23Avr
Christian Vachon
Faits vécus

Elle osa briser des barrières

Elle entrouvrit une porte, elle frappa un mur de béton.

C’était un soir de gala, à l’occasion du 100anniversaire du Royal 22Régiment : « J’avais hâte qu’ils me voient et se rappellent la jeune femme qu’ils avaient harcelée, exclue, violentée, mais qui se présentait malgré tout, sans rancune, pour célébrer les 100 ans d’histoire de ce vaillant régiment (…). Des salauds qui ne se rendaient pas compte que leurs actions allaient me forcer à quitter l’armée, anéantissant mes rêves de devenir officier d’infanterie ». Dès son plus jeune âge, Sandra Perron songeait à devenir « commando aéroporté ». Son ambition ne va pas éveiller la sympathie mais l’hostilité nous conte-t-elle dans Seule au front : Un témoignage de la première officière de l’infanterie canadienne (une traduction de Out standing in the field) publié chez Québec-Amérique. Histoire d’une agonie.

« Il n’y a pas de femmes dans les unités de combat, et il n’y a en aura jamais », glousse de satisfaction dédaigneuse l’officier recruteur quand Sandra, fille de militaire, lui fait part, en décembre 1983, de son désir d’entrer dans l’armée et de devenir parachutiste. Elle trouve sa place, tout de même, comme officière à la logistique, un poste « convenable » pour les femmes.

Les hostilités débutent. Un officier décide « que le temps était venu pour (elle) de perdre (sa) virginité ».  « Je me sentais seule et coupable d’avoir laissé tout ça se produire ». À cet événement, déjà terrible, s’ajoute le harcèlement, la violence mentale. « Il faut vivre avec (…). On me conditionnait à accepter que tout était inoffensif et sans conséquence (…). Que je devais accepter les risques évidents de mon environnement ». Être une femme « dans un bataillon purement masculin », n’est-ce pas « une provocation suffisante » ?

Sandra n’abdique pas. Endosse. Officière de transport, surnommée « Mother Trucker », elle devient « follement heureuse » de sa job de militaire. « J’aimais tout du travail sur le terrain ». Lorsqu’à la fin de 1989, le Tribunal des droits de la personne lève toutes restrictions liées à l’emploi des femmes dans les unités de combat, sa patience est récompensée ; elle trouve enfin l’occasion de soumettre sa requête pour être mutée dans un régiment de fantassins.

La barrière se lève. Elle fait partie, en 1991, de la première classe d’infanterie à inclure des femmes. Elle réussit, l’une après l’autre, les phases, intenses, exigeantes, recevant, de temps en temps, des messages anonymes lui rappelant « que je n’étais pas la bienvenue : “Aye la sacoche, retourne chez toi, t’es pas faite pour jouer dans la cour des hommes” ».

Le mur s’effrite. À la phase III, lors d’une exercice, elle est faite « prisonnière », agressée, frappée au visage « pour la tester » : « On va te casser, Perron ». On mesure qu’elle est « vraiment tough, faut pas la niaiser ».

Le mur ne s’effondre pas pourtant. Elle le constate, douloureusement, à la phase IV ultime, à Gagetown, au Nouveau-Brunswick. Là, elle est réellement l’ennemie. Ses coéquipiers s’arrangent pour créer un environnement perpétuellement hostile. Elle encaisse des violences verbales : « plote, fente-à-seins ». Un « smiley » au fusain est dessiné, à l’improviste, dans le dos de sa veste avec, au-dessous, « fuck-me ».

Malgré cette attitude haineuse, elle termine tout de même sixième meilleure candidate. N’empêche, on l’affecte au 2ebataillon du R22eR, un bataillon « de parade » à la Citadelle de Québec. Toutes les occasions sont bonnes pour lui confier des tâches ingrates, futiles, du genre « aide de camp pour des généraux ». « Je me sens constamment menacée et rejetée »,confie-t-elle dans son journal « à un moment donné, je vais finir par leur botter le cul (…). J’ai tout fait pour m’intégrer, mais c’est rien qu’une gang de misogynes, désagréables et dégueulasses ».

