15Nov
Christian Vachon
Histoire

Une ethnohistoire qui donne la parole à l’Autre

La Grande Tortue a apporté l’argile à la Mère universelle pour construire notre monde; les Iroquoiens sacrifient leurs captifs pour nourrir le Soleil et énergiser la marche de l’univers. En bon ethnohistorien, Roland Viau laisse la parole à l’Autre pour décrire sa genèse et sa culture, laisse la parole à l’Autre pour raconter la rencontre entre l’Européen et l’Amérindien dans Amerindia : Essais d’ethnohistoire autochtone, un recueil d’une dizaine d’essais de l’anthropologue de formation, un plaidoyer pour l’ethnohistoire, symbiose des disciplines de la mémoire, « seule en mesure de donner une perspective globale de notre monde et son histoire ».

« L’ethnohistorien se fait anthropologue, l’ethnohistorien se fait historien, l’ethnohistorien se fait sociologue et ainsi de suite… ». De l’anthropologie, de l’histoire, de la sociologie, de l’archéologie… il y a un peu de tout cela dans les différents travaux présentés par le chercheur, enseignant de l’Université de Montréal, inaugurant ce bouquin par un « mode d’emploi » de l’ethnohistoire, ou « comment faire l’Histoire des Autres ». Les disciplines de la mémoire ne peuvent plus laisser la part belle aux textes. « Tous les documents historiques sans exception véhiculent des messages tronqués sur des comportements culturels et économiques des sociétés disparues ». Notre vision de l’histoire telle qu’on l’a racontée est une vision imparfaite.

Aucun doute pour Viau, l’ethnohistoire, souligne-t-il, est « le croisement réussi du travail d’archives, de l’analyse des objets matériels et de l’enquête de terrain, de nature ethnographique ». « L’ethnohistoire est le chantier d’avenir ».

Dans son texte « Divines origines : Brève histoire des premiers temps », Viau réfute cette notion que l’histoire des Autres, avant l’invention de l’écriture, « ne pouvait être qu’une non-histoire », racontant la naissance de l’Humanité « bien avant l’arrivée des Agnonha (« Gens du Fer ») sur des maisons flottantes », selon la tradition orale iroquoienne.

Roland Viau nous gâte d’autres de ses belles trouvailles d’ethnohistorien, de chercheur réconciliant les techniques de l’histoire et de l’ethnologie. Dans « Hochelaga. Quand Montréal avait un nom indien », il fait le bilan des débats sur la localisation de l’établissement visité par Jacques Cartier sur l’île de Montréal en 1531, la signification de son nom, et le mystère de sa fin brutale. Les matériaux et les techniques de l’ethnohistoire permettent de situer le site probable du bourg indigène au nord-ouest du courant Sainte-Marie.

Dans « La terre veuve. Où est passée la Laurentie iroquoienne? », l’auteur primé d’Enfants du néant et mangeurs d’âmes parle d’une rencontre qui ne se passe pas très bien, celle des Français et des Iroquoiens entre 1534 et 1542 dans la vallée du Saint-Laurent, une rencontre qui se transforme, sans doute, en une invasion silencieuse – massive – d’agents infectieux. « La piste épidémiologique doit être prise en considération », précise l’ethnohistorien « pour expliquer la disparition des peuples iroquoiens rencontrés par Cartier sur les rives du Saint-Laurent ».

Dans « Les frères d’Agreskwe. Guerre et paix en Iroquoisie », Viau détaille le processus culturel de la guerre chez les Iroquoiens, « une violence institutionnalisée, codifiée, voire ritualisée », qui s’inscrit toutefois en continuité avec la paix, ou dans un seul et même processus social. Le mythe traditionnel de la guerre et de la paix mène tout de même à deux comportements culturels antithétiques dans l’Iroquoisie, précise Viau dans  « Philosophie d’un mythe. Tadodaho et la Société des Guerriers ». La figure imaginaire de Tadodaho est à la base d’une organisation sociopolitique à double autorité, civile et militaire, chacune dotée d’une suprême compétence. Cet enseignement n’est plus considéré comme une vérité immuable par la Kahnawake Warrior Society, ce mouvement radical autochtone né dans les années 1970. Convaincu que la reconnaissance de la spécificité et de la souveraineté iroquoises passe par la lutte armée, la Société des Guerriers mohawks veut réinterpréter la tradition et combiner les suprématies : leaders guerriers et décideurs civils. Le regard de l’ethnohistorien donne une toute autre signification aux enjeux actuels de la communauté mohawk.

L’ethnohistorien intervient aussi dans un autre débat contemporain dans « Montréal 1701-2001. Commémorer une paix pour en acheter une autre ». En fouillant dans les archives, en écoutant la tradition orale iroquoise, en relisant l’historiographie sur le sujet, Viau conclut que « tout bien considéré, l’épithète « Grande Paix de Montréal » est sujette à caution », le traité paraphé par les nations iroquoises n’avait pas au moment de sa ratification l’ampleur qu’on veut bien lui accorder aujourd’hui. Il ne faut pas hésiter à parler de récupération politique. On a commémoré fastueusement le tricentenaire d’une paix en 2001 pour mieux en acheter une autre par la suite : la fameuse « Paix des braves » avec la nation crie l’année suivante.

