Le cadeau idéal pour le passionné d’histoire : Un rêve de feu, le suspense épique d’Erik Larson

Christian Vachon - 15 décembre 2025

Comment la Caroline du Sud, un « État primitif », a-t-elle pu devenir l’épicentre du destin des États-Unis en avril 1861 ? Il a suffi de la résistance du chef têtu d’une petite garnison d’un fort, encerclé par des centaines de fanatiques esclavagistes, et d’un président inflexible et quelque peu roublard, nous conte Erik Larson, auteur de fins chefs-d’œuvre. Il nous revient dans cet admirable suspense, soigneusement documenté, qu’est Un rêve de feu (une traduction de The Demon of Unrest) publié au Cherche Midi.

Au départ, il y a eu ce cataclysme : l’élection à la présidence américaine de ce « petit avocat de l’Illinois », le réformateur Abraham Lincoln, le 8 novembre 1860. À aucun moment lors de sa campagne, l’élu n’a promis d’abolir l’esclavage, seulement de stopper son expansion. C’est assez, pourtant, pour amplifier le ressentiment des États du Sud et pour les encourager à vilipender cette « tyrannie du Nord » suscitant chez eux cette peur existentielle :  « Vont-ils faire des Noirs les égaux des Blancs ? »

La Caroline du Sud, dès les lendemains de l’élection, fait sa sécession de l’Union américaine. Edmund Ruffin, un féroce fanatique, un planteur aristocrate animé par ce sentiment que l’esclavagisme à la mode sudiste représente la « meilleure société » du monde, va se faire le propagandiste de cette séparation, visitant, l’un après l’autre, les États voisins pour encourager la rupture. Texas, Floride et une demi-douzaine d’autres États vont joindre la nouvelle confédération. Il ne parvient toutefois pas à faire sortir son État natal, la Virginie, le plus populeux et le plus prospère des États esclavagistes, de sa torpeur. La sécession ne sera-t-elle que chose passagère ?

Seule la perspective d’un conflit, d’une collision brutale des opinions irréconciliables entre Nord et Sud, pressent-il, peut mener les États réticents à la rupture :  la Virginie, la Caroline du Nord, et peut-être même le Maryland pourraient joindre sa cause. Et un fortin galvanisant le Nord, au milieu de la baie de Charleston, refusant de se rendre depuis plus d’une centaine de jours, offre cette occasion.

Bombardement de Fort Sumter le 12 avril 1861, la première bataille de la guerre de Sécession.

Le major Robert Anderson, homme d’honneur et commandant de la garnison d’une soixantaine d’hommes du fort Sumter, n’a pas l’intention de céder cette propriété fédérale à l’État de  la Caroline du Sud. Un ultimatum lui est remis le 12 avril 1861 : « quitter les lieux ou nous tirons. »  Le sens du devoir chez cet officier « qui n’a pas le cœur à faire cette guerre » prévaut : il préfère capituler sous le feu que s’esquiver. Edmund Ruffin, et cela n’a rien de littéral, est celui qui met le feu aux poudres des États-Unis en actionnant le cordon tirant le premier boulet de canon sur le fort Sumter.

L’enthousiasme règne alors chez Ruffin, avec cette certitude de l’emporter, cette assurance de mettre à genoux le puissant Nord industriel, aveuglé par ces propos de James Hammond, autre radical sudiste et avocat éminent de la sécession : « Non messieurs, ne vous avisez pas de faire la guerre au coton. Aucune puissance sur Terre ne doit lui faire la guerre. Le Coton est Roi. » La toute-puissante doctrine du Coton-Roi ne tolère aucune hérésie. Les puissances européennes, surtout la France et le Royaume-Uni, croient ces fanatiques et ne peuvent être que sympathiques à leur cause chevaleresque, eux qui luttent, entre autres, contre ce coup « monstrueux et dément » porté à la civilisation : « élever le « nègre » au niveau social de l’homme libre ».

Ils se bernent sans réserve. William H. Seward, le secrétaire d’État de Lincoln, le précise dès le dès ce printemps 1861 : « Jamais un peuple ne s’est lancé dans une guerre en étant aussi complètement dépourvu de raison de la livrer. » Le coton ne sera pas roi. La cause ne sera pas entendue.

Et tout au long de son palpitant récit imprégné de discours de « va-t-en-guerre », Erik Larson nous fait écouter la voix de cette grande dame du Sud, Mary Chesnut, autrice du journal intime le plus célèbre de l’histoire américaine. Cette aristocrate lucide évoque « avec une tristesse incommensurable » les horreurs de la guerre civile. Pour elle, l’esclavage — et non pas l’égalité raciale — est quelque chose de fondamentalement monstrueux, menant « à des abus sexuels sur les femmes et filles asservies ». Elle a assisté, une fois, écoeurée, à une vente d’esclaves :  « c’était trop atroce. » « La Bible autorise le mariage et l’esclavage, » rédige-t-elle dans son cahier, « Pauvres femmes ! Pauvre esclaves ! »

L’attaque du Fort Sumter, du 13 au 14 avril 1861, ne faisant aucune victime, va mener à une tuerie de plusieurs centaines de milliers de personnes qui durera quatre ans.

Erik Larson bouleverse une nouvelle fois notre regard sur le passé.

– Christian Vachon, Librairie Pantoute, 14 décembre 2025

Littérature étrangère

Un rêve de feu

Erik Larson - Cherche midi

6 novembre 1860 : Abraham Lincoln devient président des États-Unis. Cinq mois plus tard, la guerre de Sécession commence. Si, durant cette période, la crise est alimentée par les positions du Nord et du Sud sur l'esclavage, la fracture s'avère beaucoup plus profonde au sein du pays. En quelques semaines, les opinions se font inconciliables au coeur même des familles, les discussions deviennent impossibles, les conflits se multiplient, les amitiés et les couples se déchirent. La guerre se profile et personne ne semble avoir le pouvoir de l'empêcher. Face au fanatisme et aux trahisons, Lincoln lui-même, en dépit de ses nombreux talents, se sent impuissant. Ces cinq mois, écrit-il, ont été « tellement incroyables que si j'avais pu les anticiper, je n'aurais pas cru possible de pouvoir y survivre ». Avec un sens de l'intrigue et du suspense digne des plus grands auteurs de thrillers, Erik Larson nous raconte, à partir de nombreux documents inédits, l'histoire de cette période exceptionnelle où les positions tranchées des uns et des autres vont peu à peu mener à une catastrophe inévitable. Ce récit captivant, consacré à la fragilité d'une démocratie confrontée à la peur et l'extrémisme, nous offre également, en creux, l'occasion d'une réflexion passionnante sur l'époque moderne.

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