Dans le cadre du « 12 août, J’achète un livre québécois » et pour souligner le 40e anniversaire des Éditions XYZ, j’ai eu envie de plonger dans le riche catalogue de la maison pour faire ressortir cinq œuvres qui m’ont particulièrement marquée.
Lorsque je réalise cet article, je remarque une thématique semblable à travers mes choix, soit que chaque œuvre, à sa manière, a une même volonté d’explorer les identités plurielles, qu’elles soient culturelles, autochtones, de genre, sociales ou intimes. De plus, chacun de ces ouvrages devient un lieu d’être ou de rupture où les personnages se cherchent, se transforment ou résistent. Voici donc cinq titres coups de cœur, publiés chez XYZ, qui méritent d’être dans votre collection :
Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba
Dans ce roman à la fois lyrique, dystopique et profondément engagé, Gabrielle Filteau-Chiba poursuit son exploration des thèmes écoféministes et de la résistance, le tout au cœur d’un monde bouleversé par les dérèglements climatiques et les dérives autoritaires. L’histoire prend place dans un avenir où tout est de plus en plus contrôlé par un régime installé dans la Cité. Face à cette oppression, certains choisissent de vivre autrement. Parmi eux : Sandrine et Gabriel, un couple qui veut fuir la Cité pour offrir un avenir meilleur à leur fille. Hexa est un hommage aux héritages qu’on transmet, aux forêts qu’on défend et aux voix qu’on élève pour ne pas se laisser déraciner.
Je travaille dans le bruit de Yannick Marcoux
Dans ce roman empreint de nostalgie, un jeune narrateur entre un soir dans un bar jazz sans se douter qu’il y passera seize années de sa vie. Ce lieu mythique, à la fois repaire de marginaux et carrefour de cultures, devient son école de la vie, son théâtre du quotidien, son refuge. De simple client, il devient employé, puis témoin des mutations du quartier, des modes et des gens. À travers son regard, Yannick Marcoux brosse le portrait authentique d’un Montréal nocturne, où se mêlent odeur de bières, planchers collants, conversations étourdissantes et soirées inoubliables. Ce roman lucide capte l’essence d’une époque, d’un lieu, d’une communauté en voie de disparition. Bref, c’est un livre de cœur, de bière et de résistance urbaine.
La terre maternelle d’Anne-Marie Turcotte
Anne, jeune femme originaire du Témiscouata, quitte son village natal pour aller étudier en ville. Cependant, elle se sent rapidement déracinée dans la grande ville et elle retourne chaque fin de semaine chez ses parents, à la recherche des récits oubliés, des fantômes et des légendes rurales qui peuplent son territoire d’origine. Entre mémoire familiale et transition vers l’âge adulte, elle explore les branches méconnues de son arbre généalogique. En même temps qu’elle, on découvre une langue vivante, parsemée d’expressions régionales, d’anglicismes assumés et d’un parler populaire qui fait entendre les voix du coin. Bref, il s’agit d’un roman rempli de mots qui résonnent avec chaleur et authenticité, ainsi que de références culturelles qui ajoutent une touche familière et attachante.
Nauetakuan, un silence pour un bruit de Natasha Kanapé Fontaine
Ce roman touchant et profondément humain suit la quête identitaire de Monica, une jeune femme innue étudiant l’histoire de l’art à Montréal. Encore incertaine de ce que signifie réellement pour elle être Innue, sa rencontre marquante avec Katherine, issue d’une autre nation autochtone, devient le point de départ d’un cheminement vers la redécouverte de soi. À travers cette relation et un retour à Pessamit, sa communauté d’origine, Monica plonge dans les récits du passé pour mieux comprendre le présent et imaginer l’avenir. Le roman aborde avec sensibilité le traumatisme intergénérationnel des pensionnats autochtones, sans jamais perdre de vue une perspective tournée vers la guérison. Bref, c’est un récit à savourer lentement, un voyage intérieur fort en émotions et en apprentissages.
Marie-moi Peter Pan de Laviolette
Élizabeth reçoit un diagnostic de maladie dégénérative. Elle sait que la mort ne viendra pas rapidement, mais que petit à petit, elle perdra tout. À mesure que la maladie progresse, une décision intime s’impose, soit de partir à sa manière et de s’envoler vers un ailleurs. Confrontée au refus de l’État et à l’incompréhension de ses proches, Élizabeth entreprend de trouver seule une issue qui lui ressemble. À travers ce personnage vibrant, l’autrice aborde avec justesse et humanité la réalité des maladies dégénératives et les enjeux délicats de l’aide médicale à mourir. Le texte met aussi en lumière les failles criantes de notre système de santé. Malgré la gravité du sujet, le roman est porté par une plume fluide, pleine de tendresse et d’humour. Il touche par sa vulnérabilité, mais aussi par l’amour immense qui traverse chaque page. C’est un récit bouleversant, mais qui donne voix à ceux et celles qu’on entend trop peu.
