6Déc
Christian Vachon
Histoire

Quand le passé se colore

Une invention merveilleuse que celle de la photographie, à la fin des années 1830, permettant de capturer immédiatement, dans toute sa réalité, le monde qui nous entoure

Mais cette réalité qu’elle préserve est, pendant  plus d’une siècle, «incolore », en noir et blanc, causant cet effet pervers :  pour nous contemporains, qui regardons en arrière, « le panorama est incomplet et terne, le passé n’est ni animé, ni coloré ».  Ajoutons donc un peu de couleurs, et voilà que ce passé semble tout près, que ce monde devient le notre.

Dan Jones et Marina Amaral en livrent une preuve éclatante dans La couleur du temps.  Nouvelle histoire du monde en couleurs 1850-1960 (une traduction de Colour of Time) publié chez l’éditeur Flammarion Québec.  Il suffit de quelques touches de couleurs pour rendre plus saisissant ce cliché d’un atelier parisien de 1881 où on façonne la main gauche de la statue de la Liberté.  Il suffit de quelques touches de couleurs pour faire, moment troublant, de John Wilkes Booth, l’assassin de Lincoln à l’allure d’une rock star ténébreuse, un contemporain de notre époque.

 

Dan Jones est un historien de profession,  Marina Amaral est une artiste brésilienne spécialisée dans la colorisation des photos anciennes.  L’un et l’autre se sont associés, pendant deux ans, pour sélectionner,  parmi 10 000 photos anciennes, 200 clichés balayant les continents et les cultures (le portrait, dans les années 1870, du roi zoulou Cetshwayo, l’inauguration, à Rio de Janeiro, en 1931, de l’immense statue du Cristo Redentor,…),  mélangeant le célèbre et le méconnu.  On retient, donc, ce cliché, souvent reproduit, de la reddition du général Lee, et de son armée confédérée, à Appomattox, en 1865, mais aussi celui du premier hippopotame à mettre les pieds en Grande-Bretagne, en 1852.  On jette son dévolu sur une reine Victoria, pas encore veuve, en 1851, mais également sur une Julia Margaret Cameron, dans une pose « préraphaélite », une femme d’avant-garde, à l’origine, dès le début des années 1870, de l’art photographique « pensé en tant que tel »,  désireuse de faire de la photo plus qu’un simple objet documentaire, d’en faire un objet « qui suscite un sentiment ».

Pour rendre son éclat à ce « monde délavé », la patience est de mise chez Jones et Amaral.  Le passage du monochrome à la couleur, même de façon numérique, n’est pas chose facile.  « Il est impossible de connaître la teinte originelle en observant juste les différentes nuances de gris.  Il n’y a qu’une méthode qui vailles, celle de l’historien : chercher, chercher et chercher encore ».  Dan Jones va dépoussiérer  de vieux écrits d’un peu partout pour corroborer une simple couleur d’uniforme.  Marian  Amaral va colorier bien des photos à la main (sans algorithme), tenant constamment compte de la luminosité, du grain.  Parfois, ça ne va pas, le défi est trop grand, l’image est de retour aux archives.

Le résultat, au final, se révèle splendide : cent ans d’une histoire imagée, et inédite, du monde, de 1850 à 1960, de la guerre de Crimée (avec ce photographe, Roger Fenton, et sa « chambre noire ambulante », débarquant sur la péninsule criméenne), à la guerre froide (et son champignon atomique de Bikini), où « dansent titans » (un Darwin à l’air vénérable, un jeune Mandela en costume traditionnel) « et tyrans » (Staline nous observant d’un œil soupçonneux), « meurtriers » (John Wilkes Booth, l’allure satisfaite de lui, au lendemain de sa capture, en 1865)  «et martyrs » (les résistants –des vieillards, des femmes, des enfants- du ghetto de Varsovie, en 1943, se rendant, mains levées, à leurs bourreaux nazis).

L’arrivée catastrophique du dirigeable Hindenburg, en flamme, au New Jersey, en 1937, acquiert une touche plus spectaculaire par cet effet dramatique de la couleur.  Bien d’autres photos nous ébranlent :  la devanture d’un marchand d’esclaves, en 1864, à Atlanta ; le cadavre squelettique, au fond d’une tranchée boueuse, d’un soldat allemand, en 1916 ; le sous-sol abandonné, aux murs fracassés de trous de balles, de la villa Ipatiev, là ou fut assassinée la famille impériale russe ; des maisons en ruine, déjà, à Damas, en 1925 ; le regard vide d’une Florence Owens, en 1936, fuyant le Dust Bowl et la misère du Midwest américain ; les rescapés décharnés, avec, parmi eux, Elie Wiesel, de Buchenwald, en 1945 ; la tête de Mussolini, ratatinée par la foule de Milan ;   une famille sikh, homme, femme et enfants, fuyant le Pakistan au lendemain de la Partition.

Certes, la photographie inventorie, depuis presque ses débuts, depuis les années 1860 (avec ces images des cadavres des soldats de la guerre de Sécession américaine) , la barbarie et la stupidité humaines, et Jones et Amaral nous en livrent bien d’autres exemples dans leur parcours chronologique (l’appropriation des richesses africaines, le Klan et le Krach, les catastrophes politiques des années 1930, la décomposition des empires et la recomposition chaotique s’amorçant à la fin des années 1940.  Mais elle n’est pas avide que de douleurs la photographie, elle témoigne fort souvent, et heureusement, de moments de liesse, de choses merveilleuses :  la construction de la tour Eiffel, les premiers jeux olympiques, en 1896, l’avènement du jazz, du rock…

L’album se termine sur une photo de cosmonaute soviétique.  L’homme, partant dans l’espace, y va-t-il en aventurier ou en conquérant ? La couleur du temps s’achève t’elle sur une célébration, ou une déconvenue ?

Un cadeau idéal pour le passionné d’histoire.

–  La couleur du temps.  Nouvelle histoire du monde en couleurs 1850-1960Dan Jones & Marina Amaral, Flammarion Québec

 

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