Le calvaire se poursuit lors d’une mission de paix en Bosnie, en 1993. Elle sert de « bête de foire », la « première femme officier d’infanterie du Canada » centre d’attention des journalistes et reporters visitant le camp, un camp qui, dans son désarroi, elle ne peut pas quitter, et accomplir sa tâche de « soldat de la paix », pour « des raisons de sécurité ». Sa « célébrité » suscite la frustration de ses collègues officiers. Elle doit vivre dans une tente où ses colocataires masculins l’ignorent, la surnomment, entre eux, S.S. : « super snatch ». L’atmosphère devient tendue, nocive, pleine de ressentiment. On finit par l’installer ailleurs, avec les infirmières. « Le plus triste dans tout ça, quand j’y repense, c’est que je suis partie en pensant moi aussi que j’étais la cause des problèmes ». Ses consoeurs lui offrent tout de même l’occasion de recharger ses batteries.

C’est qu’elle s’entête, la « tête de pioche ». De retour au Canada, lasse des tâches insignifiantes, du genre « tapisserie pour dignitaires », elle demande à être enfin affectée (« J’ai la forme physique et la motivation. Je suis déjà parachutiste qualifiée ») au régiment aéroporté canadien. La réponse : un gros NON !

Elle rebondit pourtant, la G.I. Jane canadienne. Elle suit une formation sur les missiles antichars, commande enfin le peloton anti-blindé de son bataillon du 22eRégiment. Le mur se fendille un peu plus. « Pour la première fois depuis que j’étais entrée dans l’infanterie, je me sentais pas comme une intruse, indésirée ». Sous le couvert de l’humour, elle réussit à reconnaitre sa différence et à la faire accepter. Être un « parfait soldat », pour elle, c’est de cesser de soutenir être autre chose qu’une femme (« Je n’étais pas un homme, non plus qu’un éléphant ne peut prétendre être une girafe »). Elle retourne dans l’ex-Yougoslavie, en Croatie maintenant, en 1995, en mission pour six mois, « avec son peloton de 42 vétérans », des vétérans qui n’ont pas de problème à travailler pour une femme. « L’important pour eux (c’est) d’avoir un leader compétent ».

Sandra, cette fois, n’est pas confinée à la base, loin de là.  Elle éprouve un sentiment de bonheur, ce « sorte d’alignement parfait, comme quand on sait sans l’ombre d’un doute qu’on est exactement au bon endroit, en train de faire exactement ce pourquoi on est fait ».

« L’alignement parfait » n’est que passager. À son retour de mission ce qu’on lui propose c’est une forme de rétrogradation, un poste de commandante-adjointe, à l’instruction et non au combat, à Gagetown, là où, elle le sait, elle demeure « l’ennemie ». Le mur se dresse toujours. S’en est trop pour la « tête de pioche ».

« Pour la première fois, depuis mes quatorze ans, je ne voyais plus de nouveaux sommets à atteindre dans l’armée (…). J’avais tout donné(…).  Quelqu’un d’autres devrait maintenant prendre le flambeau ».Elle démissionne. « Je ne servirais jamais dans le régiment aéroporté ».

Sandra Perron, la « première officière de l’infanterie canadienne » ne peut se réfugier dans l’anonymat. Le 30 décembre 1996, des photos de son épreuve de « prisonnière » font la manchette des grands journaux du Canada. Malgré elle, elle est devenue « la tête d’affiche du harcèlement sexuel dans les forces canadiennes ». « Comment quelqu’un de sain d’esprit pouvait-il comprendre que d’être attachée à un arbre et battue était mille fois moins douloureux que d’être attachée à une tourelle ou de porter une veste pare-éclats barbouillée d’un graffiti ».

Sandra préfère laisser guérir ses cicatrices dans le silence. «J’ai quitté l’armée après quinze ans de service mais », avoue-t-elle, « l’armée ne m’a jamais quittée (…). Je ne suis jamais véritablement redevenue une civile ».

C’est pourquoi, donc, elle voulait être présente à cette soirée célébrant le centième anniversaire du 22eRégiment, en 2014, « dans l’espoir de se réconcilier avec les hommes qui m’avaient blessée, mais j’ai été déçue (…). C’est seulement après cette soirée que j’ai vraiment commencé à douter du fait que les forces canadiennes avaient suffisamment évolué durant les deux dernières décennies », des forces incapables de briser ce mur de la culture virile. Elle n’en sort pas triste, ni blessée, mais en colère.

Elle trouve le courage de partager ses secrets, de s’avouer honteuse de ne pas avoir dénoncé, plus tôt, ses mauvais traitements.

