Histoire

Qui commémorer, dans le monde, en 2021 — Ils étaient engagés et outranciers

Les fables de La Fontaine

Christian Vachon - 28 janvier 2021

Qui commémorer, dans le monde, en 2021 ?   Eh bien, il y a du costaud, de l’étincelant à célébrer dans l’univers des lettres : le deux centième anniversaire de naissance de Baudelaire (né un 9 avril 1821) et de Flaubert (né, lui, le 12 décembre de cette même année), remueurs d’âme et de société.  Ils méprisaient tellement, avec style (mordante Éducation sentimentale), les convenances dans leurs écrits que l’un et l’autre ont dû faire face à des accusations d’outrage aux moeurs (ce que nous rappelle ce 1857,  la littérature en procès : Gustave Flaubert, Charles Baudelaire et Eugène Sue face à la censure d’Emmanuel Pierrat, paru, à la fin de l’an dernier, chez Hermann).   Antoine Compagnon, dans un Baudelaire l’irréductible, édité chez Flammarion, dans sa collection « Champs », examine les contradictions de l’auteur du Spleen de Paris qui, tout en étant réfractaire au monde moderne, y trouve tout de même délectation, tandis que Gertrude Tennant, dans Mes souvenirs sur Hugo et Flaubert (aux éditions de Fallois) dépeint un jeune Gustave indompté et « rongé par l’ennui), alors que La Terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie, publié, cet hiver 2021 également, chez l’éditeur Le Passeur, nous fait partager la correspondance du créateur de Madame Bovary avec cet autre amoureux des belles lettres :  Guy de Maupassant.

 

Il est débordant d’ironie ce La recherche du temps perdu de Marcel Proust (dont nous fêtons, le 10 juillet de cette année, le cent cinquantième anniversaire de naissance), Everest littéraire (au sommet de cette rude montagne à escalader, j’en ai vécu récemment l’expérience, on atteint l’extase), aux phrases, denses et parfaites, rendant jaloux.   L’œuvre, d’une richesse inépuisable, est pourvoyeuse de gloses.  Citons, tout récemment, un Proust et Cobourg, de Jean-Paul Henriet, chez Gallimard, où il dévoile des éléments et documents sur la vie de l’écrivain dans cette ville balnéaire inspiratrice de la Balbec de ses récits ;  un Marcel Proust : mélanges, au Seuil, regroupant des textes de Roland Barthes, et la réédition, cet hiver, en Pocket, de deux portes d’entrée, par Bernard de Fallois, à l’univers proustien :  Sept conférences sur Marcel Proust et Introduction à La recherche du temps perdu.

Un autre génie des lettres, Paul Valéry, naît la même que Proust, un 30 octobre 1871, il y a cent cinquante ans.  Régis Debray, dans Un été avec Paul Valéry, publié aux éditions des Équateurs, nous encourageait, en 2019, à redécouvrir ce poète sensuel, trop négligé aujourd’hui, amateur de la peinture, des femmes, et de la musique.

Elles demeurent éternellement populaires les fables écrites par ce génial Jean de La Fontaine, né, il y a quatre cents ans, un 8 juillet 1621, à Château-Thierry.  De fabuleux artistes ont illustré les récits du divin moraliste, dont, tout dernièrement, Quentin Blake (Les fables de La Fontaine, chez Les Arènes, avec CD) et Joann Sfar (Les fables de La Fontaine, chez Michel Lafon).   L’éditeur Hazan nous offre aussi, depuis l’an dernier, en 2020, l’occasion d’embrasser, une nouvelle fois, dans un bel album relié, la vision de ces Fables, à l’aide de gouaches et gravures, du peintre Marc Chagall.

Cent cinquante ans plus tard, le 15 août 1771, nait, à Édimbourg, Walter Scott, un pionnier de l’écriture romanesque qui, dans les années 1820, va lancer, avec un succès extraordinaire, la vogue des grands récits historiques (un Ivanhoé, en bandes dessinées, de Stefano Enna et Stefano Garau, est disponible, depuis 2019, chez Glénat), et inscrire, à jamais, dans l’imagerie populaire, cette vision pittoresque (avec ses kilts et ses tartans) et romantique de l’Écosse.  Robert Laffont, dans sa collection « Bouquins », a réédité, en 2018, son recueil regroupant les trois grands classiques « écossais » du romancier :  Waverley, Rob-Roy et La fiancée de Lammermoor.

Commémorons aussi, en 2021, les cents ans de la naissance (ils sont venus au monde la même année) d’un « couple célèbre », réputés artistes engagés :  Simone Signoret (née Simone Kaminker, le 25 mars 1921) et Yves Montand (né Ivo Livi, le 13 octobre 1921). Leur vie militante et enfiévrée est d’ailleurs narrée dans ce Simone Signoret, Yves Montand : une passion engagée de Nathalie Grzeslak, paru, en 2001, chez Acropole.  La comédienne, décédée en 1985, s’est elle-même livrée aux confidences, en 1975,  dans ce grand succès de librairie des éditions du Seuil La nostalgie n’est plus ce qu’elle était (une biographie Simone Signoret, d’Huguette Bouchardeau, est disponible également, depuis 2005, chez Flammarion), tandis que l’acteur et chanteur (mort en 1991) évoque sa vie dans Montant par Montand : confidences et entretiens, paru au Nouveau Monde éditions, en 2016.

