L’indéniable et désarmante puissance curative du rire

Christian Vachon - 24 novembre 2025

Êtes-vous de ceux qui croient au pouvoir miraculeux de l’humour pour effacer les zones d’ombre du quotidien ? Ce Entendre à rire des éditions Somme Toute va vous conforter dans votre conviction.

L’auteur, le scénariste et dramaturge saguenéen Pierre-Michel Tremblay, expérimente cette puissante bienfaisance du rire depuis son enfance, se réfugiant entre autres à la bibliothèque, lorsqu’il éprouvait un grand vide, afin de se nourrir de l’ironie échevelée et irrévérencieuse de Gotlib et de ses Rubrique-à-Brac.

Les clowns tiennent aussi une grande place dans sa vie. Pas ceux à la sombre étrangeté du style Joker, cause de multiples cas de coulrophobie (la peur excessive et irrationnelle de clowns). Non. Il vénère plutôt les clowns blancs, ceux portant le nez rouge permettant les transgressions.

Il admire entre autres ce médecin, Patch Adams, qui, avec son nez rouge effronté, a proposé une thérapie tout autre que sérieuse, lourde et autoritaire pour enrayer les maux à un institut en Virginie Occidentale dans les années 1970.

Ce Patch Adams sert également de modèle à Josée Gagnon, une comédienne, une fonceuse qui possède « une volonté farouche de changer le monde, de changer des vies avec l’art. »  S’associant avec Moïra Scheffer, « grande dame discrète et modeste », elle fonde les Clowns du Fjord en 2007, exerçant depuis, avec d’autres membres, l’art-thérapie dans différentes institutions hospitalières du Saguenay.

Perplexe face à cette pratique impertinente, comme bien des gens, Pierre-Michel Tremblay a décidé de les accompagner, de les observer et d’être spectateur d’une angoissante aventure créatrice. Ce témoignage, qu’il livre en une centaine de pages dans son Entendre à rire, émouvant recueil de moments magiques, va vous étonner et, surtout, va vous convaincre de cette indéniable et désarmante puissance caritative du rire.

L’image de Sol, célèbre clown québécois, apparaît à l’entrée de la bibliothèque Marc-Favreau. Crédit photo : Jeangagnon.

Les clowns thérapeutiques, travaillant en moyenne sept à dix heures par semaine (« c’est plus sain pour l’esprit »), sont toujours deux pour permettre l’interaction. Ils improvisent constamment, restant à l’écoute de tout « ce qui peut surgir ».

Visitant un centre d’hébergement de gens en perte d’autonomie (défaillance physique et dégradation cognitive : « on quitte le monde de la raison »), la technique du mimétisme s’avère la plus efficace pour établir un lien. Et ces personnes qui ont souvent presque tout oublié de leur propre histoire reconnaissent toujours les clowns.

Chez les enfants cancéreux du département d’oncologie-pédiatrie de l’hôpital de Chicoutimi (un lieu où il ne faut pas « s’écrouler de larmes »), où on croise parfois des parents réticents qui s’inquiètent de les voir exécuter des « pitreries inappropriées », les clowns exploitent à profusion « tout l’arsenal de la maladresse physique qui fait tant rire les enfants. »

Pierre-Michel Tremblay se fait alors l’écho de cette bienfaisante puissance thérapeutique des clowns : « C’est plaisant de vous voir, ça rajeunit l’espace. Vous êtes des semences de joies. »  Les particules de chagrin et d’ennui, flottant quotidiennement dans l’air de nos tristes hôpitaux, s’évaporent.

En tant que dramaturge, bien sûr, Pierre-Michel Tremblay s’exerce lui-même à cet art de soulager les souffrances par les mots. Il se souvient d’une visite, lors d’un colloque sur le rire dans la Grèce ancestrale (fascinant… et soporifique), à un théâtre mythique, celui d’Épidaure à Asclépios, où il découvre qu’on soigne déjà, il y a plus de deux mille ans, les crises existentielles en libérant les émotions grâce au pouvoir des mots, des représentations et de la comédie.

Pierre-Michel Tremblay se sent, depuis, digne héritier de cette tradition. « Je ne porte pas un nez rouge, mais je suis clown à ma manière. » Une dose de joie et de rires permet de redevenir une personne à part entière. La puissance curative de l’humour et de l’art, du rire sublime, consiste à magnifier notre humanité. « Les clowns thérapeutiques, les artistes, portent dans leur cœur le sanctuaire d’Épidaure. »

– Christian Vachon (Pantoute), 23 novembre 2025

Essais québécois

Entendre à rire : Carnet thérapeutique sur les bienfaits de l'humour

Pierre-Michel Tremblay - Somme Toute

On parle souvent des vertus guérisseuses de l’humour; on connaît aussi le phénomène des « Docteurs Clowns », ces gens qui sillonnent les hôpitaux, les résidences, les maisons de convalescence, avec un « nez rouge » pour faire sourire les gens. Dans son dernier essai Entendre à rire, Pierre-Michel Tremblay approfondit le sujet et va beaucoup plus loin pour nous faire voir le phénomène de l’intérieur. En effet, curieux de savoir comment fonctionnent ces personnes dévouées dont notre esprit pragmatique met quelquefois en doute l’utilité, l’auteur accompagne, littéralement, ces accompagnateurs dans les corridors des institutions. Il met au jour tout le travail préparatoire qui précède les visites aux malades; il souligne l’importance de l’écoute, certes, mais aussi de la capacité à improviser, pour tirer le meilleur parti possible des quelques minutes dont chacun et chacune de ces émissaires du rire dispose pour instaurer un climat de confiance et de détente tantôt avec un enfant atteint de cancer, tantôt avec une personne en perte cognitive.

L’auteur se fait discret, tout petit, pour mieux relater et décrire les moments de grâce que suscitent de telles interventions. Tremblay, le scripteur humoristique de métier, laisse cette fois toute la place à ces praticiens de l’humour et leur rend, par le fait même, un vibrant hommage.

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