Exposition Corps et Armes sur « L’habitant de l’infini » de Hiroaki Samura

Eden Giraud - 13 février 2024

A l’espace Franquin, c’est l’exposition « Corps et Armes » qui attire du monde ! L’exposition met en valeur le manga L’habitant de l’infini de Hiroaki Samura. Pour la première fois en Europe, les spectateurs peuvent s’émerveiller devant les planches originales aux crayonnés spectaculaires de cette œuvre. Véritable chef-d’œuvre du manga de sabre et de combat, l’exposition nous gâte avec les planches de ce récit à couper le souffle.

En un seul coup d’œil, initiés et amateurs comprendront le travail pictural de ce mangaka de génie. Le dessin réaliste et dynamique montre les mouvements et les combats à la perfection. Mais l’exposition met en évidence que L’habitant de l’infini n’est pas seulement un manga de sabre et de combat : il serait réducteur de le caractériser à cela seulement. Comme le nom de l’exposition l’indique, c’est aussi et surtout un manga des corps et des armes en mouvement dans l’espace, dans un dynamisme constant et d’un réalisme prépondérant.

«Quand j’ai commencé L’habitant de l’infini, je souhaitais proposer un manga historique qui ne ressemblerait à aucun autre et qui serait traversé par une énergie très contemporaine. »

– Hiroaki Samura

Avec ses dessins d’une exactitude historique, Hiroaki Samura dépeint un récit féodal avec brio. Pourtant, les jidai mono (récits d’époque) sont reconnus pour être plus complexes à réaliser à cause de l’exactitude des dessins (paysages, maisons, mobilier) et de la plausibilité du scénario d’un point de vue historique. Mais Hiroaki Samura ne s’arrête pas là : il fait aussi de son récit une histoire remplie de poésie, telle un haïku. Le mangaka saisit les petits instants et les fige entre ses scènes de combats : un oiseau, un baiser, un regard. Les techniques de dessins utilisées par Hiroaki Samura, mélangent crayon et fusain, ce qui fait de chaque planche une véritable œuvre d’art à contempler. Dans un esprit de modernisation des mangas historiques, le mangaka passe par une recréation de la composition de ces planches. Il s’inspire des estampes japonaises pour recréer des scènes de combats aux multiples détails, avec des corps en plein mouvement. En pleine scène de combat, les corps ressortent, avec des encadrés et des motifs récurrents des estampes : le mont Fuji, des bateaux, une vague, des fleurs, le visage d’une femme ou un oiseau.

« Chez Hiroaki Samura, le dessin est tellement abouti qu’il nous fait basculer dans une dimension supérieure. Quand il représente un bras, vous pouvez quasiment deviner, sous la peau, tous les muscles. Et sous les muscles, vous pouvez quasiment visualiser les os. »
– Shin’ichi Sakamoto

Le dessin n’est toutefois pas le seul point fort du manga. Sa trame narrative est tout aussi captivante. Manji est un samouraï errant. Il a tué son maître et cherche un sens à son existence éternelle. Dans sa quête pour se racheter de ses crimes passés, il rencontre la jeune Lin qui ne souhaite qu’une chose : venger la mort de ses parents. Un duo se forme et leurs différences les complètent. Au début, on se laisse avoir et le lecteur pense avoir à faire à un manga de samouraï avec pour personnage principal Manji, mais plus le récit avance et plus l’auteur laisse la place à la figure féminine vengeresse très forte qu’est Lin. D’ailleurs ce n’est pas la seule : à plusieurs reprises, Hiroaki Samura peint des personnages ambivalents à la fois forts, mais avec une touche de sadisme. C’est le cas dans le chapitre en deux parties intitulé « La petite joueuse de rêves » dans lequel une jeune courtisane prend la décision de changer de vie en prenant les armes. Pourtant, c’est un personnage ennemi de notre duo, mais on ne peut qu’avoir de l’empathie et du respect pour un tel personnage.

Le corps est loin de n’être qu’une enveloppe : il s’agit de l’âme même des personnages. Car chez Hiroaki Samura, les personnages sont loin d’être manichéens, bien au contraire ! Ils sont complexes et contradictoires; en soi, profondément humains.

Galerie de photos (à noter que certains des dessins montrent de la violence graphique) :

 

BD étrangère

L'habitant de l'infini

Hiroaki Samura - Casterman

A l'époque de l'ère Edo (1603-1687). Manji est un samouraï errant sur les routes du Japon. Immortel afin d'expier les crimes qu'il a commis lorsqu'il était au service d'un cruel seigneur, il porte en lui un ver qui le guérit de toutes ses blessures. Il ne peut recouvrer sa mortalité qu'après avoir tué mille scélérats. Son chemin croise celui de Lin, une jeune femme en quête de vengeance.

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