Un voyage littéraire en Islande

Benoît Vanbeselaere - 5 mai 2022

C’est au détour des tablettes de la librairie Pantoute que je suis tombé sur la lecture qui allait m’accompagner durant mes vacances. Le titre, évocateur, a résonné en moi, comme une évidence. Ton absence n’est que ténèbres, le plus récent roman de Jon Kalman Stefansson s’est donc glissé dans mon sac et m’a tenu compagnie dans les bus, les avions et les soirées calmes. Je ne suis pas familier de l’œuvre de cet auteur islandais, je l’avoue sans honte, de même qu’il n’est guère dans mes habitudes d’écrire, au sujet de mes lectures, des articles de blogue – généralement, je publie les billets des autres.

Après une cinquantaine de pages absorbées dans le bus Orléans Express vers Montréal, je savais que j’allais adorer ce livre, passé la centième, je me suis dit que le monde devait savoir à quel point ce roman est un bijou. On y suit les pérégrinations d’un narrateur anonyme, amnésique en quête de ses souvenirs, qui se réveille dans une petite église perdue dans un fjord islandais, un microcosme où tout le monde connaît tout le monde, où les histoires des ancêtres côtoient celles des vivant·e·s.

Au fil de ses rencontres avec les locaux, notre protagoniste va nous faire découvrir le passé de ces Islandais·e·s. En rafales, les histoires s’enchaînent, s’emboîtent, s’entrecroisent; on se perd dans ces univers, les prénoms typiques ne nous aident pas à replacer qui est qui, mais est-ce vraiment important? L’important dans ces rencontres littéraires, ce n’est pas l’identité de celui ou celle qui les vit, ni de celui qui les relate, mais bien le sublime, le tragique, l’étonnant qui les habitent. Je suis un adepte de La trajectoire des confettis de Marie-Ève Thuot, publié chez Les herbes rouges ; j’ai retrouvé dans Ton absence n’est que ténèbres ces voyages dans différentes temporalités, ces liens plus ou moins forts entre les personnages pleins d’imperfections, cette narration captivante.

 

white house near body of water

 

Si les passés des personnages apparaissent comme autant de fils conducteurs, le véritable guide est, d’après moi, l’art. D’abord la littérature : la plume de Stefansson est saisissante, teintée de fantastique, elle nous capture, s’immisce dans notre âme et nous prend par la main pour nous emmener vers un champ d’allégresse ou au bord des larmes. Souvent, je corne la page des livres que je lis pour laisser un repère sur un passage qui m’a marqué ou sur une phrase exquise ; j’aurais ainsi pu malmener la moitié des pages de Ton absence n’est que ténèbres tant ce roman est imprégné de Beau.

On peut également ajouter la grande intertextualité présente dans le récit, avec des références scandinaves qui suscitent la curiosité, les citations d’œuvres marquantes de la philosophie ; mais l’autre support sur lequel l’œuvre se déploie est la musique. De part en part, le roman se fonde sur des chansons marquantes pour ses personnages, sur des paroles qui font écho à leur vécu, des Gymnopédies de Satie à Kanye West en passant, à plusieurs reprises, par les Beatles – ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai déjà prévu de compiler les titres cités pour me laisser habiter, encore un peu, par le fjord.

 

— Même en plein soleil, nous habitons en nous des vallées de ténèbres.

Littérature étrangère

Ton absence n'est que ténèbres

Jon Kalman Stefansson | trad. par Éric Boury - Grasset

Un homme amnésique se retrouve dans un village des fjords sans savoir pourquoi ni comment il est arrivé là. Tout le monde semble le connaître mais lui n'a aucun souvenir ni de Soley, la propriétaire de l'hôtel, ni de sa sœur Runa ou d'Aldis, leur regrettée mère. Petit à petit, se déploient différents récits le plongeant dans l'histoire de cette famille du milieu du XIXe siècle jusqu'en 2020.

Acheter

Commentaires

Retrouvez toutes nos références

Notre catalogue complet