Hexa
« Je vais te promettre une chose, ma grande tige : là-bas, au Campement, y’en aura pas, mais pas pantoute, de cachotteries. Tu vas voir c’est quoi, la vraie vie, dans’ brousse pis en toute liberté. La réalité des femmes qui ont choisi cette vie-là. Ça leur a coûté cher, tu peux même pas t’imaginer… J’ai confiance en toi, Thalie. Tu vas savoir quoi mettre dans tes rapports. Ça va être à toi de décider si tu veux faire partie du monde des machines ou de celui des fées. » Elles veillent. Sèment, plantent, cueillent. Récoltent cocottes, sang et larmes pour que la forêt renaisse, grandisse, nourrie de leur force ainsi que de leurs espoirs. Si elles courbent l’échine, c’est pour observer la vie de plus près, jamais pour se soumettre aux ordres des puissants. Il faut les voir s’entraider, dans l’ombre et le secret, quitte à alimenter les rumeurs les plus folles… On les dit sorcières, on les juge rebelles, elles sont surtout mères.
AcheterJe travaille dans le bruit
La salle n’était pas un archipel de tables isolées, mais une mer houleuse, une vague enthousiaste, une foule grondante qui vibrait au diapason du bruit et qui s’offrait, dans l’oubli de la nuit, une virée ivre de boisson, de rire et d’amour. […] Pour un bref instant, je n’habitais plus mon corps, je ne vivais plus mon époque, j’étais un passeur, un témoin, à peine le figurant d’une histoire qui me dépassait.Entre les murs de L’Uchronie, petit bar de coin de rue où défilent les meilleurs ensembles de la scène jazz, Félix prête depuis quinze ans ses bras à l’ouvrage et ses oreilles aux vies qui s’y racontent. Aux rêves et aux veillées qui prennent feu s’ajoutent autant de secrets, de voyages temporels et de destins liés par ce lieu de promiscuité survoltée.Cœur battant d’un Mile End musical, Je travaille dans le bruit chemine au gré de la gentrification du quartier, dont les contrecoups, tour à tour spectaculaires, violents et pernicieux, mettent en péril la survie de L’Uchronie.
AcheterLa terre maternelle
Un roman du néo-terroir qui est à la fois un conte traditionnel et une autofiction contemporaine saupoudrés de réalisme magique. Alors qu'elle doit quitter son Témiscouata natal pour aller étudier en ville, Anne est portée par une quête identitaire et un immense besoin de rattachement à ce territoire de son enfance. Avant la séparation, elle décide d'aller à la rencontre des récits et légendes rurales, des fantômes et personnages de sa terre natale, tout en s'intéressant aux branches oubliées de son arbre généalogique.
AcheterNauetakuan, un silence pour un bruit
Nauetakuan : mot innu qui nous annonce qu’un son, au loin, vient à nous.
Comment l’entendre, si tout, dehors comme dedans, vibre, bourdonne, crie?
Il faut, oui, faire silence.
Perdue dans la ville, Monica cherche sa liberté en même temps que ses liens. Ses études en histoire de l’art ne lui inspirent plus rien, le sens la fuit et le vide menace de l’envahir pour de bon, fragilisant l’armure qu’elle se construit chaque jour.
Pour pouvoir enfin déposer le lourd bagage dont elle a hérité, revenir en paix chez elle, à Pessamit, elle devra d’abord apprivoiser les orages qui grondent en elle. Remonter le fil des routes et des rivières, leur courant tantôt allié, tantôt contraire, d’un bout à l’autre du continent. Retrouver la puissance qui se façonne une perle à la fois.
Marie-moi, Peter Pan
Élizabeth respire plus fort. Plus vite. Ses yeux s’écartillent, s’écartèlent, sautent de gauche à droite dans l’orbite pour saisir ce qui semble tenir de la vision intérieure. Un frétillement dans ses doigts, dans ses mains, dans ses lèvres, dans sa tête. Ça pétille, ça pétille. Son cerveau est un brocoli aux fleurs trop serrées qui s’ouvrent toutes en même temps pour offrir aux yeux, à la place du vert doux, le jaune criard de la fucking ré-vé-la-tion. Trente-trois ans, c’est six de plus au compteur que Cobain, Winehouse, Basquiat et autres beaux maudits. Mais c’est quand même beaucoup trop tôt pour apprendre que son corps fout le camp. Alors Élizabeth peint. Des choses sauvages et fluos. Tout ce qui la dévore. Comme une enfant perdue au milieu d’un conte sans fée.
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