17Juil
Christian Vachon
Biographies

Un tourbillon nommé Paul Buissonneau

« Un tourbillon a traversé nos vies. Un tourbillon qui aura duré soixante ans, et qui charriait des merveilles comme on n’en avait jamais joui : une roulotte qui transportait des enfants dans des mondes insoupçonnés, des tours Eiffel qui tuent, des clowns cinglés en pyjama et le crâne rasé, un inoubliable Picolo et sa si belle Colombine (…). Nous sommes orphelins d’un tourbillon ».
– Michel Tremblay

Soyons immensément reconnaissants au Suisse et amant du Québec Jean-Fred Bourquin de nous offrir ce Paul Buissonneau en mouvement chez l’éditeur Boréal, un copieux hommage biographique à cet « éveilleur et passeur » pour une vaste majorité d’artistes et d’artisans du théâtre québécois contemporain, à ce personnage extraordinaire des émissions jeunesse de Radio-Canada apprécié, et depuis pleuré, par des milliers et des milliers d’auditeurs.

Jean-Fred Bourquin n’est pas seul à intervenir dans cette biographie hors de l’ordinaire. Il fait parler plus d’une trentaine de gens de l’entourage de Paul Buissonneau qui ont été emportés, bousculés (côtoyer Paul, c’est s’habituer à vivre « non seulement dans l’enthousiasme, mais aussi dans l’affrontement »), ou simplement intrigués par le « tourbillon » Buissonneau, de Gabriel Arcand à Michel Tremblay, de Valérie Blais à Robert Charlebois, en passant par Simon Durivage, Marcel Sabourin, Robert Lévesque, Wajdi Mouawad… Tous conservent en mémoire son immense générosité. Tous conservent aussi, en souvenir, son exigence et ses coups de gueule (Yvon Deschamps : « Hé qu’il nous faisait peur quand il se fâchait. Il nous traitait de tous les noms, et là il partait »). C’est que Paul Buissonneau avait trouvé une méthode infaillible pour heurter la scène québécoise quelque peu sclérosée et endormie du milieu du XXe siècle : l’insolence. « Il encourageait les Québécois à évoluer en les houspillant ».

Un autre témoin crucial participe à cette biographie : Paul Buissonneau lui-même, qui depuis ses dix-huit ans a laissé beaucoup d’écrits : des impressions de voyage, des journaux de bord, des souvenirs d’enfance…

Paul Buissonneau n’a pas eu une jeunesse facile, lui le « Parigot », l’enfant des rues, né dans le 13e arrondissement. Il va perdre très tôt son père, vétéran de la Grande Guerre souffrant d’amnésie. Sa mère meurt en 1941, alors qu’il atteint à peine l’âge adulte. « En grande partie, ma vie de gamin fut morose de la maternelle à l’école primaire. Deux étapes dont je me serais bien passé (…). Je me suis enfermé sur moi-même, me construisant un certain bonheur à découvrir, une solitude désirée (…). Le jeu devenait de plus en plus mon unique activité (…). J’inventais les histoires les plus folles (…), les personnages les plus extraordinaires ».

« Je faisais de l’art dramatique sans le savoir (…), sans savoir que ce serait bientôt mon métier dans cet immense pays ».

Ouvrier dans un atelier de carrosserie durant l’Occupation, Paul va monter avec quelques camarades des saynètes qu’ils vont présenter ici et là à des orphelins ou des enfants de riches familles. Il va se faire remarquer. Il va se faire recruter, au milieu des années quarante, par une troupe, Les Compagnons de la chanson, qui va vagabonder un peu partout dans le monde, tenant compagnie à une certaine Édith Piaf.

Le nomade Paul Buissonneau va venir une fois, deux fois, trois fois au Québec. Il va quitter la troupe et s’installer définitivement au Canada le 17 août 1950, par amour (il se marie avec la québécoise Françoise Charbonneau), mais aussi parce qu’il sait qu’il aura plus d’occasions de faire valoir ses talents et sa créativité dans ce Nouveau Monde. Il n’éprouve d’ailleurs guère d’attachement pour sa terre natale : « J’ai toujours contre la France un certain ressentiment. J’ai vu mon père en baver, ma mère se tuer au boulot. Dans l’cul, la France! ».

La gloire n’est pas tout de suite au rendez-vous. L’ancien « compagnon de la chanson » doit se contenter de vendre des disques au magasin Archambault avant de faire connaissance avec Claude Robillard, directeur adjoint aux travaux publics de la Ville de Montréal, qui va l’encourager en 1953 à se lancer dans l’aventure de la Roulotte, une « Roulotte » appuyée financièrement par la Ville, qui va amener le théâtre aux enfants dans les parcs montréalais. L’aventure va durer près de trente ans. Elle va permettre à Paul d’influencer toute une nouvelle génération de gens de la scène au Québec : Marcel Sabourin, Guy Sanche, Jean-Louis Millette,…

L’œuvre « révolutionnaire » du « maudit français » ne fait que débuter. Paul Buissonneau innove à la télévision toute naissante au Québec avec son personnage de Picolo (« costume d’Arlequin, chapeau melon à la Charlot ») qui s’installe à l’antenne dès l’été 1954 : « de la commedia dell’arte adaptée aux plus jeunes ». Picolo ne frappe pas l’imaginaire que des plus jeunes. Avec ce personnage « qui n’a pas la langue dans sa poche », il devient une personnalité publique « que les responsables d’émissions de télévision invitent volontiers pour faire le spectacle ».

