Des As sauvés de l’oubli

Christian Vachon - 13 juillet 2026

Les soixante ans et plus se souviennent : bien avant les Nordiques, bien avant les Remparts,  des As, à Québec. Jean Béliveau, Ludger Tremblay, André Lacroix, Rosaire Paiement, Doug Harvey et bien d’autres suscitaient l’enthousiasme et, parfois, la déception des amateurs de hockey. Léo Roy, à l’aide d’un album stupéfiant, un objet de collection, Les As de Québec, 1927-1971, fruit d’une vingtaine d’années de recherche, accomplit l’exploit de faire revivre ces décennies évanouies de notre mémoire collective, par une description détaillée de toutes les saisons du club, par des masses de statistiques, par des centaines d’anecdotes, des centaines de photos et par des profils de dizaines de joueurs comme Guy Rousseau, Jean-Marie Cossette, Nil Tremblay, etc.

Qui sont ces As ? À l’origine, en 1927, ils s’appelaient les ACES (Anglo Canadian Employee Society), un club d’employés de l’usine de l’Anglo Pulp & Paper qui jouait le dimanche dans une petite ligue locale. Graduellement, par ses prouesses, l’équipe va atteindre la respectabilité et susciter l’engouement populaire (plus de 5000 personnes viennent encourager l’équipe chaque semaine), accueillir des hockeyeurs semi-professionnels et représenter, à la fin des années trente, la ville de Québec dans la Ligue de hockey sénior du Québec.

Les ACES, ou As (cette indication bilingue entoure le pimpant écusson des quatre as du jeu de cartes du chandail vert, blanc et rouge de l’équipe) vivront, lors des décennies quarante et cinquante, dont une saison exceptionnelle en 1951-1952, avant le passage au Canadien de Jean Béliveau, des heures glorieuses, remportant des championnats, attirant parfois plus de 14 000 personnes à leurs matchs. Le club s’affirme et le club est apte, à la fin des années cinquante, à se joindre à la Ligue américaine, antichambre de la Ligue nationale de hockey.

Chandail des As de Québec, exposé lors des championnats du monde de hockey sur glace à Québec (Canada) en mai 2008. Crédit photo : Cortomaltais.

Le succès n’est toutefois plus au rendez-vous, ce qui explique l’effacement des As de notre mémoire sportive. L’équipe ne parvient pas, en trois tentatives, à remporter une finale de la coupe Calder. Les foules diminuent dramatiquement (une moyenne de 3000 spectateurs). On ne fait salle comble (plus de 14 000 personnes dans le Colisée de l’époque) que lors du match hors-concours annuel contre le Canadien de Montréal.

Devenant, à l’automne 1967, le club école des Flyers de Philadelphie, le déclin se poursuit tout de même malgré la présence du fougueux Bill Clement, de l’énergique Simon Nolet, du très mésestimé André Lacroix et du fameux « goon » Dave Schultz (qui, lors de la saison 1970-1971, bat le record de la Ligue américaine pour le nombre de minutes de pénalité accumulées : 382 !). Les gens de Québec préfèrent maintenant applaudir le club junior local, les Remparts, avec ses deux super vedettes : Guy Lafleur et Jacques Richard. Ils sont plus de 13 000 spectateurs à venir les voir jouer, à la fin de l’hiver 1970, en demi-finale de la Ligue junior majeur, alors que les foules ne dépassent même plus les 2000 personnes aux parties des As.

Les rumeurs de déménagement courent déjà à l’automne 1969. Faute d’une assistance moyenne devant atteindre les 6000, les As accumulent déficit après déficit. Les Flyers, afin de réduire les frais de déplacement, sont en quête d’une meilleure situation géographique pour leur club école. Ils trouvent leur bonheur, à l’hiver 1971, avec ce nouvel amphithéâtre s’inaugurant à Richmond en Virginie. L’annonce du transfert est annoncée officiellement le 26 avril 1971.

Guère d’émotion à Québec. En ce début de printemps, toute la ville de Québec s’enthousiasme pour ses Remparts sur le point de remporter leur première coupe Mémorial. Il n’y a à peine que 1500 mordus à assister au dernier match des As au Colisée, face aux Americans de Rochester, le 1er avril 1971.

Un an plus tard, à l’automne 1972, les débuts des Nordiques dans l’audacieuse Association mondiale de hockey estompe encore le souvenir de l’existence d’un précédent club professionnel à Québec, l’engloutissant quasi totalement. Et pourtant, malgré de fréquents déboires, Léo Roy en multiplie les preuves, des As furent adorés pendant des dizaines d’années par des milliers de Québécois·es.

Voilà donc un indispensable, un essentiel, à tirage très, très limité, pour les collectionneurs d’histoires sportives, ou d’histoire tout court, à se procurer à la librairie Pantoute.

– Christian Vachon (Pantoute), 12 juillet 2026

Histoire

Les As de Québec, 1927-1971

Léo Roy - Autopublié

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