Une science au secours de James Bond

Christian Vachon - 26 octobre 2026

« Maintenant, écoutez-moi bien 007. » Et Bond, comme toujours, ne prête qu’une oreille distraite aux descriptions des dernières trouvailles techniques de Q et de son équipe. Il a bien tort l’agent secret : avancées scientifiques et technologiques sont indissociables de ses missions.

Kathryn Harkup ne l’ignore pas. L’écrivaine et vulgarisatrice scientifique en a fait un excellent bouquin : L’espion qui aimait les sciences : 25 leçons avec James Bond (une traduction de Superspy Science), paru chez Flammarion cet été. D’un oeil expert et intraitable, cette inconditionnelle de l’agent britannique revisite les vingt-cinq films de la saga, dénichant toutes « les réalités scientifiques à l’œuvre » derrière les stratégies d’espionnage du héros ou les manœuvres diaboliques des vilains, démêlant avec humour et précision le vrai du faux : peut-on mourir asphyxié en étant recouvert de peinture dorée ? Un navire furtif peut-il devenir complètement invisible sur des écrans radar ? Certes, la science vient fréquemment au secours de Bond, mais elle le force parfois à crier « Au secours ! »

Il y a cette longue histoire, dès Dr No, le premier film de la saga, avec les matières radioactives et la bombe atomique. Comme un docteur Folamour, 007 apprend « à ne plus s’en faire et à aimer la bombe », parvenant même à se débrouiller tout seul pour la désamorcer (The Spy Who Loved Me, Octopussy). Les vilains savent, par ailleurs, qu’avec peu de matériel, comme un virus destructeur (His Majesty’s Secret Service, Moonraker), on peut causer d’importants dégâts. Kathryn Harkup les avertit toutefois : « Vous risquez, les microbes ne faisant pas toujours ce que vous voulez, de vous tirer une balle dans le pied. » Le virus peut être tenté de se diffuser au-delà des cibles prévues, rançons payées ou pas.

Ils ont de drôles de binettes, ou de particularités physiques, aussi, ces déplaisants : un troisième téton, une large cicatrice au visage, etc. « Ça permet de faciliter leur identification », commente l’autrice. L’un d’eux, le Renard de The World is Not Enough, possède même une balle incrustée dans la tête, le rendant insensible à la douleur, quelque chose d’un brin exagéré : « la balle n’est pas un outil de précision adapté à la chirurgie, elle ne cause pas un tunnel bien droit et bien net comme on le voit dans le film. » Il y a également ce Sylva de Skyfall, défiguré par une pilule de  cyanure. C’est, sans aucun doute, non réaliste sur le plan scientifique, mais terriblement efficace sur le plan dramatique.

Ces méchants pratiquent « le gigantisme qui ébahit », bâtissant des repaires qui nécessitent « une logistique d’une complexité hallucinante », notamment dans un volcan (You Only Live Twice), sous les eaux (The Spy Who Loved Me) ou quelque part dans l’espace (Moonraker). Comment, à ce sujet, un Hugo Drax peut-il croire que sa base spatiale puisse parvenir à se dissimuler à tous les types d’ondes ? En misant sur un auditoire capable de faire preuve de suspension de l’incrédulité.

Desmond Llewelyn, le principal acteur ayant incarné le rôle de Q. Crédits photo : Towpilot.

Et qui dit base secrète dit explosion finale, « même sans aucune raison valable de le faire »,  avec, on sait se montrer créatif, « effets visuels prodigieux » et en ayant cure, bien sûr, qu’un éclatement bruyant d’une station spatiale, « c’est scientifiquement pas crédible ».

Parfois, c’est le vilain lui-même qui explose par décompression (Katanga dans Live and Let Die, la tête de Milton Krest dans License To Kill). Du « pas du tout réaliste » une nouvelle fois : la décompression ne fait pas gonfler de l’extérieur, ni surtout envoler, elle cause une dilation à l’intérieur.

La science, on s’en aperçoit, est fréquemment convoquée pour rendre ces morts extravagantes et divertissantes, que ce soit l’électrocution (la baignoire et le radiateur électrique, ainsi que la grillade d’Oddjob, dans Goldfinger) ou la tentative (ratée) d’émasculation de Bond au laser, technologie très futuriste à l’époque de la sortie de Goldfinger.

