Si, le yéti existe : il est caché sous mon lit avec Elvis

Christian Vachon - 28 septembre 2026

Que ce soit sauter sur mon lit, tout jeune, pour éviter cette bête dissimulée au-dessous, prête à saisir ma jambe, ou, plus vieux, reconnaître sur un immeuble, au milieu de taches d’humidité, le visage du Christ, l’être humain a besoin, à tout âge, d’étrange et d’effroi. C’est ce que souligne en préface, avec raison, Philippe Baudoin, le traducteur de ce Une histoire illustrée des légendes urbaines d’Adam Allsuch Boardman, édité chez La Martinière. Cet ouvrage ludique, captivant et drôlement imagé fait le décompte, pour les petits et les grands, de toutes ces centaines d’histoires de disparitions mystérieuses et de clowns maléfiques, de choses inquiétantes et de lieux fantomatiques qui, véridiques ou non, évitent de voir notre quotidien « se réduire à une existence morne et monotone ». Si, le yéti existe, il est caché sous mon lit avec Elvis et Walt Disney traîne encore dans l’frigo.

Même si le terme a été inventé dans les années 1950 par l’universitaire et folkloriste Richard Dorson (« Une histoire mystérieuse, humoristique ou horrifique, perçue comme vraie. Pour la plupart des cas, elle est inventée ou exagérée. »), les légendes urbaines existent depuis des siècles et Adam Allsuch Boardman s’amuse à retracer l’historique de ces rumeurs de cités disparues, Atlantide ou Eldorado, suscitant des fantasmes, de vampires ou de la Bête de Gévaudan soulevant la terreur, d’hôtels maudits subtilisant les voyageurs ou d’araignées meurtrières enfouies dans un yucca s’apprêtant à sauter sur nous.

Comment ne pas éprouver une curiosité malicieuse pour ces récits d’explorateurs imaginant un territoire, une « terre creuse » sous l’Antarctique, ou d’aviateurs, lors de la Seconde Guerre mondiale, tombant victimes de lutins farceurs (des « gremlins »), ou de Bernard Heuvelmans et d’autres cryptozoologues (l’étude des animaux légendaires) rassemblant les indices de l’existence du yéti. On en signale partout dans le monde, de ces bêtes mystérieuses (chupacabra au Mexique, homme singe à New Delhi, orang bati en Indonésie, …) et l’auteur a la délicatesse d’en présenter 27 dans une « galerie de cryptides », la faisant suivre d’une « galerie de vilains légendaires » (la dame blanche et autres) et d’un « parthénon des monstres » qui nourrissent les racontars autour d’un feu de camp ou qui font la joie des cinéastes. Car bien des films confortent les légendes urbaines : les invocations rituelles dans Candy Man, les hantises d’intrus à domicile avec la série Scream, les « hommes en noir » traquant les extraterrestres (Men in Black) et cette combustion spontanée qui fait des ravages parmi les batteurs du groupe britannique Spinal Tap (This is Spinal Tap). Bien des gens, par ailleurs, convaincus par « l’histoire vraie » du Fargo (1996) des frères Coen, sont partis à la recherche du magot caché.

Illustration d’un yéti par Philippe Semeria.

Un pull Apollo porté par le jeune Danny, dans le Shining de Stanley Kubrick, n’est-ce pas un indice, parmi tant d’autres disséminés par le réalisateur dans son film, que cette histoire d’homme sur la Lune est un vaste complot de la Nasa ? Voilà une légende médiatique qui a obtenu un énorme succès, tout comme cette cryogénisation de Walt Disney (en fait, il fut incinéré), le « Paul is Dead » à l’automne 1969 (il y en a une quantité de preuves sur la pochette de l’album Abbey Road) et le « Elvis est vivant » depuis 1977.

Bien de ces légendes sont tenaces. Procter and Gamble a même dû retirer, à la fin des années quatre-vingt, son logo sur ses produits suite aux rumeurs évoquant qu’il était l’œuvre du Diable. En fait, bien des chapitres de cette Une histoire illustrée des légendes urbaines nous révèlent comme le développement de la technologie et des communications accélère la diffusion et renforce l’impact des rumeurs. « Sur Internet, sans indication claire de l’auteur, toute parodie ou satire peut être prise au premier degré. »

Il est rassurant toutefois de voir fréquemment apparaître des pourfendeurs de mythes, comme ces MythBusters qui, sur Discovery Channel, entre 2003 et 2016, ont démenti bien de ces rumeurs par des expériences élaborées. Tout cela peut paraître vain, les légendes urbaines sont loin de disparaître. Elles s’adaptent de mieux en mieux au monde moderne. Elles fleurissent même sur les jeux vidéos.

Tout le monde aime les bonnes histoires « aux ressorts bien rodés et au dénouement souvent tragique », de Led Zeppelin écouté à l’envers, de plongeur perché sur un arbre, d’auto-stoppeur insolite, de bébé au micro-onde. Elles demeurent de merveilleuses conseillères de prudence.   Et les frères Grimm le surent dès le début du XIXe siècle, alors qu’il s’inspirèrent de bien des légendes de leur temps pour composer leurs Contes.

– Christian Vachon (Pantoute), 27 septembre 2026

Jeunesse

Une histoire illustrée des légendes urbaines

Adam Allsuch Boardman - La Martinière

Des empreintes de pas dans la forêt, des images floues de créatures étranges, des rumeurs d'appel funeste... Quelles prennent naissance en ligne ou autour d'un feu de camp, les légendes urbaines fleurissent partout où l'on raconte des histoires. Du yéti aux jeux vidéo hantés, des clowns maléfiques aux disparitions mystérieuses d'auto-stoppeurs, les férus de paranormal et les cryptozoologues cherchent à expliquer l'inexplicable. À travers une encyclopédie illustrée jubilatoire, Adam Allsuch Boardman fait revivre les légendes urbaines d'hier et d'aujourd'hui. Un conseil : avant de vous plonger dans la lecture de ce livre, assurez-vous que votre armoire ne cache pas de monstre et que le ciel est bien dégagé !

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