Obstacle ou porteuse d’avenir, l’idée de nation au Québec ? Des jeunes, des intellectuel·les, des artistes et des militant·es tentent d’y répondre dans ce très enrichissant 11 brefs essais sur la nation publié chez Somme Toute. N’en doutons pas, les opinions divergent sur la question, allant de la consécration de l’État-nation à la mise au rencart de cette construction politique pour cause de crise de l’anthropocène.
« Elle a fait ses preuves, nous évitant de naviguer dans le brouillard, nous offrant une communauté de souvenirs, d’horizons, cette nation, » s’emballe le chroniqueur et historien Rémi Villemure. « Elle nous défend contre l’impérialisme, » ajoute également le sociologue Philippe Loranger, réitérant, comme l’historien décédé Michel Brunet, que le nationalisme est la « manifestation de la solidarité naturelle d’un peuple » et que celui partagé par les habitant·es d’une petite nation comme le Québec est digne en soi, car il est « non arrogant et égocentrique ». Notre nationalisme ne viendarait pas d’une « entité politique trop grande et bigarrée tendant à diluer le capital social » : small is beautiful!
Et au Québec, où on espère récolter les fruits de « nos révolutionnaires tranquilles », on tente, comme toute autre nation, de fabriquer un récit où on se propose nullement dominateur, mais « résilients, créatifs, imaginatifs ». Toutefois, relève le poète et essayiste Sylvain Campeau dans son « Une crispation identitaire : récit d’une rééducation historique », « l’Amérique a une histoire qui ne nous a pas attendu pour commencer », une histoire qui peut aisément déboulonner notre récit national.

C’est à cela que s’attelle le Monument Poème, un collectif formé entre autres de Julie-Isabelle Laurin, Félipe Goulet-Letarte, Marilou André et Kristel Tremblay. Le collectif s’attaque à la symbolique patriarcale et violente du monument montréalais à Maisonneuve en performant des contre-récits transcendant les cadres occidentaux, questionnant notre notion de propriété, notre identité construite aux dépens des premiers habitants du territoire. « Quand je pense au nationalisme, je pense à la violence, à l’exclusion, aux mensonges, à la guerre, au colonialisme, à la xénophobie, » s’insurge Félipe Goulet-Letarte, « la nation, c’est l’obsession du même, c’est déshumaniser l’Autre, et c’est dangereux. »
Peut-on faire coexister une pluralité de récits « sans détruire ce qu’on est » ? Le professeur de philosophie Amadou Sadjo Barry, promoteur d’une éthique de la coexistence, croit y parvenir en « tissant d’autres formes narratives » où la nation mise à l’épreuve de la diversité ethnoculturelle « crée des passerelles à partir de ces différences ». Face à la réalité « d’un pluralisme devenu de plus en plus conflictuel », la nation multiculturelle s’offre comme solution.
Radjoul Mouhamadou, politologue enseignant au cégep, directeur de ce recueil collectif, imagine un récit totalement autre, un récit tenant compte de la crise qui menace l’homme de l’extinction. « Il faut, » affirme-t-il, « dire un adieu définitif à l’État-nation, fonder un nouveau nationalisme cosmopolite ». La Terre s’impose désormais « comme le pays natal de toute l’Humanité ». Le monde est « une unique appartenance des humains et des autres qu’humains (fleurs, montagnes, virus, …) » .
Il est plus que nécessaire de contrer « l’empire global de capitalisme fossile, extractiviste et écocide », mais à quoi peut bien ressembler ce « nouveau contrat naturel » tenant de l’urgence utopique ?
– Christian Vachon (Pantoute), 17 août 2025
11 brefs essais sur la nation
Le basculement planétaire dans les crises de l’Anthropocène renouvelle l’interrogation sur l’État-nation comme cadre politique adéquat pour adresser l’urgence climatique, les désordres géopolitiques, les crises économiques, les crises pandémiques, les séismes, les incendies, des inondations, les sècheresses, les catastrophes et les conflits qui ne manqueront pas d’accélérer les migrations massives de populations migrantes du Sud global vers les vieilles nations occidentales.
Dans ce contexte de mégacrises, la nation est-elle toujours une forme politique porteuse d’avenir ou vouée à disparaître? Quelles alternatives peuvent lui être substituées? Bien que la nation continue de jouer le rôle de principal garant de la citoyenneté, l’égale participation, de la justice et de la solidarité sociale, son charme s’estompe et sa cohésion interne s’effrite. Cet ouvrage collectif examine la capacité de la forme nation à se hisser à la hauteur des besoins d’appartenance et du devoir d’actualisation qu’imposent les défis émergents qui installent d’ores et déjà le réfugié (climatique, politique, économique, etc.) comme la principale figure du XXIe siècle.
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