Ils stupéfièrent notre monde, il y a 100 et 50 ans

Christian Vachon - 15 janvier 2024

« Libérez-vous du carcan de la raison ! »

« Nourrissez votre inventivité de votre inconscient ! »

« Émerveillez le monde ! »

En 1924, un fils de gendarme du nom d’André Breton, poète insoumis et fou d’expérimentation, invite les créateurs au défoulement, au surpassement. Cet appel est passé dans ce qui était, au départ, une préface à un livre, mais qui mènera sa vie propre sous le titre de Manifestes du surréalisme. Cent ans plus tard, son appel épate toujours autant.

« C’est assez ! Qu’on s’en débarrasse ! Que l’Occident s’en encombre ! »

Le 12 février 1974, il y aura maintenant cinquante ans, quelques semaines après la publication de son Archipel du Goulag à Paris au mois de décembre 1973, les autorités soviétiques déchurent de sa nationalité Alexandre Soljenitsyne pour haute trahison et le forcent à l’exil. L’auteur d’une vibrante réflexion romanesque sur l’endurance morale (Une journée d’Ivan Denissovitch, rééditée chez Fayard en 2023) est sorti clandestinement de l’URSS et la défie par sa peinture, montrant toute la cruauté de son univers concentrationnaire. La nouvelle édition d’Archipel du Goulag : cinquante ans après, 1973-2023, publiée chez Fayard l’an dernier, nous rappelle l’impact de cette fresque littéraire et artistique. L’URSS n’eut pas tout à fait tort de faire de Soljenitsyne son ennemi, cet auteur à la plume dure. De Suisse, puis du Vermont, l’écrivain banni et rebelle se montra tout aussi intraitable, par ses propos, pour cet Ouest où il est réfugié.

Tenace et combatif, il l’était tout autant Mohamed Ali. Il le démontra bien le 30 octobre de cette même année 1974, en épuisant puis en mettant K-O son adversaire George Foreman lors de ce Rumble in the Jungle, tenu à Kinshasa dans ce qui était alors le Zaïre; un combat qui transcenda son sport, avec ce héros noir américain retrouvant ses racines africaines, la foule scandant Ali bomaye ! Ali bomaye ! (Ali, tue le !). Le brillant documentaire de 1996, When We Were Kings, mit excellemment ce moment historique en valeur. C’était un combat si important que le dictateur Mobutu a fait de sa capitale le centre du monde pour un bref moment. Un luxueux album, The Fight : George Foreman-Muhammad Ali, publié chez Taschen en 2022, restitue aussi les péripéties franchement rocambolesques de ce mythique duel qui enchanta l’univers; une occasion, enfin, de constater que Mohamed Ali, connu autrefois sous le nom de Cassius Clay, su user autant de sa Big Mouth que de son Big Punch pour amplifier sa légende.

Demeurons sur le continent africain, mais quittons le Zaïre (cet actuel Congo), et rendons-nous dans le nord-est de l’Éthiopie, au pied d’une colline nommée Alfolfili. Dans une tente, à cet endroit-là, le soir du 24 novembre 1974, un groupe d’une vingtaine de chercheurs, dont Maurice Taleb, Claude Guillemot et Yves Coppens, répertoriaient la cinquantaine d’ossements d’un spécimen fossile, une femelle australopithèque (qui portera le nom de catalogue AL 288-1) qu’ils venaient de découvrir. La chanson des Beatles Lucy in the Sky With Diamonds les berçaient pendant qu’ils travaillaient. Ils décidèrent alors de baptiser cette femme nouvellement découverte Lucy. Elle deviendra une vedette internationale, révolutionnant par son âge – plus de 3.18 millions d’années – et son état de conservation, notre perception des origines humaines, confirmant que la bipédie a largement précédé le processus d’accroissement du volume endocrânien. Dans Il était une fois Lucy, un album copieusement illustré s’adressant aux jeunes lecteurs, publié tout récemment chez Odile Jacob, Maurice Taleb et Doris Barboni racontent l’histoire de cette lointaine ancêtre, probablement morte autour de vingt ans d’une chute mortelle. Soulignons finalement qu’en 1999, la trouvaille du squelette d’un enfant de trois ans, surnommé le « bébé de Lucy », fut tout aussi riche en enseignements sur l’évolution de l’Homme.

– Christian Vachon (Pantoute), 14 janvier 2024

Histoire

Manifestes du surréalisme

André Breton - Gallimard

«Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l'on peut ainsi dire. C'est à sa conquête que je vais, certain de n'y pas parvenir mais trop insoucieux de ma mort pour ne pas supputer un peu les joies d'une telle possession.»

Des projets et des promesses du premier Manifeste du surréalisme (1924) aux prises de position, politiques et polémiques, affirmées dans le Second Manifeste du surréalisme (1930), se dessine ici une théorie de l'expérience esthétique qui a bouleversé tous les domaines de la création au XXe siècle.

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