Viau dresse un bilan fort négatif dans « Une société de la forêt. L’Algonquinie avant la tutelle », celui de la rencontre entre les Anishnabe (« les êtres humains ») et les Français qui vont les nommer les Algonquins (« nos alliés »). Composant un portrait de leur mode de vie avant l’arrivée des Mistigoche (« bateaux de bois »), l’ethnohistorien met l’emphase sur les changements draconiens occasionnés par les Européens dans les modèles culturels initiaux des Algonquins : sédentarisation définitive, ghettoïsation des bandes, introduction de l’alcool, prolifération des suicides,… qualifiant le tout de « trauma collectif », de « calamités en vrac ». Cette acculturation n’atteint tout de même pas sa phase ultime : l’ethnocide abouti ou l’assimilation.

Devant un pareil bilan, difficile de vanter la mission civilisatrice de l’Occident, un Occident que ne manque pas d’écorner Roland Viau dans son dernier long texte, « Tous sauvages. Dérives et misères de la civilisation ». « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », constatait Montaigne. L’ethnohistorien conserve toujours cette maxime à son esprit pour éviter les regards subjectifs sur le passé.

« L’histoire est devenue un savoir beaucoup trop important pour être laissée dans les seules mains des historiens », lance l’intrépide ethnohistorien pour s’encourager avant de se porter à l’assaut de son fief. « Si l’anthropologie a quelque chose à apprendre aux historiens, c’est bien le moyen de réconcilier la notion de progrès et de relativisme culturel ». En s’ouvrant à la diversité, l’ethnohistorien apprend à manier avec prudence le terme de progrès. À quelle aune peut-on prétendre juger de la réussite d’une société? Le chercheur doit toujours préserver son humanité. Le chercheur doit toujours exercer son devoir d’humilité.

À consulter :

— Roland Viau (préface de Gilles Bibeau), Amerindia. Essais d’ethnohistoire autochtone, Les Presses de l’Université de Montréal.

Fermer

Service aux
institutions

T 418 692-1175, poste 2 F 418 692-1021 Courriel

Commandes
internet

Courriel

Événements littéraires,
publicité, dons et commandites

Courriel

Vieux-Québec

  • 1100, rue Saint-Jean
  • Québec (QC) Canada
  • G1R 1S5
T 418 694-9748 F 418 694-0209 Courriel

Heures d'ouverture

De avril à octobre

9 h 30 à 22 h tous les jours

Temps des Fêtes (novembre / décembre)

9 h 30 à 21 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 22 h du jeudi au samedi

Hiver (janvier à mars)

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

Saint-Roch

  • 286, rue Saint-Joseph Est
  • Québec (QC) Canada
  • G1K 3A9
T 418 692-1175 F 418 692-1021 Courriel

Heures d'ouverture

Horaire régulier

9 h 30 à 18 h du samedi au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au vendredi

Temps des Fêtes (décembre)

9 h 30 à 18 h du dimanche au mardi
9 h 30 à 21 h du mercredi au samedi

Été (juin à août)

9 h 30 à 19 h du dimanche au mercredi
9 h 30 à 21 h du jeudi au samedi

À propos

Fondée en 1972, la Librairie Pantoute, dont les deux succursales sont agréées, compte, au total, plus de 50000 titres en inventaire.  Elle est membre de l’Association des librairies du Québec (ALQ) et du regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).

En 2012, elle célébre ses 40 ans d’existence. En 2014, la Librairie et Le Studio P deviennent la propriété de leurs employés qui se sont regroupés sous forme d’une corporation et d’une coopérative. La Librairie compte une trentaine d’employés.

Services

  • Service aux institutions

La Librairie Pantoute offre un service personnalisé, courtois, efficace et rapide aux institutions publiques et privées.

Service de commandes

– Suivi rigoureux de vos commandes et de votre budget
– Commandes spéciales (Europe et États-Unis)
– Réservations automatiques de séries BD
– Commandes en ligne de livres papier et numériques
– Livraison rapide et gratuite dans la région de la Capitale Nationale (des frais sont à prévoir pour le reste du Québec)

Service de recherches

– Recherches bibliographiques avancées
– Suggestions d’ouvrages selon vos besoins
– Envois de livres en consignation

Visites en librairie

– Nous vous accueillons en librairie ou dans notre salle de montre de la succursale Saint-Joseph
– Conseils de nos libraires spécialisés
– Présentations sur des thèmes ou des genres précis chez nous ou chez vous!

Institutions Hors-Québec

– Rabais de 15 % sur la plupart des livres
– Livraison rapide
– Service bilingue

Pour information.

  • Service aux particuliers

– Service-conseil personnalisé
– Commandes de livres et commandes européennes
– Recherches bibliographiques avancées
– Compte de fidélité

  • Commandes Internet

– Commandes en ligne de livres papier et numériques sur pantoute.leslibraires.ca

  • Événements littéraires

La Librairie croit que son rôle de diffuseur culturel auprès de la population est important. C’est pourquoi elle organise régulièrement des événements littéraires tels que des lancements de livres, des séances de signature et des causeries.

Pour information.

Inscrivez-vous à notre infolettre

Menu Rechercher
MamboMambo