Éradiquer nos préjugés, faire la paix avec la chasse, transmettre la passion de la pêche et ouvrir nos yeux sur le garde-manger de nos forêts : la trentaine de récits d’écrivains, d’artistes, de chefs cuisiniers et d’autres célébrités, recueillie par le journaliste Philippe-Vincent Foisy, réussit ces petits miracles dans cet accueillant Chasseurs, pêcheurs, cueilleurs : Histoires de forêts et de rivières publié aux éditions de l’Homme. En plus d’être copieusement illustrés (vous serez renversé·e par ces images d’énormes dindons et saumons), ces récits, à la fois apaisants et stupéfiants (nous n’avons pas tous la chance de croiser une meute de loups ou d’assister à un combat entre deux orignaux) vont certainement vous encourager à réfléchir sur notre monde et, qui sait, à redevenir ce que l’on a été.
Pourquoi chasser ? « Pourquoi nous ne chassons plus ? » préfère répliquer « l’intellectuel à chemise à carreaux » Christian Guay-Poliquin, qui n’hésite jamais à user de récits de chasse pour mieux se comprendre. « Je pense que l’humain est un chasseur, n’en déplaise aux véganes, » ajoute Boucar Diouf, comparant cette pratique à « un rituel, plus qu’une prédation de nourriture. »
Pour l’acteur innu Jean-Luc Kanapé ou la poète crie Maïté Labrecque-Saganash, chasser et pêcher sont effectivement des rituels, des continuations des traditions, des occupations de territoires dont on assure la garde.
La chasse permet aussi à la Gaspésienne Stéphanie Boulay de retrouver ses racines perdues, de « (re) trouver son père ». Les chefs Jean-Philippe Leclerc, Stéphane Modat, Jean-Luc Boulay et Martin Picard, dont aucun n’est né dans un monde de chasseurs, vont s’exercer à celle-ci pour savoir d’où vient la viande qu’on mange, pour mieux connaître leurs produits et pour transmettre, enfin, cette amour de la nature dans leur restaurant.
Leurs histoires de chasse, affirment tous nos conteurs, rendent la viande bien meilleure. Même « une chasse sans tuer », assure l’auteur Fabien Cloutier, « est une belle chasse ». Et la tension est extrême lorsqu’il s’agit de réussir le tir parfait à l’arc ou à l’arbalète, « ce moment où tout s’arrête avant l’action, » précise Martin Picard. Ils sont nombreux à pleurer lorsque la bête s’écroule.

« Grand pêcheur devant l’éternel », laissant même sa blonde, bien consentante, accomplir seule un déménagement afin de lui permettre de tâter le poisson, Patrice L’Écuyer a tout de l’obsédé. Il envie, certes, son ami, le comédien Gaston Lepage qui a marié Louise Laparé, une mordue de pêche comme lui. « Le hasard et le destin ont voulu qu’on ait la même passion. » Philippe-Vincent Foisy peut passer des nuits à écouter ces passionnés raconter leurs souvenirs de pêche, leurs combats épiques avec le saumon, débattre de l’usage de telles mouches (Fabien Cloutier : « il n’existe qu’une seule règle, c’est la nature qui décide »), de remettre ou non le poisson à l’eau (Boucar Diouf : « ça l’affecte vraiment, les animaux souffrent »).
Mais tous s’accordent sur un point : pêcher, c’est protéger le saumon et développer des pratiques durables. Fred Campbell le constate : les nouveaux pêcheurs sont « les plus grands donateurs pour la conservation ».
François-Emmanuel Nicol, propriétaire de La Tanière à Québec, imite le frère Marie-Victorin pour devenir « le meilleur restaurant du monde », choisissant de se salir les mains et n’hésitant pas à bousculer ses convives pour recueillir sa matière première : racines d’armoise, pollen d’épinettes et autres trouvailles. « Il y a toute une richesse dans un petit carré de verdure, » rappelle Ariane Paré-Le Gal, copropriétaire du Gourmet Sauvage : de l’essence de mélilot, de l’amélanchier devenant confiture, du matricaire odorant, goûtant l’ananas et poussant dans des craques de trottoir. « Nos forêts servent de garde-manger, » complète Gino Chouinard, qui endure les bois et les moustiques pour une seule chose : la quête de desserts. « Ça goûte le bonheur, le ciel. »
Et les mycologues se réjouissent, voyant tranquillement s’effacer « le narratif du gros danger » du type « Vous êtes fous ! Vous allez vous empoisonner ! » face à la cueillette des champignons. Stéphane Modat, quant à lui, veut mettre fin à cet interdit, lié à une question de sécurité alimentaire et de préservation, de vendre de la viande de gibier au Québec : « Il me semble que ce n’est pas compliqué. Mais on a peur d’avoir peur ! »
« On a un terrain de jeu incroyable au Québec, que bien du monde aimerait avoir, » s’enthousiaste Rudy Vendittelli, l’impromptu chasseur au cœur de la Petite Italie montréalaise. Lâchez vos cellulaires et boostez votre santé mentale : la forêt apaise vos grandes joies, rationne les grandes peines et alimente les légendes. Vous allez récolter une quantité incroyable de nouvelles histoires à passer à d’autres.
– Christian Vachon (Pantoute), 7 décembre 2025
Chasseurs, pêcheurs, cueilleurs : Histoires de forêts et de rivières
Au cœur de la forêt ou au fil de l'eau, chaque histoire devient plus grande que nature ! Dans Chasseurs, pêcheurs, cueilleurs, le journaliste Philippe-Vincent Foisy va à la rencontre de chefs, d'artistes, d'animateurs, d'écrivains et de guides d'ici afin de mieux comprendre pourquoi certains font le choix des moustiques, du froid et de l'attente pour vivre leur passion. Chapitre après chapitre, on se laisse bercer, comme autour d'un feu, par leurs récits fascinants, drôles et parfois incroyables, truffés de leçons de vie... Merveilleusement illustré, cet ouvrage d'amour et d'aventure est un hommage tendre à la beauté et à la richesse de notre territoire québécois et d'une réflexion profonde sur notre monde moderne.
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