Horreur ! La bêtise triomphe partout, souillant notre environnement social et spirituel, pourrissant nos conversations et contaminant l’espace public. Mais ne désespérons pas ! En fouillant dans sa pharmacie littéraire et philosophique, le chroniqueur français Olivier Postel-Pinay y a peut-être déniché des antidotes, des remèdes de grands-mères : équité, humilité, tolérance et autres vieilles valeurs à dépoussiérer. Il nous propose d’en faire usage dans son Dix remèdes contre la connerie publié aux Presses de la Cité. Un virus venu d’ailleurs, l’idiotie ? Il faut bien l’admettre, une carence de doute et il n’y a pas de plus grand propagateur de la bêtise que nous-même.
Certains de ces remèdes peuvent avoir des effets secondaires bien néfastes, comme comprendre la vérité, qui est bien mise à mal en ces temps trumpiens de triomphe du mensonge politique, de surcharge informationnelle et de chaos sémantique (« les émotions sont plus importantes que le savoir »), ou quand cette autre valeur, l’indignation, se fait sélective « parfois jusqu’à l’absurde ».
La curiosité si célébrée (quoi de mieux qu’associer apprentissage et plaisir ?) doit aussi être usée avec précaution. Elle s’attaque à ce caractère central de la bêtise, la clôture de l’esprit, prouvant son effet thérapeutique, mais, en l’absence de gouvernail, elle peut se dévoyer aisément dans cet « océan de sémantique » des réseaux sociaux où se mêlent indistinctement le vrai et le faux, le juste et l’injuste.
Il existe heureusement d’autres remèdes plus éprouvés pour nous libérer de l’emprise de la connerie. Il s’agit, entre autres, d’avaler une grande cuillérée d’esprit critique et d’obliger, aussi, sa pensée à faire un pas de côté « pour tenter de se regarder avec la plus grande objectivité possible », de ne pas se laisser piéger par le biais de confirmation, cette fâcheuse propension à privilégier les informations qui viennent conforter notre noyau de croyances et à éviter celles qui s’en écartent et risquent de l’ébranler. Marcel Proust l’a bien observé : « les faits ne pénètrent jamais le monde où vivent nos croyances. »
Faisons suivre ces médications par une bonne dose d’ouverture, de quoi nous inciter à comprendre « pourquoi d’autres que nous pensent différemment ». « Nous ne sommes pas formés, ni invités à considérer nos préjugés, ce qui fait qu’on s’ignore soi-même. »
Enfin, il y a le baume de l’humour, cette chose du monde bien moins partagée que la bêtise. Elle abonde de cet ingrédient miracle, cette faculté de décalage par rapport au cours de la vie, accélérant le processus de résilience en mettant à nu toutes les manifestations de la connerie venant des autorités de toutes sortes, tant morales que politiques.
« L’absence d’humour n’interdit pas le bon usage de l’esprit critique, mais a de quoi inquiéter. » Et l’auteur de nous rappeler cette méditation d’Eugène Ionesco : « où il n’y a pas d’humour, il y a le camp de concentration. »
Pour préserver notre survie mentale, consultons régulièrement cet efficace petit traité d’Olivier Postel-Vinay.
– Christian Vachon (Pantoute), 7 juin 2026
Dix remèdes contre la connerie
La connerie, ça se soigne. Encore faut-il vouloir en guérir. Rarement la bêtise s'est montrée aussi conquérante. Elle infiltre nos conversations, infuse les réseaux sociaux, s'institutionnalise, gagne les élites, corrompt l'esprit. Faut-il pour autant s'y résigner ? Certainement pas. Dans ce bréviaire jubilatoire, Olivier Postel-Vinay s'attelle aux moyens de résister. Dix remèdes, dix valeurs à dépoussiérer pour s'immuniser : curiosité, équité, esprit critique, humilité, humour, indignation, liberté, ouverture, tolérance, vérité. Autant d'antidotes pour retrouver le goût du débat, l'intelligence du doute et la saveur de la complexité. Un petit traité de survie mentale, aussi salutaire que stimulant.
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