Ce sont des péchés de jeunesse à pardonner, ces deux œuvres : Deux hommes en un et Le Ministère de la Peur. Ces livres de l’éminent auteur britannique de L’Américain bien tranquille, Notre homme à La Havane, Voyages avec ma tante et d’autres chefs d’œuvre, viennent tout juste d’être réédités, en ce printemps 2025, avec une nouvelle traduction de Claro par l’éditeur Flammarion Québec.
Le premier, ce The Man Within, paru en 1929, alors que l’auteur n’avait que vingt-quatre ans, est certainement défendable. On y retrouve déjà, dans cette histoire de contrebandiers anglais du dix-neuvième siècle, ce thème de prédilection du romancier catholique : l’ambivalence morale. Tout comme le Holly Martin (joué par Joseph Cotten) face au Harry Lime (magnifique Orson Welles) de l’extraordinaire Third Men (le film de Carol Reed, dont Greene écrira le scénario; les éditions Flammarion vont d’ailleurs bientôt publier une nouvelle traduction du roman du même nom, rédigé peu après la sortie de l’oeuvre en 1949), Francis Andrews, être tourmenté, traqué, tiraillé entre son instinct enfantin et sa sagesse d’adulte (il est « deux hommes en un »), confronté à Élisabeth, une femme solide qui lui embrouille davantage les idées, songe à dénoncer son meilleur ami, l’homme représentant tout ce qu’il veut être, aux policiers Carlyon. « Trop de mélodrame, » confie par la suite Graham Greene en désavouant cette œuvre précoce, un ouvrage qui, pourtant, par son succès, lui permet d’être un écrivain à temps complet.
Plus inexcusable, par contre, par les multiples aberrations du récit, est ce Ministry of Fear, publié en 1943, une histoire à la North by Northwest (le grand suspense d’Hitchcock), sans toutefois l’ironie et le ton savoureux. On y suit un homme pourchassé malgré lui, après avoir fait l’acquisition d’un gâteau dissimulant un message. On finit par savoir le pourquoi de tout cela en empruntant des chemins bien tortueux et déconcertants, dont un détour par un hôpital psychiatrique, ne retenant qu’une vague notion de ce que peut être ce « Ministère de la Peur ». Pire, Arthur Rowe, le personnage principal au passé meurtrier, insensible à l’issue du conflit (Graham Greene ignore-t-il, à l’époque, la vraie nature du nazisme ?) nous laisse indifférent. Un document tenant plus de l’ovni littéraire que du roman d’espionnage que ce dernier péché de jeunesse.
– Christian Vachon (Pantoute), 6 juillet 2025
Deux hommes en un
Francis Andrews vient de trahir ses collègues contrebandiers par une lettre anonyme. Un homme a été tué. La bande a été arrêtée, sauf le chef et ami d’Andrews : Carlyon. Ce dernier, qui a deviné sa faute, le recherche. Une nouvelle fois, Francis a peur et est tiraillé entre le bien et le mal. Quand Deux hommes en un paraît en 1929, Graham Greene a vingt-quatre ans et c’est son premier roman publié – le succès sera immédiat et lancera sa carrière d’écrivain. Apparaissent déjà, dans ce récit fondateur, les thèmes majeurs de son oeuvre : l’inéluctable trahison, le doute religieux, les pièges de la morale, la peur et la lâcheté…
AcheterLe ministère de la peur
Lorsque Arthur Rowe gagne un gâteau lors d’une étrange tombola, il est loin de se douter que sa vie est désormais menacée. On est à Londres, pendant le Blitz, et survivre n’est pas de tout repos, surtout quand vous ignorez qui veut votre peau et pourquoi. Se jouant des codes du roman d’espionnage, Graham Greene entraîne ses lecteurs dans un jeu de piste truqué où mille dangers guettent un homme à la conscience tourmentée et au passé plus que trouble, embarqué dans une inquiétante traversée des apparences.
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