Yves Montand & Simone Signoret

L’Auvergnat Georges Brassens, autre chanteur engagé, aux ballades quelque peu plus irrévérencieuses, naît, cette même année 1921, un 22 octobre, à Sète, il y a cent ans.  Un Dictionnaire Georges Brassens : de Abélard à Zanzibar, de Renaud Nattiez, publié, l’an dernier, chez Honoré Champion, nous introduit à l’univers foisonnant de ses chansons, alors que Loïc Richard, dans son Sous la moustache, le rire : l’humour de Georges Brassens, édité au Cherche Midi, nous dévoile, avec gaieté et dérision, la pas si mauvaise réputation de l’artiste, mort en 1981.

Il avait la moustache aussi célèbre que Brassens, Charles Bronson, né Charles Dennis Buchinsky, en cette même année 1921, il y a cent ans, un 22 octobre, en Pennsylvanie.  Le mineur, devenu acteur –il a atteint des sommets de popularité, dans les années 70, avec ses rôles « virils » (Death Wish et autres)- meurt, le 30 août 2003, à Los Angeles.  Un admirateur français, Arnaud Sagnard, romance sa vie dans un récit Bronson, paru, chez Stock, en 2016.

En 1971, il y a cinquante ans, un autre comédien à la tronche si distinctive (c’est en nous faisant rire, et non frémir, qu’il gagne notre affection :  incomparable Don Camillo, « le plus grand prêtre connu de la Chrétienté après le pape ») décède, un 26 février, à Paris :  Fernandel, né Fernand Contandin, à Marseille, le 8 mai 1903.    Jeunes, et moins jeunes, peuvent encore l’entendre narrer, avec son riche accent provençal, La chèvre de monsieur Seguin, et autres Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet,  dans ce livre-audio de la collection « Écoutez lire », réédité en 2008, de Gallimard.

Une autre voix, au timbre si caractéristique, s’éteint à tout jamais, cette même année 1971, un 6 juillet, à New York, celle de Louis « Satchmo » Armstrong.  La jeunesse et les débuts de cette figure mythique, premier ambassadeur du jazz, né un 4 août 1901, à la Nouvelle-Orléans, nous sont narrés dans Little Louis, de Claire Julliard, réédité, l’an dernier, chez l’éditeur marseillais Le mot et le reste.

La même année, il y a cinquante ans, un chanteur et compositeur devenu aussi légendaire,  mais à la carrière quelque peu plus brève (un des premiers membres du club des « 27 ») décède lui-aussi, à Paris, le 3 juillet :  Jim Morrison (né James Douglas Morrison, le 8 décembre 1943, en Floride).  Passionné de philosophie et de psychanalyse, le leader provocant des Doors nous a ouvert « les portes de la perception »  (tel que le narre Jean-Yves Reuzeau dans sa biographie Jim Morrison, parue, en 2012, au Castor Astral) grâce à sa poésie (Wilderness et La nuit américaine, rééditées, chez Bourgois, en 2017), sa musique mystérieuse, et ses chansons.

https://snappygoat.com/b/cee9803b4eb24cab8214d2ad459824ed8b952068Un peu plus tôt, la même année, à Paris, meurt le 10 janvier, il y a cinquante ans, une personnalité à peine moins excessive, et controversée, que Jim Morrison :  la créatrice de mode, «symbole de l’élégance française », Coco Chanel (née Gabrielle Chasnel, le 19 août 1883, à Saumur).  Un album, édité chez Paris-Musées, de l’exposition Gabrielle Chanel, manifeste de mode, tenue, en 2020, au Palais Galliera-Musée de la mode de la Ville de Paris, nous permet d’appréhender la contribution émancipatrice, à la haute couture, de la dessinatrice (elle a « libéré » le corps de la femme, dans les années 1920, par sa « petite robe noire »), mais un Coco Chanel, d’Isée Saint John Knowles, qui doit paraître cet hiver 2021, va nous rappeler certaines mauvaises fréquentations de la modiste (elle a, entre autres, joué à l’espionne pour les services secrets allemands) lors des années d’occupation de la France.

 

 

Edgar Morin, l’indiscipliné, un titre bien choisi, par Emmanuel Lemieux, pour ce portrait, réédité l’an dernier, en format poche, chez Points, du sociologue qui va fêter, nous l’espérons bien, ses cent ans, le 8 juillet 2021.  L’âge ne ralentit pas cet esprit libre qui va publier, prochainement, un Culture et barbarie européenne et un recueil d’entretiens Frères d’âme, avec le journaliste Denis Lafay et l’écologiste Pierre Rabhi, aux éditions de l’Aube.

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Les fables de La Fontaine

Jean de la Fontaine, Joann Sfar - Michel Lafon

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