12Août
Christian Vachon
Histoire

Relire notre passé autrement

« Sortir de la mémoire tragique »

Telle est l’audacieuse lecture de l’histoire du Québec entamée par le chercheur, et professeur à l’Université Laval, Jocelyn Létourneau dans son essai La condition québécoise, publié, ce printemps 2020, chez l’éditeur Septentrion.   Mettant l’accent, non sur les « empêchements », ni sur les « renoncements », mais plutôt sur les « adaptations » des Québécois, le récit de l’historien s’éloignant des visions traditionnelles, déterministes de notre passé –il donne, en fait, libre cours aux « indéterminants », risque de déranger bien des amateurs du « grand roman national », insatisfaits de sa conclusion inachevée, du « rendez-vous » manqué avec l’histoire, du « destin dévié ».  L’avenir reste ouvert, affirme, au contraire, l’essayiste, les éventualités multiples, et nulles d’entres elles ne peuvent être considérées pathétiques.  Il nous offre, ainsi, un parcours des Québécois complexe à définir, constellé d’ambiguïtés et de paradoxes, mais, tout de même, franchement inspirant.  Vous allez en être convaincu.

Elles sont, pourtant, fragiles, au départ, les fondations du Québec.  La Nouvelle-France n’a rien d’un âge d’or.  Notre société s’édifie « dans la désorganisation, l’incertitude et la difficulté d’être et d’avancer ».   Nous ne sommes qu’une « terre de mission », un «réservoir pelletier », un « projet colonial » pensé et organisé –et, au final, décevant économiquement- au bénéfice de la France, « et dans lequel l’Indien ne peut être que ségrégué ou intégré au corps collectif comme allié dépendant, ou sujet de bas rang s’il est converti ».

Le rêve de Champlain, d’une grande civilisation métisse, demeure chimère.  La « Laurentie » voit s’élever en son sein une société à caractère européen par sa population et dans son organisation.  Mais une « canadianité », une identité canadienne est en devenir, que reflète cette dualité, encore persistante aujourd’hui, celle du Canadien aimant l’aventure, mais voulant rentrer chez lui, du Québécois ouvert «à l’ici et l’ailleurs », ainsi « qu’au soi et à l’autre ».

Le Canadien s’adapte, donc, en 1763, à la présence de l’Autre, du Britannique, cohabitant « avec » et « contre lui », une « sagesse prudente », plutôt qu’un conditionnement de vaincu.   L’historien Létourneau ose même reconnaitre que l’installation des Britanniques, dans la Province, « amène des effets notables et régénérateurs sur la société canadienne », une « britannicité » de la civilisation que les Canadiens « apprécient comme des marques d’amélioration ou d’avancement de leur condition individuelle ou collective ».  Toutefois, cette Amérique du Nord, qui « construit son avenir économique en anglais » condamne la présence francophone à un rôle cossu.

Mais elle persiste cette présence francophone, grâce à un « modus vivendi » avec une administration britannique devenue alliée autant que dominatrice, sachant « les Canadiens trop nombreux pour être tassés, trop utiles pour être accablés, et trop coriaces pour être attendris par de vaines promesses ».

Les changements désirés tardent, par contre, à venir, précipitant l’amertume, la rébellion, et, au final, le « mariage punitif du Haut et du Bas Canada ».

À la «British Rule » succède, à partir du milieu du XIXe siècle, une « arrogance canadian », cherchant résolument à pilonner les résiliences canadiennes-françaises défiant son autorité, rivalisant avec sa primauté ou résistant à sa souveraineté.

L’Église catholique devient, au même moment au Québec, l’acteur social dominant, celui qui permet aux Canadiens français, en pratiquant un progressisme chrétien, de « négocier la modernité sur un mode réservé et graduel qui ne les attache ni ne les arrache à leur identité et tradition, y compris religieuse ».

Le Québec n’est donc, pas même à l’ère duplessiste (faisons fi  de la « grande noirceur »), une « société qui recule ou se fige, ni par rapport à ce qu’elle était auparavant, ni par rapport aux autres sociétés ».  Il se transforme.  Il est ouvert aux influences nord-américaines.

Mais de larges segments de sa population sont privés des bénéfices de la croissance.   C’est ce que va corriger la « révolution tranquille » des années 60, « marquée par l’improvisation et l’innovation », en utilisant l’État comme support de redressement économique et levier de développement social.  La promotion collective des francophones est dynamisée.  Les limites du marché francophone « ne représentent plus une entrave à la bourgeoisie québécoise ».

Nuançons, toutefois, les bouleversements de cette «révolution tranquille ».  Les Québécois ne construisent pas leur avenir à rebours du passé, « ni ne rompent avec le conservatisme ».   Le Québec louvoie alors, le Québec louvoie maintenant, « oscillant vers la gauche ou vers la droite, mais sans jamais vraiment décrocher du centre », faisant de la « transformation dans la continuité », tant sur le plan économique que constitutionnel, sont mot d’ordre, au risque de décevoir les nationalistes révolutionnaires, rêvant d’éliminer tant le capitalisme que le « colonialisme ».

« Pourquoi enfoncer une porte ouverte » leur objecte une majorité de la population se considérant comme « déjà souveraine au Québec », « ancrée dans  l’identité », mais aussi « attirée par l’altérité », perpétuant cette culture politique, bien québécoise, de l’affranchissement dans l’association, et la coopération dans l’autonomisation,  d’une quête d’affirmation « faite de redéploiement, et non d’aplatissement », rompue au réalisme plus « qu’abonnée au dogmatisme ».

Le Québec demeure une énigme.  « La collectivité québécoise n’est jamais là où l’on prétend la trouver ».   Notre « condition québécoise », faite autant d’emprunts que d’apports, échappe « à toute enveloppe conceptuelle univoque ».

« Si le Québec n’est pas une félicité, il n’est pas non plus une fatalité :  peut-être simplement une ténacité » conclut l’enquêteur Létourneau.  Il y a, tout de même, de quoi en être fière.

–          La condition québécoise.  Jocelyn Létourneau, Septentrion.

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