L’exercice s’avère douloureux. Elle est prise de panique, en 2017, lorsque que Seule au frontparait en anglais. Elle se retrouve à l’hôpital. Un psychologue lui diagnostique un stress post-traumatique. « J’avais tout refoulé pendant des années », confesse-t-elle au journaliste du Droit (entrevue repris par Le Soleil, le dimanche 11 mars 2018) « c’était le temps de tout sortir et de guérir ».

 

Sandra Perron a osé briser des barrières. Elle travaille maintenant à changer la culture militaire en donnant des conférences. « Je suis tête de cochon. Je n’ai pas encore abandonné cet arbre, même s’il fléchit sous mon poids ».

Ce livre représente un parfait témoignage (en plus de nous apprendre beaucoup sur ce qu’est un carrière d’officier au Canada, et le boulot en « mission de paix ») que non seulement les forces canadiennes doivent accueillir les femmes, et « solliciter les différences qu’elles apportent aux groupes », mais que cela est nécessaire pour le bien de tous.

Sandra Perron, Seule au front : Un témoignage de la première officière de l’infanterie canadienne, Québec Amérique.

– À consulter :
Sandra Perron, Seule au front : Un témoignage de la première officière de l’infanterie canadienne, Québec Amérique.

Fermer

Service aux
institutions

T 418 692-1175, poste 2 F 418 692-1021 Courriel

Commandes
internet

Courriel

Événements littéraires,
publicité, dons et commandites

Courriel

Vieux-Québec

  • 1100, rue Saint-Jean
  • Québec (QC) Canada
  • G1R 1S5
T 418 694-9748 F 418 694-0209 Courriel

Heures d'ouverture

De avril à octobre

9 h 30 à 22 h tous les jours

Temps des Fêtes (novembre / décembre)

9 h 30 à 21 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 22 h du jeudi au samedi

Hiver (janvier à mars)

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

Saint-Roch

  • 286, rue Saint-Joseph Est
  • Québec (QC) Canada
  • G1K 3A9
T 418 692-1175 F 418 692-1021 Courriel

Heures d'ouverture

Horaire régulier

9 h 30 à 18 h du samedi au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au vendredi

Temps des Fêtes (décembre)

9 h 30 à 18 h du dimanche au mardi
9 h 30 à 21 h du mercredi au samedi

Été (juin à août)

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

À propos

Fondée en 1972, la Librairie Pantoute, dont les deux succursales sont agréées, compte, au total, plus de 50000 titres en inventaire.  Elle est membre de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et du regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

En 2012, elle célébre ses 40 ans d’existence. En 2014, la Librairie et Le Studio P deviennent la propriété de leurs employés qui se sont regroupés sous forme d’une corporation et d’une coopérative. La Librairie compte une trentaine d’employés.

Services

  • Service aux institutions

La Librairie Pantoute offre un service personnalisé, courtois, efficace et rapide aux institutions publiques et privées.

Service de commandes

– Suivi rigoureux de vos commandes et de votre budget
– Commandes spéciales (Europe et États-Unis)
– Réservations automatiques de séries BD
– Commandes en ligne de livres papier et numériques
– Livraison rapide et gratuite dans la région de la Capitale Nationale (des frais sont à prévoir pour le reste du Québec)

Service de recherches

– Recherches bibliographiques avancées
– Suggestions d’ouvrages selon vos besoins
– Envois de livres en consignation

Visites en librairie

– Nous vous accueillons en librairie ou dans notre salle de montre de la succursale Saint-Joseph
– Conseils de nos libraires spécialisés
– Présentations sur des thèmes ou des genres précis chez nous ou chez vous!

Institutions Hors-Québec

– Rabais de 15 % sur la plupart des livres
– Livraison rapide
– Service bilingue

Pour information.

  • Service aux particuliers

– Service-conseil personnalisé
– Commandes de livres et commandes européennes
– Recherches bibliographiques avancées
– Compte de fidélité

  • Commandes Internet

– Commandes en ligne de livres papier et numériques sur pantoute.leslibraires.ca

  • Événements littéraires

La Librairie croit que son rôle de diffuseur culturel auprès de la population est important. C’est pourquoi elle organise régulièrement des événements littéraires tels que des lancements de livres, des séances de signature et des causeries.

Pour information.

Inscrivez-vous à notre infolettre

Menu Rechercher
MamboMambo