Ce ciboulot si génial, si vulnérable

Christian Vachon - 10 novembre 2025

Quelle salutaire synthèse des dernières avancées de la neuroscience au mode d’entretien de l’engin cérébral que ce Matière grise : Entre vieillissement cognitif et stratégie de résilience de Michela Matteaoli, chez l’éditeur scientifique québécois Multimondes ! La vulgarisatrice italienne nous explique tout du fonctionnement de notre cerveau, cet organe sans pareil ne se reposant jamais. Elle nous guide au milieu de ses deux cent milliards de neurones, aussi nombreuses que les étoiles de la Voie lactée; des échanges incessants d’information entre l’hippocampe, base de la mémoire, et l’amygdale, centre des émotions; de ses synapses servant de feux de circulation, rouge et vert; de ses astrocytes, des cellules passives, assistantes des neurones, des gardiennes et éboueuses indispensables pour garder notre ciboulot propre et sain. « Quand le cerveau subit un traumatisme ou une lésion, ces cellules s’activent, changent de forme, rétractent leurs ramifications, commencent à se déplacer, à voyager pour réparer les dégâts. »

Ainsi, notre matière grise a ce merveilleux pouvoir de plasticité, se réparant elle-même. Et peu importe la disparition de quelques neurones, balayées par ces cellules microgliales, c’est la qualité qui importe.

Mais il y a des dangers, parfois. Le processus inflammatoire, servant de bouée de sauvetage, peut se révéler être le pire ennemi. Le feu peut ne pas s’éteindre. L’inflammation s’attaque alors aux synapses en modifiant l’expression de certaines protéines essentielles à leur fonctionnement. Notre système immunitaire s’est trompé d’ennemi.

Là est peut-être le moteur de la maladie d’Alzheimer avec ses anomalies cérébrales et celle de Parkinson avec ses problèmes de motricité. La première frappe davantage les femmes et la seconde les hommes, cela étant peut-être dû à une différence dans la microglie du cerveau féminin et du cerveau masculin.

Comparaison des cerveaux de différentes espèces de mammifères (humain, éléphant, dauphin, gorille, chien, chat, souris et macaque).

Ouvrons cependant une parenthèse sur ce sujet source de polémique. Les cerveaux avec des caractéristiques constamment dites masculines (la rationalité) ou féminines (l’intuition) sont rares. La plupart des cerveaux sont formés en réalité par une mosaïque de caractéristiques uniques, certaines plus communes chez les femmes, d’autres chez les hommes, mais toujours partagées, au moins dans une certaine mesure. Et ne négligeons pas non plus le poids de l’environnement, de l’éducation et de la culture. « Nos ressemblances dépassent sans doute bien largement nos différences. » Fin de la parenthèse.

Alors que nos populations vieillissantes entretiennent une véritable phobie envers ces maladies d’Alzheimer et de Parkinson, les chercheurs en comprennent peu à peu le fonctionnement.  Pour l’instant, on ne suggère aucun médicament, seulement des stimulations cérébrales pour les prévenir. En sachant qu’un stress affectif peut gravement endommager l’hippocampe, il faut maintenir un dialogue entre le système immunitaire et le système nerveux, entre le ventre (l’intestin, notre second cerveau) et la tête (le cerveau souffre s’il reste trop longtemps isolé du reste de l’organisme), rendre le terrain moins fertile à la dégénérescence.

On ne peut pas éviter de vieillir, mais on peut éviter de devenir vieux : on peut réduire « l’inflammaging » par une longévité. Il suffit de cultiver sa curiosité, de sortir de sa zone de confort et d’entretenir non seulement son intelligence cognitive, mais son intelligence émotionnelle : c’est testé scientifiquement ! La docteure Matteoli nous rappelle, entre autres, au chapitre cinq, l’importance de la vie sociale. « Amour et amitié font bien vieillir. »

Le  cerveau, bien sûr, a aussi besoin de mouvement. « Qu’est-ce qu’une balade a avoir avec nos neurones ? » C’est qu’une bonne marche active la microglie, contribuant à la plasticité synaptique et à la survie des neurones.

Le sommeil, enfin, protège des démences. Dormir n’est pas une période d’oisiveté pour notre cerveau, loin de là. Il s’échine à réaliser des tâches essentielles : se rappeler le passé, organiser le présent et anticiper le futur. Évitez les nuits blanches si vous ne voulez pas perdre la tête.

Et cultivez un environnement sain, de l’intestin au contact humain, pour sauver votre caboche.

Christian Vachon (Pantoute), 9 novembre 2025

Sciences

Matière grise

Michela Matteoli - Multimondes

Le cerveau est un organe sans pareil, qui a la capacité de vieillir moins vite que le cœur, la peau ou le foie. Tout au long de notre vie, il évolue, se déploie et se restructure en créant de nouvelles connexions neuronales. Il est même capable de se réparer lui-même ! Michela Matteoli, neuroscientifique de renommée internationale, nous invite à explorer la plasticité cérébrale, l’incroyable faculté d’adaptation de notre matière grise, un atout inestimable susceptible néanmoins de constituer une source de vulnérabilité.

Son essai explique le fonctionnement du cerveau, du rôle des synapses aux interactions des cellules gliales aves les autres organes, avant de mettre en lumière l’inflammation, le principal ennemi qui guette le chef d’orchestre de notre corps. Il expose ensuite les recherches les plus récentes visant à ralentir la progression des maladies neurodégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson, ou à réduire des troubles tels que la dépression.

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