Paul Buissonneau révolutionne aussi la scénographie, le spectacle au Québec, avec son Théâtre de Quat’Sous (un théâtre fondé sur l’inventivité : « la contrainte stimule l’imagination », sur l’importance du mouvement, de l’expression du corps), et sa troupe qu’il crée en 1956, puis cette salle qu’il va acheter en 1962 pour 20 000 dollars à la suggestion de son ami Yvon Deschamps. Un homme providentiel va financer l’entreprise : Sam Abramovitch (Paul Buissonneau : « Je tiens à le dire et le répéter : ce sont les Juifs qui ont le plus aidé à créer le Théâtre de Quat’Sous »). Ce Théâtre de Quat’Sous sera le cœur d’une autre révolution à la fin des années soixante : L’Osstidcho (Robert Charlebois : « Sans Paul Buissonneau, L’Osstidcho n’aurait jamais été créé, on peut le clamer haut et fort »).

La fougue « révolutionnaire » de Paul Buissonneau ne se cantonne qu’à la scène. « Sur le plan politique Paul a été un nuage ». Il se tient à distance des débats publics durant la Révolution tranquille. « Au Québec, il savait qu’il était considéré comme un étranger. En France, il n’existait plus vraiment ».

Il va vivre bien des hauts… et des bas avec son Quat’Sous. Des conflits personnels agitent la maison. C’est que Paul « il faut se le coltiner », toujours exigeant et toujours à la recherche de résultats immédiats. « Paul craignait avant tout de mal faire et d’être jugé ».

Paul peaufine sa caricature de « maudit français ». Louise Forestier, sa seconde femme (il en a eu quatre) dans sa vie, le confirme : « il faisait exprès, il parlait plus franchouillard que les Français, il était continuellement provocant ». Il n’avait, en fait, rien d’un « maudit français ». Il ne se gênait pas d’affirmer : « Il y a une catégorie de Français que je n’ai jamais aimée : celle qui se sent supérieure, qui veut donner des leçons ». Marcel Sabourin dira d’ailleurs qu’il « n’a pas pris ses racines dans le théâtre français, il les a prises dans les parcs de Montréal où les ti-culs jouaient au baseball ». Le « gavroche proche du peuple » en payera le prix, perçu et méprisé comme un « saltimbanque » par une certaine « élite » théâtrale au Québec dans les années 60 et 70.

L’échec coûteux d’une tournée à Paris à la fin des années 70 et des programmations « défaillantes » au début des années 80 vont pousser Paul Buissonneau à abandonner la direction du Théâtre de Quat’Sous en novembre 1983. Il va tout de même demeurer présent dans l’animation.

La maladie va progressivement l’isoler. Les propositions de mise en scène vont se raréfier. Le public se fait rare. La maladie fait fuir. « Paul mesure combien le dernier acte était difficile à mettre en scène ». Il meurt à Montréal le 29 novembre 2014.

Ses fils et ses filles spirituels sont innombrables : Denis Marleau, Yves Desgagnés, Pascale Montpetit, Lothaire Bluteau (« M. Buissonneau a largement contribué à faire venir Robert Lepage à Montréal »), et d’autres, et d’autres témoignent de son legs.

Et quel jugement portait-il sur lui-même, ce grand disparu, cet être impétueux à la fragilité bien enfouie? « Des forces détruisent nos sociétés, nos cultures, nos solidarités (…). J’ai lutté à ma façon en tentant d’émerveiller les enfants et les adultes, de les toucher avec des textes, des personnages, de la musique, des décors. De la lumière aussi. C’est important la lumière. Sans elle, pas de spectacle ».

Il ne pouvait qu’acquiescer à ce propos de Peter Brook : « le défi est d’aider le public à voir et à entendre avec les yeux et les oreilles d’aujourd’hui ». Paul : « C’est magnifique ce qu’écrit Brook. C’est d’une justesse absolue ».

Il va même se permettre d’ajouter : « Ce qui compte le plus, c’est avoir un bon texte, de l’imagination, de l’intuition, et de savoir ce qu’on veut exprimer (…). J’ai grandement apprécié ici (au Québec) cette liberté que vous m’avez accordée dès le départ. Elle est la clé de notre survie et de la création ».

Grâce à cette liberté, et avec « quat’sous » à peine, le tourbillon Paul Buissonneau a pu renverser l’imaginaire des Québécois.

À consulter :

— Jean-Fred Bourquin, Paul Buissonneau en mouvement, Boréal.

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