plusieurs centaines de blessés (la plupart par balles et coups de couteau). Il est fait le constat de cette coutume de se rendre à une manifestation avec une arme dans sa poche, «ce qui en dit long sur la représentation de l’adversaire politique « comme ennemi », et sur la représentation de l’activité politique en général ».

Soixante-sept décès, c’est beaucoup moins que des pays voisins, comme l’Espagne, ou l’Allemagne avant 1933 (et l’arrivée des Nazis au pouvoir), mais c’est extrêmement plus, par contre, que le Royaume-Uni, qui revendique, avant 1939, un bilan nul de victimes d’actes violents politiques.

Faut-il parler de guerre civile larvée ? Gilles Vergnon s’y risque. « La France connait à son échelle une situation comparable (à sa voisine espagnole) de « brutalisation » endogène, de plus basse intensité ». Le « cas » de Paul Gignoux n’est pas « déplacé » ou « décalé ». «Il appartient pleinement à son époque, sur laquelle il jette un éclairage cru en nous rappelant son potentiel belligène ».

Il nous sert aussi d’avertissement en ces temps contemporains, à se soucier de ces tendances à vouloir diviser la société en deux camps : la bonne « gang » d’un bord, et de l’autre, l’ennemi « à exterminer ».

Un enfant est lynché : l’affaire Gignoux, 1937. Gilles Vergnon, PUF.

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