On mandate aussi, pas toujours avec vraisemblance, la faune pour éliminer les importuns :  les méchants sont de grands amoureux des bêtes, songeons aux nombreux chats de Blofeld et à l’iguane de Frank Sanchez. Il y aussi la mygale dans le Dr No, les requins dans Thunderball, le banc de piranhas dans You Only Live Twice, le scorpion dans Diamonds are Forever et les serpents et les crocodiles dans Live and Let Die.

Mais c’est constamment peine perdue contre l’inventif Bond. Celui-ci sait faire preuve d’une « résilience surhumaine » à la torture (la centrifuge de Moonraker, la corde à nœuds de Casino Royale), parvenant à extérioriser sa douleur en poussant des cris ou des jurons, ce qui « renforce la capacité d’une personne à la supporter ».

Pourchasser les bandits par tous les moyens possibles : Bond est apte à le faire, mettant à contribution tous les modes de transport existant, y compris un étui à violoncelle (The Living Daylights), privilégiant souvent son Aston Martin DB5 suréquipée (avec un bouclier d’acier la rendant beaucoup, beaucoup, beaucoup trop lourde à déplacer). Il aime surtout se déplacer avec style (jet privé, train blindé, Lotus se transformant en sous-marin) et sauter avec classe (le saut en ski puis parachute de l’ouverture de The Spy Who Loved Me, le saut en moto pour rattraper un avion de GoldenEye).

Du côté des femmes, par contre, ça demeure problématique. Bond les considère d’abord comme des objets purement fonctionnels (il semble d’ailleurs que sa présence retire aux femmes, parfois pleines de ressources comme la Honey Ryder de Dr No, « toutes facultés de raisonnement et d’actions autonomes ») et leur statut dans les derniers films, constate Kathryn Harkup, « n'[a] pas évolué autant qu’on aurait pu l’imaginer ».

Le super espion britannique partage bien l’écran avec des femmes remarquables (comme la Wai Lin de Tomorrow Never Dies, qui a droit à ses propres scènes de combat), mais il demeure néanmoins LE héros.

Et comment parvient-il à sortir indemne, mentalement, des nombreuses expériences traumatisantes qu’il traverse ? Pourquoi son « câblage psychologique » est-il si résistant ? Même les scénaristes se posent la question, tentant, dans les derniers films avec Daniel Craig, d’explorer son passé, de fouiller le Proto-Bond.

Une redécouverte amusante et à coup sûr profitable de l’univers bondien, exquis apéro au retour prochain (espérons en 2028) de notre héros préféré.

– Christian Vachon (Pantoute), 25 octobre 2026

Sciences

L'espion qui aimait les sciences : 25 leçons avec James Bond

Kathryn Harkup - Flammarion

Goldfinger et le laser. Opération Tonnerre et le gaz gamma. Au service secret de Sa Majesté et le bioterrorisme. Et si les exploits de James Bond reposaient sur de véritables avancées scientifiques et technologiques ? Elles sont à l'évidence la marque de l'oeuvre de Ian Fleming.Dans cet ouvrage aussi réjouissant qu'instructif. Kathryn Harkup nous invite à redécouvrir l'univers mythique de l'agent 007. Avec humour et pédagogie, convoquant des notions de physique, de chimie et de biologie, elle révèle les réalités scientifiques à l'oeuvre derrière les gadgets, les armes emblématiques, les scènes d'empoisonnement ou de torture, les technologies futuristes et les stratégies d'espionnage. Peul on réellement mourir asphyxié sous une couche de peinture et survivre avec une balle logée dans le crâne ? Les nanorobots appartiennent ils vraiment à la science-fiction ? Sous le microscope de cette passionnée, chacun des vingt-cinq films de la saga est examiné avec précision pour démêler le vrai du faux.Une exploration captivante, où la rigueur scientifique se mesure aux audaces de James Bond.

Acheter

Commentaires

Retrouvez toutes nos références

Notre catalogue complet